La révolution électrique sur circuits urbains prend une nouvelle dimension. Avec l’annonce officielle de la voiture Formule E Gen4 600 kW 800 chevaux, le championnat tout électrique de la FIA franchit un cap technologique majeur qui pourrait redéfinir l’avenir de la compétition automobile électrique. Prévue pour faire ses débuts lors de la saison 2026-27, cette nouvelle génération de monoplace représente un bond en avant spectaculaire, doublant presque la puissance par rapport à la Gen3 actuelle et s’imposant comme l’une des voitures de course les plus performantes au monde.
Cette évolution technique ne relève pas simplement d’une course aux chiffres. Elle s’inscrit dans une stratégie globale visant à reconquérir les constructeurs automobiles et à démontrer la pertinence de la technologie électrique dans le sport automobile de haut niveau, tout en maintenant le spectacle et l’accessibilité qui ont fait la réputation de la discipline. Entre performance pure, efficience énergétique et durabilité, la Gen4 ambitionne de placer la Formule E au sommet de la pyramide des monoplaces de la FIA.

La voiture Formule E Gen4 600 kW 800 chevaux : une puissance sans précédent
La caractéristique la plus frappante de cette nouvelle génération réside indéniablement dans sa motorisation. La voiture Formule E Gen4 600 kW 800 chevaux développe une puissance maximale de 600 kW, soit plus de 800 chevaux, représentant une augmentation considérable par rapport aux 350 kW (469 ch) de la Gen3 originale. Cette évolution place la Formule E dans une nouvelle catégorie de performance, rivalisant désormais avec des championnats établis comme la Formule 2, qui dispose de 620 chevaux.
En mode course, la puissance sera limitée à 450 kW (603 ch), ce qui reste largement supérieur aux générations précédentes. Cette distinction entre puissance maximale et puissance de course permet de préserver l’autonomie énergétique tout en offrant des capacités exceptionnelles lors des phases clés de la compétition. L’Attack Mode, qui deviendra encore plus stratégique, pourrait offrir jusqu’à 815 chevaux selon les configurations.
L’un des atouts majeurs de cette nouvelle monoplace réside dans son système de transmission intégrale permanente. Contrairement à la Gen3 Evo qui ne dispose des quatre roues motrices que lors des qualifications, des départs et en Attack Mode, la Gen4 bénéficiera de cette technologie à tout moment. Cette configuration améliore considérablement la traction, la stabilité en virage et les performances en accélération, offrant aux pilotes un contrôle accru sur leurs machines.
La récupération d’énergie constitue également une avancée notable. Le système de régénération passera de 600 kW à 700 kW, permettant de récupérer jusqu’à 40% de l’énergie utilisée pendant la course. Cette capacité de régénération supérieure signifie que les stratégies de course deviendront encore plus complexes, les pilotes devant jongler entre performance pure et gestion énergétique pour terminer les épreuves.
Les responsables de la Formule E mettent en avant un rendement moteur approchant les 100%, une prouesse technique qui illustre l’efficacité exceptionnelle de la technologie électrique. Cette efficience énergétique place la discipline comme laboratoire de développement pour les futures innovations automobiles destinées au grand public.
L’ajout d’un différentiel actif complète l’arsenal technologique de la Gen4. Ce système permet une répartition optimale du couple entre les roues arrière, améliorant la motricité en sortie de virage et offrant davantage de précision dans les trajectoires. Pour les constructeurs automobiles, ces innovations représentent des pistes de développement directement transférables à leurs véhicules de série.
Des évolutions aérodynamiques au service de la performance de la voiture Formule E Gen4 600 kW 800 chevaux
L’aérodynamique de la nouvelle monoplace a été entièrement repensée pour maximiser les performances tout en gérant intelligemment la consommation énergétique. La Gen4 disposera de deux configurations aérodynamiques distinctes : une configuration à fort appui pour les qualifications et une configuration à faible appui pour la course. Cette flexibilité permet d’optimiser les performances selon les phases de compétition.
La configuration haute appui privilégie la charge aérodynamique maximale, offrant une adhérence mécanique supérieure dans les virages serrés caractéristiques des circuits urbains de Formule E. Cette option sera particulièrement utilisée lors des qualifications, où les pilotes chercheront à extraire le maximum de performance sur un tour rapide, sans se préoccuper de la consommation énergétique.
