La Formule 1 envisage la vente d’une partie de Mercedes F1 détenue par Toto Wolff pour valoriser l’écurie à 6 milliards de dollars

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La Formule 1 continue de prouver qu’elle est devenue l’un des actifs sportifs les plus prisés au monde. Dans une transaction qui pourrait redéfinir les valorisations du championnat, Toto Wolff, directeur de l’équipe Mercedes-AMG Petronas F1, serait en pourparlers avancés pour vendre une partie de sa participation de 33% dans l’écurie allemande. Cette opération valoriserait l’équipe octuple championne du monde des constructeurs à la somme record de 6 milliards de dollars, selon plusieurs sources proches du dossier.

Cette négociation intervient à un moment stratégique pour la Formule 1, alors que le sport motorisé connaît une croissance explosive de sa popularité mondiale et de sa rentabilité financière. La vente d”environ 5% des parts de Wolff par l’intermédiaire de sa société holding témoigne non seulement de la confiance des investisseurs dans l’avenir du sport, mais aussi de la transformation radicale du modèle économique de la F1 au cours de la dernière décennie.

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La vente de 5% des actions de l’équipe Mercedes F1 par Toto Wolff : un deal historique

Les discussions en cours porteraient sur la cession d’une participation équivalant à environ 5% de Mercedes F1, extraite de la part de 33% actuellement détenue par Toto Wolff. Selon les informations rapportées par Sportico, cette transaction s’effectuerait par le biais d’un investissement dans la société holding de Wolff, qui détient les actions de l’équipe. L’identité de l’investisseur potentiel n’a pas été révélée publiquement à ce stade des négociations.

Cette valorisation de 6 milliards de dollars représenterait un nouveau record absolu pour une écurie de Formule 1, dépassant largement les 4,7 milliards de dollars atteints lors de la vente d’une participation dans McLaren Racing le mois dernier. Pour mettre ces chiffres en perspective, il y a seulement trois ans, lorsque Ineos a acquis sa participation de 33% dans Mercedes F1, l’opération avait valorisé l’écurie à environ 600 millions de livres sterling, soit un peu plus de 700 millions de dollars. La croissance exponentielle de cette valeur témoigne de la transformation radicale du paysage financier de la Formule 1.

Un porte-parole de l’équipe Mercedes-AMG Petronas F1 a déclaré que la gouvernance de l’écurie resterait inchangée, précisant : “Les trois partenaires (Mercedes-Benz, Toto et Ineos) sont pleinement engagés dans le succès continu de Mercedes-Benz en Formule 1.” Cette déclaration confirme que Wolff conservera ses fonctions de directeur général et de directeur d’équipe, assurant ainsi la continuité opérationnelle malgré cette réorganisation capitalistique.

La structure actuelle de l’actionnariat de Mercedes F1 est répartie de manière égale entre trois entités : le constructeur automobile allemand Mercedes-Benz, Toto Wolff lui-même, et Ineos, le géant pétrochimique britannique contrôlé par le milliardaire Jim Ratcliffe. Cette architecture tripartite a été établie en janvier 2022 lorsque Ineos a finalisé l’acquisition de sa participation. L’équilibre des pouvoirs entre ces trois actionnaires majeurs a été un élément clé de la stabilité et du succès de l’écurie ces dernières années.

Les revenus générés par Mercedes-AMG Petronas en 2024 se sont élevés à 812 millions de dollars, un chiffre qui place l’écurie en tête de toutes les équipes de Formule 1. Ces performances financières exceptionnelles ont permis à Toto Wolff d’emblée d’empocher plus de 50 millions de dollars en salaire et dividendes liés à sa participation au capital. Ces chiffres illustrent la transformation de la F1 en véritable machine à générer des profits, contrastant fortement avec l’époque où posséder une écurie était synonyme de pertes financières abyssales.

