La croissance de la Formule 1 et valorisation des équipes atteint des sommets historiques en 2025

F1

La Formule 1 vit une période d’expansion financière sans précédent. La valeur collective des dix écuries du plateau dépasse les 34 milliards de dollars (29 milliards d’euros), tandis que les revenus générés par le sport ont atteint un record de 3,65 milliards de dollars en 2024. Cette croissance spectaculaire, pilotée par Liberty Media depuis son acquisition en 2017, transforme la discipline en un actif sportif parmi les plus prisés au monde. Les valorisations des équipes ont bondi de 48 % en moyenne sur un an, positionnant la F1 au deuxième rang des propriétés sportives les plus lucratives, juste derrière la NFL et devant la NBA.

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La transformation de Liberty Media : un succès stratégique

Liberty Media a réussi le pari audacieux de convertir la Formule 1 en une marque mondiale de divertissement sans sacrifier son prestige historique. En modernisant l’approche commerciale et en exploitant le potentiel numérique, le groupe américain a créé un écosystème où les équipes, les promoteurs et les partenaires trouvent leur compte. Cette stratégie s’appuie sur une expansion géographique intelligente et une diversification des sources de revenus qui profitent directement à la valorisation des écuries.

Des revenus records et une audience mondiale en expansion

Le chiffre d’affaires de la Formule 1 a progressé de 6 % en 2024, dopé par l’augmentation du nombre de courses à 24 Grands Prix et le maintien de six épreuves sprint. Cette croissance s’accompagne d’une explosion de l’audience : 1,6 milliard de téléspectateurs cumulés, 97 millions de followers sur les réseaux sociaux et 6,5 millions de fans présents sur les circuits, soit une hausse de 9 % par rapport à 2023. Stefano Domenicali, président et CEO de la F1, résume cet optimisme : « La Formule 1 a connu une année record en termes de nombre de courses, de revenus et d’OIBDA ajusté. Nous sommes très optimistes pour 2025, qui marquera le 75ème anniversaire de la discipline. »

Le pouvoir d’attraction des grandes marques

L’expansion commerciale se traduit par des partenariats majeurs. Crypto.com s’est engagé jusqu’en 2030, tandis que l’opérateur de loterie mondiale Allwyn a rejoint le cercle des sponsors. Les droits de diffusion connaissent également une inflation significative : Apple a acquis les droits américains pour 750 millions de dollars sur cinq ans, près du double de ce que payait ESPN. Cette affluence de capitaux se répercute directement sur la valorisation des équipes, qui bénéficient d’une visibilité mondiale sans précédent.

Le palmarès des équipes les plus valorisées

La hiérarchie financière des écuries reflète à la fois leur prestige historique et leurs performances sportives récentes. Le podium 2025 confirme la domination des teams historiques, même si les écarts se resserrent.

Ferrari : la Scuderia intouchable à 6,4 milliards de dollars

Ferrari conserve sa première place avec une valorisation de 6,4 milliards de dollars (5,5 milliards d’euros), en hausse de 34 %. Cette suprématie s’explique par un héritage unique de 75 ans, une base de fans inégalée et un statut iconique qui dépasse le simple sport automobile. L’écurie de Maranello bénéficie d’un paiement « historique » unique de plusieurs dizaines de millions de dollars annuellement, en plus de ses revenus commerciaux. Cette prime de rareté fait de Ferrari l’équipe la plus convoité par les investisseurs, comparable aux Lakers de la NBA dans leur catégorie.

Mercedes et McLaren : la chasse au podium

Mercedes suit de près avec 5,88 milliards de dollars (5 milliards d’euros), malgré une saison 2024 décevante sur le plan sportif. La capacité de l’équipe à attirer des sponsors premium, même dans l’ère post-Hamilton, témoigne de la solidité de son modèle économique. McLaren, avec 4,73 milliards de dollars (4 milliards d’euros), enregistre la plus forte progression à +78 %. Ce bond s’explique par son double titre de champion du monde des constructeurs 2024-2025, qui lui assure les plus importantes redevances de la saison. Zak Brown, CEO de McLaren Racing, a transformé une équipe déficitaire de 137 millions de dollars en 2018 en machine profitable avec un bénéfice opérationnel de 76 millions sur 700 millions de revenus en 2024.

Le plateau dans son ensemble

Red Bull Racing complète le top 4 avec 4,32 milliards de dollars, valorisée malgré les incertitudes liées à la domination de Max Verstappen et aux changements de direction. Aston Martin, sous l’impulsion de Lawrence Stroll, dépasse les 3 milliards, dopée par l’arrivée d’Adrian Newey et la construction d’un nouveau campus à Silverstone. Williams, achetée 200 millions en 2020, vaut désormais 2,14 milliards (+73 %), tandis qu’Haas, la plus petite équipe, atteint 1,68 milliard, plus que certains franchises MLB.

