Édouard Boulanger est l’une des figures emblématiques du rallye-raid. Vainqueur du Dakar 2021 aux côtés de Stéphane Peterhansel chez Audi, double champion du monde des rallyes-raids en 2024 et 2025 avec Nasser al-Attiyah, et tout récemment victorieux du Rallye du Maroc en octobre dernier avec Sébastien Loeb, ce Nancéien s’impose comme une référence absolue. Diplômé de l’École nationale d’ingénieurs de Metz, il a su transformer sa passion pour l’aventure – forgée en tant qu’ancien motard au Dakar 2012 sur Aprilia – en un métier à multiples facettes. Aujourd’hui équipier de Loeb chez Dacia pour le prochain Dakar, Boulanger décrypte les exigences de son rôle de copilote.
« Un pilote s’occupe du volant, des pédales et du levier de vitesses, le copilote gère tout le reste », résume-t-il avec humour. Cette formule simple cache une réalité bien plus complexe, où la navigation, la mécanique et la gestion des informations se conjuguent sous pression extrême.

Le parcours exceptionnel d’Édouard Boulanger
Édouard Boulanger n’est pas tombé dans le rallye-raid par hasard. Passionné d’aventure, il a d’abord couru en moto, participant au Dakar 2012 au guidon d’une Aprilia. Par la suite, il est devenu “map man” pour des équipes comme KTM et Toyota, chargé d’étudier les parcours pour faciliter la navigation des concurrents.
Son basculement vers le rôle de copilote s’est opéré avec son “héros” Stéphane Peterhansel. Ensemble, ils ont triomphé au Dakar 2021, une victoire qui a propulsé Boulanger au premier plan. Chez Prodrive, il a ensuite enchaîné les succès avec Nasser al-Attiyah, décrochant les titres mondiaux en 2024 et 2025.
Sa polyvalence impressionne. Responsable de la logistique et du sportif lors du Rallye des Pharaons entre 2005 et 2011, il a appris la navigation auprès de figures comme Jacky Ickx et Alain Lopes. Cette expérience terrain lui confère une expertise rare.
Aujourd’hui coach sportif de formation, Boulanger prépare méticuleusement ses défis. Victime d’un grave accident au Dakar 2023 – une vertèbre fracturée –, il a approfondi ses connaissances sur les commotions cérébrales. Son palmarès récent, incluant le Rallye du Maroc avec Loeb, le positionne idéalement pour le prochain Dakar.
Pour en savoir plus sur ses exploits passés, consultez cet article détaillé sur L’Équipe.
Les responsabilités quotidiennes en habitacle
Dans l’habitacle, le copilote est le cerveau de l’équipe. Il lit le road-book numérique remis chaque matin à la ligne de départ, décryptant 164 abréviations et symboles pour guider le pilote. « On doit synthétiser les informations en utilisant les bons termes pour que cela “parle” tout de suite au pilote », explique Boulanger.
Le timing est crucial : ni trop tôt, ni trop tard. Une indication manquée peut coûter cher en temps ou en sécurité. Parallèlement, il surveille l’instrumentation pour détecter tout problème mécanique.
Au-delà de la spéciale – souvent quatre à cinq heures –, les tâches s’enchaînent. Connaître le règlement par cœur, assister à une formation mécanique pour les pannes en course, et animer les débriefings précis avec les ingénieurs au bivouac font partie du quotidien.
Aujourd’hui, les étapes comptent environ deux notes par kilomètre, soit jusqu’à 700 cases à lire. Cela transforme le rôle en un “monologue permanent”, loin des grandes distances d’antan.
La préparation physique et mentale indispensable
Boulanger, coach sportif, insiste sur l’entraînement cérébral. « Dans une auto, on est passif, mais on doit entraîner le cerveau dans toutes les conditions car il va falloir qu’il soit branché en permanence, alors que notre tête est comme une balle de flipper dans la voiture ». Les secousses rendent la concentration heroïque.
Son accident de 2023 l’a sensibilisé aux commotions. Il travaille sur des protocoles pour minimiser les risques, combinant exercices mentaux et physiques.
La forme physique évite la fatigue lors des longues journées. Endurance, résistance aux vibrations et réactivité sont entraînées rigoureusement.
Cette approche holistique explique ses succès répétés. Elle lui permet de gérer le stress, essentiel face à des pilotes comme Peterhansel ou Loeb.
L’évolution de la navigation au rallye-raid
Boulanger est un témoin privilégié des changements. Autrefois, les distances entre notes étaient immenses, favorisant la navigation “à vue” mais causant des accidents graves. Pour la sécurité, les organisateurs ont multiplié les indications, ralentissant les vitesses.
« Aujourd’hui, on arrive à un système où il y a environ deux notes par kilomètre […] C’est devenu un monologue permanent du copilote et on se retrouve aux antipodes de ce qu’était la discipline à l’origine », note-t-il sans critiquer. Cela booste la sportivité et la sécurité.
Le copilote “navigue” encore en donnant les indications, mais ne trace plus sa route. L’esprit originel du rallye-raid s’éloigne, remplacé par une précision chirurgicale.
Ces évolutions profitent aux motards, forcés à lever le nez. Pour les autos, elles densifient l’exercice, exigeant une synergie parfaite pilote-copilote.
Pour approfondir l’évolution du Dakar, voir cet autre éclairage sur L’Équipe.
Édouard Boulanger incarne l’excellence dans un rôle souvent sous-estimé. Sa transition vers Sébastien Loeb chez Dacia promet une nouvelle page palpitante pour le Dakar à venir. Avec son expertise, Loeb pourra viser les sommets. Cette mission complexe rappelle que le rallye-raid repose sur une équipe soudée, où le copilote est le pilier invisible de la victoire. Reste à voir comment cette alchimie s’exprimera dans les dunes.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.