Comment Toto Wolff a transformé son investissement Mercedes F1 en fortune

Le parcours de Toto Wolff avec Mercedes représente l’une des histoires d’investissement les plus spectaculaires du sport automobile moderne. En 2013, l’entrepreneur autrichien a rejoint Mercedes en tant qu’investisseur et directeur général de l’équipe, dans une opération qui aurait valorisé l’écurie à environ 165 millions de dollars selon Forbes. À l’époque, Mercedes venait tout juste de revenir en Formule 1 en tant qu’équipe d’usine en 2010, après des décennies d’absence.

Wolff n’était pas un novice dans le monde de la F1. Avant de rejoindre Mercedes, il avait été actionnaire de l’équipe Williams F1, où il avait acquis une première expérience significative dans la gestion et le financement d’une écurie de course. Cette expérience s’est révélée cruciale lorsqu’il a pris les rênes de Mercedes, lui permettant de comprendre non seulement les aspects sportifs, mais aussi les dynamiques commerciales et financières du championnat.

L’année 2014 a marqué le début de la domination légendaire de Mercedes en Formule 1. L’équipe a entamé une série de huit titres consécutifs de champion du monde des constructeurs, une performance sans précédent dans l’histoire moderne du sport. Durant cette période, Lewis Hamilton a également remporté sept titres pilotes, égalant le record de Michael Schumacher. Cette ère de succès n’était pas uniquement le fruit du hasard ou d’avantages techniques : elle résultait d’une vision stratégique claire, portée en grande partie par Wolff.

Le rôle de Wolff dans la série Netflix Formula 1: Drive to Survive a également contribué à sa notoriété mondiale et à celle de Mercedes. Son charisme naturel et sa franchise devant les caméras ont fait de lui l’une des personnalités les plus reconnaissables du paddock. Cette visibilité médiatique a non seulement renforcé la marque Mercedes F1, mais a aussi participé à l’explosion de popularité du sport au niveau mondial, particulièrement aux États-Unis. La capacité de Wolff à articuler les enjeux stratégiques et émotionnels du sport a transformé Mercedes en l’une des équipes les plus suivies et admirées du plateau.

Si la vente se concrétise au prix évoqué de 6 milliards de dollars, la participation restante de Wolff dans Mercedes F1 vaudrait environ 1,68 milliard de dollars (28% de 6 milliards), sans compter la somme qu’il empocherait pour les 5% vendus, soit environ 300 millions de dollars. Pour un investissement initial de quelques dizaines de millions en 2013, ce retour sur investissement est astronomique et témoigne de la vision exceptionnelle de l’entrepreneur autrichien.

L’évolution spectaculaire des valorisations en Formule 1

La transaction envisagée autour de la vente de 5% des actions de l’équipe Mercedes F1 par Toto Wolff s’inscrit dans un contexte plus large de réévaluation massive des actifs de la Formule 1. Il n’y a pas si longtemps, posséder une écurie de F1 était considéré comme un moyen garanti de perdre de l’argent. Dans les années 2010, plusieurs équipes ont dû mettre la clé sous la porte, incapables de rivaliser financièrement avec les constructeurs établis. Caterham, HRT et Manor Racing ont toutes cessé leurs activités durant cette période difficile.

Le cas le plus emblématique de cette époque reste celui de Lotus, rachetée par Renault en 2015 pour la somme symbolique d’une livre sterling. À cette époque, reprendre une équipe en difficulté était davantage perçu comme un service rendu au championnat que comme une opportunité d’investissement. Les coûts de développement spiralaient hors de contrôle, et seuls les constructeurs automobiles ou les milliardaires passionnés pouvaient se permettre de maintenir une écurie en activité.

Plusieurs facteurs ont convergé pour transformer radicalement cette situation. L’acquisition de la Formule 1 par Liberty Media en 2017 a marqué un tournant décisif. Le groupe américain a immédiatement compris le potentiel inexploité du sport en matière de marketing et d’expansion géographique. La stratégie de Liberty s’est concentrée sur la conquête du marché américain, l’exploitation des plateformes numériques et la création de contenus engageants pour une nouvelle génération de fans.