À l’inverse, la configuration à faible appui réduit la traînée aérodynamique, permettant de limiter la résistance à l’air et donc la consommation d’énergie pendant la course. Cette approche répond à l’une des problématiques majeures de la Gen3, où l’effet d’aspiration particulièrement prononcé créait une débauche d’énergie pour les leaders, générant des courses où personne ne voulait mener.
Les dimensions de la voiture évoluent également. La Gen4 sera 10 cm plus large que la Gen3, revenant au niveau de la Gen2. Cette augmentation de la largeur permet d’intégrer des pneus plus larges, améliorant l’adhérence mécanique et la stabilité en virage. Ces pneumatiques offriront une surface de contact supérieure avec l’asphalte, essentielle pour gérer les 800 chevaux de la monoplace.
Le poids constitue inévitablement le revers de la médaille de cette montée en puissance. La Gen4 sera 76 kg plus lourde que la Gen3, pesant 23 kg de plus que la Gen2. Cette augmentation s’explique par la batterie de plus grande capacité, le système de transmission intégrale et les renforcementstructurels nécessaires pour encaisser les contraintes mécaniques accrues.
Malgré ce poids supplémentaire, les responsables techniques de la FIA assurent que le rapport poids-puissance restera favorable, garantissant des accélérations fulgurantes. Vincent Gaillardot, directeur technique de la Formule E à la FIA, affirme que la Gen4 “se positionne au sommet de la pyramide des monoplaces de la FIA et sera l’une des voitures de course les plus performantes au monde”.
L’engagement environnemental de la voiture Formule E Gen4 600 kW 800 chevaux
Au-delà de la performance pure, la dimension écologique reste au cœur de l’ADN de la Formule E. La Gen4 est présentée comme “la voiture de course la plus efficace et la plus respectueuse de l’environnement au monde”, selon le communiqué officiel. Cette ambition se traduit par des choix techniques et matériaux innovants qui dépassent le simple cadre de la propulsion électrique.
La structure de la monoplace utilise des matériaux 100% recyclables, une première dans le sport automobile de haut niveau. Cette approche circulaire signifie que chaque composant est conçu dès l’origine pour être recyclé en fin de vie, réduisant considérablement l’empreinte environnementale du championnat. Les constructeurs impliqués dans le projet doivent intégrer cette contrainte dès la phase de conception.
Le processus de fabrication lui-même fait l’objet d’une attention particulière. Les fournisseurs sélectionnés pour produire le châssis et la batterie devront démontrer leur engagement en matière de durabilité, incluant l’utilisation d’énergies renouvelables dans leurs usines et la limitation des émissions lors du transport des composants. Selon Motorsport.com, l’appel d’offres pour ces fournitures intègre des critères environnementaux stricts.
La capacité de régénération de 40% de l’énergie constitue également un argument écologique majeur. Cette récupération énergétique réduit la quantité totale d’électricité nécessaire pour compléter une course, limitant ainsi l’empreinte carbone globale de chaque épreuve. Cette technologie trouve des applications directes dans les véhicules électriques de série, où l’optimisation de l’autonomie reste un enjeu crucial.
L’efficience énergétique record, avec un rendement moteur proche de 100%, démontre la maturité de la technologie électrique. En comparaison, les moteurs thermiques de Formule 1, parmi les plus performants au monde, atteignent péniblement 50% de rendement. Cette différence illustre le potentiel supérieur de l’électrique pour transformer l’énergie en mouvement sans gaspillage.
La Formule E continue également son travail sur la seconde vie des batteries. Les batteries des générations précédentes ont été réutilisées dans des projets de stockage d’énergie stationnaire, alimentant notamment des infrastructures lors des courses. Cette économie circulaire s’élargira naturellement aux batteries de la Gen4, prolongeant leur durée de vie utile bien au-delà de leur usage en compétition.
Les biocarburants synthétiques utilisés pour les générateurs et les véhicules de support complètent cette approche globale. L’objectif affiché est d’atteindre la neutralité carbone pour l’ensemble du championnat, incluant non seulement les voitures mais aussi la logistique, les déplacements et les infrastructures temporaires installées sur les circuits urbains.