Les fondations d’une croissance durable

La santé financière du plateau repose sur trois piliers : la discipline budgétaire imposée par le plafond des coûts, la diversification des revenus et la rareté de l’actif sportif.

Le plafond des coûts : une révolution financière

Introduit en 2021 à 145 millions de dollars par équipe (hors salaires des pilotes, marketing et frais juridiques), le budget cap a rendu 70 % des écuries rentables. Mercedes a généré un EBIT de 205 millions en 2024. Jefferson Slack, d’Aston Martin, souligne son importance : « Les plafonds budgétaires sont extrêmement importants, non seulement du point de vue de la compétitivité, mais parce qu’ils nous ont obligés à maîtriser les dépenses et ont rendu la plupart des équipes rentables. » Cette formule, inspirée des grandes ligues américaines, apporte une prévisibilité financière qui séduit les investisseurs institutionnels.

Les droits de diffusion et la prime de rareté

La Formule 1 bénéficie d’une demande structurellement supérieure à l’offre. Avec seulement 10 équipes et une 11ème (Cadillac) en 2026, les opportunités d’investissement sont extrêmement limitées. La grille des 24 courses affiche complet, avec des villes prêtes à payer des frais d’organisation élevés. Les partenariats s’étendent au-delà du sport traditionnel : Apple a produit le film F1 avec Brad Pitt, qui a rapporté 631 millions au box-office, devenant le plus gros succès du genre et un puissant outil marketing pour le championnat.

L’attractivité pour les investisseurs institutionnels

Le pool d’acheteurs s’est diversifié : fonds souverains, fonds d’investissement, OEM automobiles et milliardaires se disputent des participations minoritaires voire majoritaires. Aston Martin a cédé des parts à Arctos Partners et HPS Investment Partners. McLaren a permis à MSP Sports Capital de réaliser un retour sur investissement de 10x sur cinq ans. L’offre à 2 milliards reçue par Racing Bulls (ex-AlphaTauri) et refusée illustre la frénésie autour de ces actifs rares. Toto Wolff, patron de Mercedes, est en discussion pour céder une participation minoritaire à 6 milliards de valorisation.

Perspectives d’avenir et enjeux stratégiques

La Formule 1 se prépare à une période de transformations majeures, avec des défis réglementaires et des opportunités commerciales exceptionnelles.

L’arrivée de Cadillac et l’expansion du plateau

En 2026, Cadillac deviendra la 11ème équipe, après paiement de 450 millions de dollars de frais de dilution et investissement d’un milliard supplémentaire. Cette arrivée, la première depuis 2016, témoigne de l’appétit des constructeurs américains, encouragés par le succès croissant de la F1 aux États-Unis. Audi prendra quant à elle le contrôle total de Sauber, renforçant l’implication des constructeurs allemands. Cependant, Stefano Domenicali a fermé la porte à une 12ème équipe, préservant ainsi la prime de rareté.

Les enjeux des accords Concorde 2026-2031

Les négociations du nouvel accord de gouvernance entre la FIA, Liberty Media et les équipes détermineront la répartition des revenus pour les six prochaines années. Avec l’explosion des audiences et des revenus publicitaires, les écuries réclameront une part plus importante du gâteau. Les nouveaux règlements techniques 2026, qui introduisent des voitures plus petites et des moteurs avec 300 % de puissance électrique supplémentaire, nécessiteront des investissements massifs en R&D. Cette transition représente à la fois un défi budgétaire et une opportunité d’attirer des investisseurs spécialisés dans la technologie verte.

Les défis réglementaires et géopolitiques

L’évolution du paysage médiatique mondial, avec des droits de diffusion à renégocier au Japon, en Amérique latine et en Asie, offre des perspectives de croissance. Grupo Televisa prendra les droits au Mexique en 2026. La question des sanctions géopolitiques et des restrictions commerciales pourrait impacter certaines équipes. La Formule 1 devra équilibrer sa quête de croissance avec la préservation de son ADN sportif, tout en continuant d’investir dans la durabilité et la diversité pour séduire les nouvelles générations.

La croissance de la Formule 1 et la valorisation des équipes témoignent d’une transformation réussie du sport automobile en actif d’investissement premium. Avec des valorisations qui dépassent désormais la MLB et rivalisent avec la NBA, le championnat s’est imposé comme un incontournable du divertissement global. Les équipes historiques comme Ferrari, Mercedes et McLaren capitalisent sur leur héritage tout en s’adaptant à la nouvelle ère digitale. La rareté des places, la mondialisation de la marque et la rentabilité accrue créent un écosystème vertueux qui devrait poursuivre sa trajectoire ascendante, même si le rythme des hausses de valorisation devrait naturellement se modérer. Les enjeux des prochaines années résideront dans la capacité à préserver cette dynamique tout en accueillant de nouveaux acteurs et en s’adaptant aux défis de la transition écologique et numérique.

Questions fréquemment posées

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.