La saison 2025 de Formule 1 s’achève dans un climat particulièrement tendu pour Ferrari. Pour la première fois depuis des années, la Scuderia risque de terminer sans la moindre victoire, une situation inédite qui nourrit les frustrations au sein de l’écurie italienne. Lewis Hamilton et Charles Leclerc, les deux pilotes titulaires, n’ont pas hésité à exprimer publiquement leur déception, créant une dynamique complexe que Frédéric Vasseur, le directeur de l’équipe, doit gérer avec une certaine habileté diplomatique.

Les frustrations croissantes de Lewis Hamilton et Charles Leclerc
Le septuple champion du monde britannique traverse sa saison la plus difficile en Formule 1. Entre le Grand Prix de São Paulo et celui d’Abu Dhabi, Hamilton a été éliminé dès la Q1 à trois reprises, un sort qu’il n’avait connu que très rarement dans sa longue carrière. À Las Vegas, parti dernier après avoir heurté un cône lors de son tour de qualification, il a certes remonté jusqu’à la dixième place, mais le sentiment de gâchis demeure prégnant.
Charles Leclerc, quant à lui, peine à cacher sa frustration malgré ses efforts constants. Après la course de Las Vegas, où il a terminé sixième, le Monégasque a livré un témoignage éloquent : « C’est l’une de mes meilleures performances de l’année en termes de dépassements et d’agressivité, mais finir sixième, ce n’est pas super. Ça montre que la performance n’était pas au rendez-vous ». Sa description de la SF-25 comme une voiture qui « ne lui manquera pas » en dit long sur son ras-le-bol.
Les deux pilotes ont pointé du doigt des problèmes récurrents : difficultés de réglage, lenteur particulière sous la pluie, et décisions stratégiques contestables. Leclerc a notamment critiqué la stratégie d’arrêt aux stands qui l’a placé derrière Oscar Piastri, bloqué dans son sillage jusqu’à l’arrivée.
La réponse mesurée de Fred Vasseur face aux critiques
Confronté à ces critiques publiques, Fred Vasseur adopte une ligne de conduite originale. Plutôt que de réprimander ses pilotes, il choisit de défendre leur droit à s’exprimer. « Lewis est complètement différent entre ses interventions face aux médias et son attitude en débriefing, a-t-il expliqué à Canal+. Il est beaucoup plus constructif. On prend les pilotes trop tôt après les séances, il faudrait leur laisser le temps de se calmer, de digérer les émotions ». Le Français refuse catégoriquement de qualifier la saison de « désastre » malgré les mauvais résultats. « Nous étions deuxièmes du championnat il y a seulement deux semaines. Ce n’est pas comme si tout avait été un désastre total », argumente-t-il. Cette posture reflette une stratégie de communication clairement assumée : éviter l’amalgame entre difficultés temporaires et échec structurel.
Vasseur insiste sur le fait que les critiques, même publiques, sont un moteur essentiel. « C’est notre meilleur moteur d’avoir des pilotes qui nous poussent dans nos derniers retranchements. Ils vont toujours soulever ce qui ne va pas pour progresser. C’est l’ADN de notre sport », souligne le directeur technique. Cette vision qui transforme la conflictualité en levier de performance témoigne d’une maturité managériale qui détonne dans le monde impulsif de la F1.
L’imprécision stratégique et les erreurs opérationnelles
Les critiques des pilotes trouvent un écho particulier dans les erreurs opérationnelles récurrentes. L’élimination de Hamilton en Q1 à Las Vegas résulte autant d’une erreur de pilotage que d’un problème de communication avec son ingénieur. Le timing serré pour boucler un dernier tour n’a pas été suffisamment souligné, poussant le Britannique à relâcher l’accélérateur après avoir franchi la ligne.
Pour Leclerc, la frustration est d’autant plus grande qu’il a réalisé une course agressive et risquée. « J’ai pris énormément de risques pendant cette course », confie-t-il. Pourtant, la stratégie d’arrêt trop tardive l’a condamné à rester coincé derrière Oscar Piastri, lui-même piégé par Kimi Antonelli. Vasseur reconnaît partiellement l’erreur : « Avec du recul, si l’on devait refaire la stratégie maintenant, on pourrait dire que s’arrêter un tour avant Piastri aurait été mieux ».
La situation est complexifiée par des conditions météo changeantes pendant les essais libres, qui ont empêché l’équipe d’effectuer des longs relais sur les pneus durs. « Nous n’étions pas sûrs de la durée de vie des gommes et de l’anticipation du pitstop », admet Vasseur. Cette imprécision dans la préparation a eu des conséquences directes sur les décisions en course.
Le management stoïque de Vasseur face à la pression des tifosi
Fred Vasseur doit gérer non seulement les pilotes, mais aussi l’impatience légendaire des supporters Ferrari. « C’est l’une des caractéristiques de Ferrari qui n’existe nulle part ailleurs. Très vite, quand on fait de bons EL1, on est champion du monde, quand on fait une mauvaise séance, il faut licencier la moitié de l’équipe », ironise-t-il.
Cette pression externe explique en partie les déclarations parfois énigmatiques du Team Principal. Son travail consiste à « calmer tout le monde, calmer l’enthousiasme, remonter le moral quand c’est dur ». Cette approche quasi-stoïque se heurte à la première véritable mauvaise saison de l’ère Vasseur, après deux années probantes.
Le Français assume pleinement ce rôle de tampon entre la passion débridée des tifosi et la réalité technique de la F1. « On ne progresse pas dans cette amplitude d’émotions », insiste-t-il. Cette gestion des attentes est d’autant plus cruciale que Ferrari a décidé de sacrifier le développement de la SF-25 pour se concentrer sur la réglementation 2026, un pari risqué qui explique en partie les performances décevantes de l’année.
L’avenir incertain et les perspectives pour 2026
Malgré les critiques et les tensions, Vasseur reste optimiste pour l’avenir. Il défend notamment le bilan de Lewis Hamilton, soulignant que le Britannique est « beaucoup plus constructif » en interne qu’il n’y paraît publiquement. Cette défense est capitale alors que des rumeurs commencent à circuler sur l’avenir du champion chez Ferrari.
La décision de sacrifier la saison 2025 pour préparer 2026 est désormais assumée ouvertement. « Le potentiel était bon au Brésil, on avait un bon rythme, mais on revient avec un double zéro. C’est frustrant, mais l’avantage c’est qu’on n’a pas à attendre trop longtemps avant de revenir en piste », résume Vasseur.
Pour Charles Leclerc, qui a montré des signes d’impatience évidents, le défi sera de maintenir sa motivation alors que les résultats ne suivent pas. Ses déclarations publiques, bien que parfois dures, témoignent d’une volonté de gagner intacte. Vasseur semble comprendre ce mécanisme : « Charles quand il est P2, il arrive à dire que ça ne va pas parce qu’il voudrait plus. Je le comprends ».
La relation triangulaire entre Vasseur, Hamilton et Leclerc reste au cœur de la restructuration de Ferrari. Le Team Principal a réussi à transformer les critiques publiques en un outil de management plutôt qu’en source de conflit, une prouesse dans le milieu de la F1. Avec 2026 qui s’annonce comme une année charnière avec les nouvelles réglementations, la capacité de l’équipe à tirer parti de cette frustration constructive pourra faire la différence entre un véritable retour aux victoires et une traversée du désert prolongée.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.