Le MotoGP opère une transformation profonde de sa stratégie à long terme. Alors que le championnat du monde de vitesse moto entre dans une nouvelle ère, la question de la durée des contrats des circuits et de la structure du calendrier 2031 devient centrale. Dorna Sports, détentrice des droits commerciaux, s’attache à sécuriser ses partenariats avec les sites d’accueil pour garantir la pérennité d’une discipline en pleine expansion.
Cette approche se traduit par des engagements pluriannuels de plus en plus longs. Les circuits historiques comme Barcelone, Misano et Valence ont déjà scellé leur présence jusqu’en 2031, tandis que d’autres négociations intensives sont en cours pour définir le nouveau cadre contractuel de la période 2027-2031. Ce mouvement s’accompagne d’une volonté de réduire l’incertitude qui a parfois entouré l’élaboration du calendrier annuel.

Les circuits déjà verrouillés jusqu’en 2031
Le circuit de Barcelona-Catalunya a officialisé en février 2025 une prolongation majeure. Carmelo Ezpeleta, PDG de Dorna Sports, soulignait alors : « Nous sommes très heureux de conclure ce nouvel accord. Il ne manque jamais d’offrir aux fans un week-end de classe mondiale, nous avons toujours des chiffres de fréquentation impressionnants, et le circuit est si bien relié à Barcelone, l’une des villes les plus importantes du monde sur le plan culturel ». Cet engagement représente une victoire importante pour la Catalogne, dont la réputation d’hôte d’événements sportifs internationaux se trouve consolidée.
Le circuit Marco Simoncelli de Misano suit la même trajectoire. En septembre 2025, les promoteurs ont annoncé une extension jusqu’en 2031 pour le Grand Prix de Saint-Marin. Situé sur la côte adriatique et accueillant près de 150 000 spectateurs chaque année, Misano bénéficie d’une aura particulière depuis qu’il porte le nom du pilote italien disparu en 2021. Cette prolongation assure la stabilité d’une épreuve chère aux supporters de Valentino Rossi et à la tradition motocycliste italienne.
Le circuit Ricardo Tormo de Valence a lui aussi obtenu une prolongation jusqu’en 2031, annoncée en mars 2025. Né en 1999, ce Grand Prix avait dû être annulé en 2024 en raison des inondations meurtrières qui ont frappé la région, mais son retour en 2025 et sa sécurisation pour les six années suivantes témoignent de la confiance mutuelle entre les organisateurs et Dorna. Le contrat couvre la période de 2027 à 2031.
Le Sachsenring, en Allemagne, s’est également assuré une place jusqu’en 2031. Ce circuit, qui accueille le MotoGP depuis 1999, représente une étape incontournable du championnat, notamment pour le constructeur local KTM. Cette extension confirme le statut privilégié de l’Allemagne dans le calendrien mondial.
Le nouveau cadre contractuel 2027-2031 : un tournant stratégique
Alors que les accords précédents s’achevaient en 2026, Dorna a entamé des discussions pour un nouveau cycle contractuel couvrant la période 2027-2031. Ce changement de paradigme intervient dans un contexte de profondes évolutions techniques et réglementaires. Toutefois, cette transition ne s’opère pas sans tensions. Les constructeurs, qui doivent également renouveler leurs engagements pour cette période, expriment des réserves sur certaines clauses proposées par la direction du championnat.
Le bras de fer est particulièrement visible avec KTM. En mars 2025, Carmelo Ezpeleta indiquait : « Au contraire, on négocie aujourd’hui avec le groupe KTM pour le renouvellement de l’accord qui ira de 2027 à 2031 ». Ces négociations complexes touchent non seulement aux aspects sportifs et techniques, mais également aux questions commerciales et devises. L’enjeu est de maintenir la cohésion d’un championnat qui compte désormais 22 manches au calendrier 2026.
Cette période de transition s’accompagne d’une volonté de rationaliser le nombre de Grands Prix par pays. L’Espagne, avec quatre épreuves potentielles (Jerez, Barcelone, Valence, Aragón), pourrait voir certaines de ses manches tournantes. Barcelone, déjà sécurisée jusqu’en 2031, semble ainsi préservée de toute rotation future.