Un moyen de contrer l’exode des constructeurs automobiles
L’annonce de la voiture Formule E Gen4 600 kW 800 chevaux intervient dans un contexte particulier pour le championnat. Au cours des cinq dernières années, Audi, BMW, Mercedes et McLaren ont successivement annoncé leur retrait de la discipline, réduisant la grille à 10 équipes contre 12 en 2020-2021. Cette hémorragie de constructeurs prestigieux a suscité des interrogations légitimes sur l’attractivité de la série.
Alberto Longo, cofondateur et directeur général du championnat, voit dans la Gen4 une réponse directe à ces départs. “La Gen4 est conçue pour les pionniers de demain”, affirme-t-il. “Les nouvelles capacités techniques, de la puissance de 600 kW aux quatre roues motrices, mettront nos pilotes à l’épreuve comme jamais auparavant. C’est une voiture conçue pour les batailles roue contre roue et l’action pure en course.”
La pertinence technologique constitue l’argument central pour reconquérir les constructeurs. Les innovations développées sur la Gen4 - transmission intégrale, différentiel actif, aérodynamique adaptative, gestion thermique avancée - correspondent exactement aux défis auxquels font face les ingénieurs travaillant sur les véhicules électriques de série. Cette connexion directe entre compétition et application commerciale justifie les investissements colossaux requis.
Nissan a déjà confirmé son engagement jusqu’à la Gen4, démontrant sa confiance dans cette nouvelle ère. D’autres constructeurs, notamment certains acteurs asiatiques et américains absents jusqu’ici, observent attentivement les spécifications techniques. L’augmentation significative de la performance pourrait séduire des marques cherchant à démontrer leurs capacités en matière de véhicules électriques haute performance.
Le timing de cette évolution coïncide également avec l’accélération mondiale de l’électrification automobile. Les réglementations européennes, notamment l’interdiction prévue des moteurs thermiques neufs à partir de 2035, poussent tous les constructeurs à investir massivement dans l’électrique. La Formule E offre une vitrine mondiale pour valoriser ces investissements et développer une image de marque technologique.
Les coûts de participation font l’objet d’une attention particulière. La FIA a soigneusement géré le développement de la Gen4 pour maintenir un budget raisonnable, évitant une escalade financière qui éloignerait les équipes à budget modeste. Cette stabilité budgétaire, combinée à des plafonds de dépenses stricts, permet de maintenir un championnat compétitif sans que le porte-monnaie ne soit le facteur déterminant.
Le défi du spectacle sportif avec la voiture Formule E Gen4 600 kW 800 chevaux
Si la puissance impressionne sur le papier, les responsables de la Formule E restent lucides : le spectacle prime sur les chiffres bruts. Alberto Longo l’affirme sans détour à Motor1 : “Personnellement, en tant que fan de sport auto, je veux voir de la compétition en piste – c’est la priorité numéro 1 pour nous, encore plus que la vitesse.”
Cette philosophie s’explique par l’expérience accumulée lors des générations précédentes. Les courses les plus mémorables de Formule E ne sont pas nécessairement celles où les voitures allaient le plus vite, mais celles où cinq ou six pilotes se disputaient la victoire jusqu’au dernier virage. La Gen3 a parfois produit des courses où personne ne voulait mener en raison de l’effet d’aspiration excessif, créant un spectacle artificiel.
La Gen4 vise à résoudre cette équation complexe : offrir davantage de performance tout en préservant les dépassements et l’incertitude du résultat. La configuration aérodynamique à faible appui en course devrait atténuer l’effet d’aspiration problématique, permettant aux leaders de rouler en tête sans épuiser leur batterie prématurément. Les ingénieurs espèrent ainsi des courses plus naturelles, où la stratégie repose sur le timing des Attack Mode plutôt que sur le refus systématique de prendre la tête.
Jake Dennis, champion du monde 2023, analyse avec pragmatisme les défis à venir. “Le pilote doit vraiment comprendre la situation, ce qui se passe autour de lui”, explique-t-il. “Il va sûrement encore y avoir beaucoup d’ailerons cassés, ce qui crée toujours beaucoup de rebondissements pour les fans – ce n’est pas une mauvaise chose !” Cette acceptation du chaos contrôlé fait partie de l’identité de la Formule E.