L’introduction d’un plafond budgétaire en 2021 a également joué un rôle crucial dans l’amélioration de la rentabilité des écuries. En limitant les dépenses annuelles des équipes à environ 140 millions de dollars (avec certaines exclusions), le règlement financier a créé un terrain de jeu plus équitable et a permis aux équipes de mieux contrôler leurs coûts. Cette mesure a transformé la F1 d’un gouffre financier en une activité potentiellement lucrative, attirant ainsi une nouvelle catégorie d’investisseurs institutionnels et de fonds d’investissement.

Le succès phénoménal de la série documentaire Formula 1: Drive to Survive sur Netflix, lancée en 2019, a amplifié l’intérêt du grand public pour le sport. La série a humanisé les pilotes et les dirigeants d’équipe, créant des narratifs captivants autour des rivalités et des défis du championnat. Aux États-Unis particulièrement, où la F1 peinait traditionnellement à s’imposer face à la NASCAR et à l’IndyCar, Drive to Survive a déclenché une véritable mania. Le Grand Prix des États-Unis à Austin a vu sa fréquentation exploser, et deux nouveaux grands prix ont été ajoutés au calendrier : Miami en 2022 et Las Vegas en 2023.

La sortie du film hollywoodien F1 avec Brad Pitt en 2025 a encore renforcé cette tendance. Apple, qui a coproduit le film, vient de sécuriser les droits de diffusion exclusifs de la F1 aux États-Unis pour les cinq prochaines années dans un accord estimé à 750 millions de dollars. Ces investissements massifs dans le contenu témoignent de la valeur croissante des droits médiatiques de la F1 et du potentiel de croissance du championnat.

Les implications financières de la vente des actions Mercedes F1

La valorisation record de 6 milliards de dollars pour Mercedes F1 a des répercussions qui dépassent largement le cadre de cette seule transaction. Pour Jim Ratcliffe et Ineos, cette évaluation signifie que leur participation de 33%, acquise pour 208 millions de livres sterling en 2022, vaudrait désormais environ 2 milliards de dollars. Ce gain en capital spectaculaire intervient à un moment où Ratcliffe cherche à rationaliser son portefeuille d’investissements sportifs.

Le milliardaire britannique a en effet fait face à des défis financiers concernant son empire pétrochimique. L’agence de notation Fitch a dégradé la solvabilité d’Ineos au cours des deux dernières années, citant des préoccupations concernant les niveaux d’endettement élevés de l’entreprise. Ratcliffe a également déboursé 1,25 milliard de livres sterling pour acquérir 28,94% de Manchester United en 2023, une opération qui a mis sous pression sa capacité d’investissement dans d’autres actifs.

Dans ce contexte, la valorisation croissante de sa participation dans Mercedes F1 représente une bouée de sauvetage potentielle. Bien que Ratcliffe n’ait pas encore annoncé son intention de vendre sa part, l’augmentation vertigineuse de la valeur de cet actif lui offre une flexibilité financière considérable. Contrairement à Manchester United, dont la performance sportive et la gestion ont été critiquées, Mercedes F1 reste une franchise premium avec un historique de succès inégalé.

Pour Mercedes-Benz, le constructeur automobile allemand, la valorisation à 6 milliards de dollars justifie a posteriori son engagement continu en Formule 1. Alors que plusieurs constructeurs ont quitté le sport ces dernières années, citant des coûts trop élevés pour un retour marketing incertain, Mercedes peut désormais démontrer que sa participation génère non seulement de la visibilité pour la marque, mais aussi une valeur patrimoniale substantielle. La participation de 33% du constructeur vaudrait ainsi environ 2 milliards de dollars.