Les circuits aux contrats plus courts : incertitudes et enjeux
Plusieurs circuits majeurs voient leurs accords s’achever avant 2031, créant une incertitude quant à leur présence future. Le Red Bull Ring d’Autriche est sous contrat jusqu’en 2025, mais sa relation privilégiée avec KTM pourrait faciliter une extension. De même, le Losail International Circuit du Qatar, qui accueille le MotoGP depuis 2004 sans discontinuité, avait signé un très long accord jusqu’en 2031 en 2019, mais des travaux pourraient remettre en cause son rôle de manche d’ouverture.
Le Chang International Circuit de Thaïlande est garanti jusqu’en 2026, tout comme le Sepang International Circuit en Malaisie (jusqu’en 2024 selon les données de 2022, mais probablement prolongé depuis). Ces circuits asiatiques représentent des marchés stratégiques pour les constructeurs et les sponsors, leur avenir paraît donc assuré, mais les conditions exactes de leur renouvellement restent à négocier.
Le TT Circuit d’Assen, l’épreuve la plus ancienne du championnat, dispose d’un contrat jusqu’en 2026. Les investissements importants réalisés sur l’infrastructure hollandaise plaident en faveur d’une prolongation au-delà de cette date. Le Circuit of the Americas à Austin, qui n’avait pas de contrat au-delà de 2022 en 2022, a depuis renégocié son engagement, mais la durée exacte reste floue.
Les nouveaux venus et les projets incertains
Le calendrier 2031 pourrait intégrer de nouvelles destinations. Le projet de Grand Prix de Hongrie, avec le Magyar Nemzetközi Motordrome, prévoyait initialement cinq épreuves entre 2022 et 2026. Après plusieurs reports, la rumeur évoque désormais un nouveau délai. Le KymiRing en Finlande, en difficulté financière, peine à concrétiser son retour après son absence depuis 2019.
L’Indonésie, avec Mandalika, a signé un contrat jusqu’en 2024 initialement, mais le succès de son retour en 2022 pourrait ouvrir la voie à une extension. L’Argentine, garantie jusqu’en 2025, reste la seule étape sud-américaine du championnat. Son maintien dépendra des conditions politico-économiques du pays et de l’engagement de ses promoteurs.
Ces incertitudes illustrent la complexité de la gestion d’un calendrier mondial. Chaque circuit doit non seulement satisfaire aux exigences sportives et techniques de la FIM et de Dorna, mais aussi prouver sa viabilité financière et sa capacité à attirer le public.
Des contrats aux caractéristiques variables
La durée des contrats varie considérablement d’un circuit à l’autre. Les engagements les plus longs, comme ceux de Barcelone, Misano, Valence et du Sachsenring jusqu’en 2031, dépassent la norme habituelle de cinq ans. Cette stabilité permet aux circuits de planifier des investissements à long terme et aux équipes de s’appuyer sur des repères géographiques stables.
Les accords standard de cinq ans, comme ceux d’Aragón, de Thaïlande ou des Pays-Bas, offrent une sécurité moyen terme tout en maintenant une certaine flexibilité. Certains contrats incluent des clauses spéciales : Valence et Aragón doivent chacun organiser au moins trois Grands Prix sur cinq ans (2022-2026), permettant une rotation si nécessaire.
Les contrats les plus courts, annuels ou biennaux, concernent généralement les nouveaux venus ou les circuits en période d’évaluation. C’est le cas de Mandalika ou de Portimão, dont les premiers engagements étaient conditionnels à la réussite de l’épreuve.
Cette diversité de durées reflète la stratégie de Dorna : allier stabilité pour les piliers historiques et agilité pour explorer de nouveaux marchés. Pour les circuits, un contrat longue durée représente un atout majeur pour sécuriser leur financement et développer leur notoriété.
La construction du calendrier MotoGP 2031 s’inscrit dans une logique de consolidation. En verrouillant les circuits phares jusqu’en 2031, Dorna offre une visibilité inédite à un sport mécanique traditionnellement soumis aux aléas des négociations annuelles. Cette approche stabilise l’écosystème pour les équipes, les sponsors et les télédiffuseurs, tout en préservant la possibilité d’évoluer vers de nouvelles opportunités géographiques. L’enjeu reste de maintenir l’équilibre entre tradition et innovation, entre circuits historiques et nouvelles frontières, pour que le MotoGP continue de fasciner les foules à travers le monde.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.