Lucas di Grassi, champion 2016-17, adopte une perspective différente, privilégiant la performance absolue. “Je pense que la Formule E doit être la voiture de course à l’accélération la plus rapide sur cette planète”, déclare-t-il. Cette vision place l’exigence physique et technique au premier plan, transformant la discipline en véritable test ultime pour les pilotes. Avec 800 chevaux sous le pied droit, la maîtrise de la machine deviendra encore plus déterminante.
Les circuits urbains emblématiques de la Formule E – Monaco, Rome, Londres, New York – devront potentiellement être adaptés pour accommoder les vitesses supérieures de la Gen4. Les zones de freinage pourraient être modifiées, certains virages élargis, et les protections renforcées. Cette évolution ne doit cependant pas dénaturer l’essence même du championnat, qui s’est construit sur l’accessibilité en plein cœur des métropoles.
La réglementation sportive accompagnera naturellement l’évolution technique. Les modes de qualification pourraient être revus, l’Attack Mode réajusté dans sa puissance et sa durée, et les fenêtres de pit-stop virtuel recalibrées. Ces paramètres sportifs seront affinés lors des phases de test précédant le lancement de la Gen4, en s’appuyant sur les simulations et les retours des équipes.
Le calendrier et les perspectives d’avenir pour la Gen4
L’introduction de la voiture Formule E Gen4 600 kW 800 chevaux suivra un calendrier précis et structuré. La saison 2025-2026, qui débutera avec l’E-Prix de São Paulo le 6 décembre 2025, sera la dernière disputée avec la Gen3 Evo. Cette transition permet aux équipes et aux constructeurs de préparer soigneusement l’arrivée de la nouvelle génération, prévue pour la saison 2026-27.
L’appel d’offres pour la fourniture du châssis et de la batterie s’est clôturé le 31 août 2023, et la FIA a pris sa décision finale le 19 octobre suivant concernant les manufacturiers sélectionnés. Ces fournisseurs disposeront d’environ trois ans pour développer, tester et produire les composants nécessaires à l’ensemble de la grille, une période intensive mais nécessaire pour garantir la fiabilité et la performance.
La durée de vie prévue pour la Gen4 s’étend sur quatre ans, soit jusqu’à la saison 2029-30. Cette stabilité réglementaire permet aux constructeurs d’amortir leurs investissements en recherche et développement sur une période suffisamment longue. À mi-parcours, une évolution similaire à celle de la Gen3 vers la Gen3 Evo pourrait être envisagée pour maintenir la discipline à la pointe de l’innovation.
Les tests de développement débuteront probablement courant 2026, permettant aux équipes de prendre en main ces machines radicalement différentes. Les pilotes devront adapter leur style de conduite pour gérer les 800 chevaux, la transmission intégrale permanente et les nouvelles caractéristiques aérodynamiques. Ces sessions de roulage seront cruciales pour calibrer les systèmes et identifier d’éventuels problèmes avant le début de la compétition.
L’impact sur le reste de la pyramide du sport automobile électrique sera également significatif. Les championnats régionaux et les séries de soutien pourraient récupérer les technologies développées pour la Gen4, contribuant à élever le niveau global de la compétition électrique. Cette diffusion des innovations renforce l’écosystème et justifie les investissements initiaux des constructeurs.
La voiture Formule E Gen4 600 kW 800 chevaux représente bien plus qu’une simple évolution technique. Elle incarne l’ambition d’un championnat qui refuse de stagner et cherche constamment à repousser les limites de la technologie électrique. Avec sa puissance doublée, sa transmission intégrale permanente, son aérodynamique adaptative et son engagement environnemental renforcé, cette nouvelle génération positionne la Formule E comme un laboratoire incontournable pour l’automobile de demain.
Le pari est clair : démontrer que performance et durabilité ne sont pas antagonistes, mais peuvent au contraire se renforcer mutuellement. Les constructeurs qui s’engageront dans cette aventure disposeront d’une plateforme unique pour développer et valoriser leurs innovations, tandis que les fans découvriront un spectacle rehaussé par des machines encore plus impressionnantes. Le rendez-vous est pris pour 2026-27, quand ces bolides de 800 chevaux déferleront sur les circuits urbains du monde entier, écrivant un nouveau chapitre dans l’histoire du sport automobile électrique.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.