La transaction envisagée établit également un nouveau point de référence pour les valorisations d’équipes de F1. Si Mercedes vaut 6 milliards de dollars, que valent des écuries comme Red Bull Racing, qui a dominé les saisons 2022, 2023 et une grande partie de 2024 ? Ou Ferrari, avec son statut iconique et sa base de fans mondiale inégalée ? Ces questions vont inévitablement alimenter les discussions dans le paddock et pourraient déclencher une vague de transactions dans les mois à venir.

Les performances récentes de Mercedes et l’avenir de l’écurie

La vente de 5% des actions de l’équipe Mercedes F1 par Toto Wolff intervient alors que l’écurie allemande connaît une période de transition sportive. Après des années de domination quasi absolue entre 2014 et 2021, Mercedes a connu deux saisons difficiles en 2022 et 2023, où l’équipe a dû faire face à des problèmes de conception de châssis dans le cadre des nouvelles réglementations techniques.

La saison 2024 a marqué un retour progressif vers le sommet. Lors du Grand Prix du Brésil mentionné dans les rapports, les pilotes Mercedes ont terminé deuxième et quatrième, consolidant la deuxième place de l’équipe au classement des constructeurs avec trois courses restantes. Bien que McLaren ait déjà remporté le titre constructeurs, les performances améliorées de Mercedes démontrent que l’écurie a retrouvé sa compétitivité technique.

Le départ annoncé de Lewis Hamilton vers Ferrari à la fin de la saison 2024 représentait initialement un coup dur pour Mercedes. Le septuple champion du monde britannique a été le visage de l’équipe pendant plus d’une décennie et a joué un rôle central dans tous ses succès. Cependant, l’arrivée du jeune prodige italien Andrea Kimi Antonelli pour le remplacer aux côtés de George Russell symbolise le début d’une nouvelle ère. Cette transition générationnelle s’inscrit dans une stratégie à long terme visant à assurer la compétitivité de l’écurie pour la prochaine décennie.

Les investissements massifs dans les infrastructures et le développement technique continuent de placer Mercedes parmi les équipes les mieux équipées du plateau. L’usine de Brackley et le centre de développement des moteurs à Brixworth représentent des atouts majeurs qui justifient en partie la valorisation élevée de l’équipe. Ces installations de pointe permettent à Mercedes de rester à la pointe de l’innovation technologique, un facteur crucial dans le contexte ultra-compétitif de la F1 moderne.

L’engagement confirmé des trois partenaires principaux - Mercedes-Benz, Wolff et Ineos - malgré cette transaction potentielle, envoie un signal fort quant à la stabilité et aux ambitions futures de l’équipe. La vente d’une petite participation par Wolff ne modifie pas fondamentalement l’équilibre des pouvoirs au sein de l’écurie et permet simplement à l’Autrichien de diversifier partiellement son patrimoine tout en restant pleinement engagé dans le projet sportif.


La vente envisagée de 5% des actions de l’équipe Mercedes F1, valorisant l’écurie à 6 milliards de dollars, représente bien plus qu’une simple transaction financière. Elle symbolise la maturité atteinte par la Formule 1 en tant qu’actif d’investissement premium et confirme la transformation radicale du sport au cours de la dernière décennie. De sport déficitaire où les équipes fermaient les unes après les autres, la F1 est devenue un championnat où les valorisations atteignent des sommets historiques et attirent des investisseurs institutionnels de premier plan.

Cette opération démontre également la vision exceptionnelle de Toto Wolff, qui a transformé un investissement relativement modeste en 2013 en une fortune considérable, tout en construisant l’une des dynasties les plus dominantes de l’histoire de la F1. Alors que le sport continue son expansion mondiale, avec de nouveaux circuits, des accords médiatiques record et une popularité croissante auprès des jeunes générations, les valorisations des écuries de Formule 1 pourraient bien continuer leur ascension fulgurante dans les années à venir.

Questions fréquemment posées

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.