Jorge Martin avoue se sentir comme un débutant sur l’Aprilia RS-GP Moto GP
Lors du test de Valence de mardi dernier, Jorge Martin n’a pas caché sa frustration face à ses difficultés d’adaptation. “Parfois, j’ai encore l’impression d’être un rookie avec cette moto”, a-t-il déclaré dans un entretien accordé à Motorsport.com. Cette confession surprenante d’un pilote de son calibre révèle l’ampleur du défi technique qui l’attend.
Le champion du monde a expliqué que les changements techniques, notamment concernant les carénages et l’aérodynamique, le déstabilisaient considérablement. “C’est difficile pour moi de comprendre différentes choses, comme quand on change de carénage”, a-t-il souligné. Cette remarque témoigne d’une sensibilité pilotage qui ne s’adapte pas aisément aux évolutions majeures de la machine, contrairement à ce qu’il pouvait expérimenter sur sa précédente Ducati.
Pourt un, le test n’a pas été entièrement négatif. Le pilote a noté une amélioration significative avec le nouveau châssis testé, celui que son coéquipier Marco Bezzecchi utilise depuis plusieurs courses. “Le plus gros step pour moi, c’était le châssis. C’était vraiment bien. Dès qu’on a commencé à l’utiliser, j’ai immédiatement senti que je tournais de manière plus naturelle, c’est plus proche de mon style”, a-t-il commenté avec satisfaction.
Les problèmes d’ergonomie ont également occupé une partie importante de la journée. Martin a expérimenté différents réservoirs et repose-pieds, des ajustements normalement effectués durant les essais hivernaux. “J’ai essayé beaucoup de choses au niveau de l’ergonomie. Il y a eu du positif, mais ça a aussi créé beaucoup de confusion par rapport à mon pilotage”, a-t-il reconnu, avant de revenir à la configuration standard faute de temps suffisant.
L’impact dévastateur des blessures sur l’adaptation
La saison 2025 de Jorge Martin ressemble à un cauchemar en termes de santé physique. Quatre blessures distinctes, dont deux durant la pré-saison seulement, ont réduit ses opportunités de roulage à une portion congrue. Chaque période de convalescence a représenté un temps perdu pour la compréhension de la RS-GP, créant un déficit d’expérience difficilement rattrapable.
L’accident le plus sévère est survenu au Grand Prix du Japon à Motegi, où une chute violente lui a valu une fracture de la clavicule. Cette blessure l’a contraint à manquer plusieurs courses et l’a empêché de participer aux essais cruciaux du début de saison. Lors de son retour à Valence, à peine sept semaines après le choc, Martin a admis que la douleur persistente affectait directement ses performances.
“J’ai encore mal dans le dos, les côtes, la main, la clavicule, les épaules”, a-t-il énuméré de manière éloquente. Cette douleur omniprésente transforme chaque tour en une épreuve d’endurance et limite sa capacité à prendre des risques nécessaires à la progression. “Mentalement, quand on roule avec cette marge de sécurité pour ne pas chuter, on ne peut pas prendre confiance”, a-t-il ajouté, soulignant le lien indissoluble entre état physique et performance mentale.
La situation s’est aggravée par le manque de temps de piste accumulé. Les pilotes de MotoGP comptent généralement sur des milliers de kilomètres d’essais avant la saison pour affiner leurs réglages et développer une intuition de leur machine. Martin, contraint à une série de retours prématurés, n’a jamais pu bénéficier de cette période d’apprentissage essentielle. Résultat : il aborde les évènements avec une méconnaissance de base qui le place dans la peau d’un rookie malgré ses 75 courses disputées en catégorie reine.
Les défis techniques de la RS-GP à dompter
La moto de faisant exceptionnelle de l’Aprilia sur la fin de saison, avec des victoires pour Marco Bezzecchi et Raúl Fernández, n’a pas encore révélé tout son potentiel entre les mains de Martin. Le principal point faible mis en évidence concerne la motricité en sortie de virage, un domaine pourtant considéré comme la grande force naturelle du champion du monde.
“La motricité reste un gros souci pour moi, pour prendre des mètres quand je sors des virages ; normalement, c’est mon plus gros point fort mais je n’arrive pas à extraire tout le potentiel de l’Aprilia”, a-t-il analysé. Cette frustration est d’autant plus grande qu’il sait être capable d’excellentes performances sur ce plan avec une configuration qui lui convient. La difficulté réside dans la transferabilité de son style pilotage à la philosophie technique de la RS-GP.
Les problèmes d’aérodynamique représentent un autre obstacle majeur. Les évolutions du carénage testées à Valence ont créé une confusion chez le pilote, qui peine à interpréter leurs effets sur le comportement de la moto. “Pour le carénage, c’est difficile à comprendre. J’ai besoin de faire des réunions, pour mieux comprendre ce qu’il faudra tester en Malaisie”, a-t-il expliqué, montrant sa méthode méthodique mais aussi son incompréhension actuelle.
Le nouveau châssis a apporté une première solution tangible. En améliorant la maniabilité et en se rapprochant du style naturel de Martin, il a créé une base de confiance. Cependant, le pilote reste prudent : “On a fini la saison avec de très bonnes sensations sur la moto de 2025 et ce sera très difficile à améliorer. Donc je pense qu’un gros changement comme le carénage est une décision vraiment importante.”
L’électronique constitue un autre chantier crucial. La gestion du couple, l’anti-patinage et le frein moteur ont été des axes de développement majeurs pour Aprilia cette saison. Martin, n’ayant pu participer à leur évolution progressive, doit maintenant rattraper en peu de temps des mois de développement. Cette situation explique sa prudence lors des tests : chaque changement doit être validé méthodiquement pour éviter de créer de nouvelles incohérences.
Les perspectives pour 2026 et les prochains tests
Le calendrier des essais hivernaux représente une opportunité cruciale pour Jorge Martin de combler son retard d’adaptation. Le test prévu à Sepang à partir du 3 février 2026 constitue son prochain objectif majeur. Il devra y affiner sa compréhension de la RS-GP et valider les orientations techniques dégagées à Valence.
Après les progrès constatés avec le châssis, Martin a identifié ses priorités. “En Malaisie, je changerai déjà les repose-pieds pour améliorer mon pilotage par rapport à l’Aprilia”, a-t-il annoncé. Cette décision montre sa capacité à analyser rapidement les points d’amélioration et à structurer son plan de travail. Le retour à son numéro fétiche 89 après avoir porté le #1 de champion du monde symbolise aussi un retour à ses fondamentaux.
L’équipe Aprilia a clairement fait de son adaptation une priorité. Le directeur technique a confirmé que les retours de Martin, malgré son manque de roulage, étaient essentiels pour orienter le développement du moteur 2026. La capacité du champion à fournir des analyses précises, même après seulement quelques tours, est considérée comme un atout majeur par les ingénieurs de Noale.
Pour 2026, les enjeux sont immenses. Martin doit non seulement retrouver son niveau physique optimal mais aussi développer une intuition totale de sa moto. La concurrence ne lui fera aucun cadeau, et les pilotes comme Francesco Bagnaia ou Marc Marquez partiront avec l’avantage d’une connaissance parfaite de leurs machines. Le champion du monde le sait : “J’ai encore cinq ou six dixièmes à trouver pour gagner, donc je dois juste comprendre un peu plus la moto.”
Le test de Valence a néanmoins apporté un élément positif : malgré la douleur et les doutes, Martin a réussi à améliorer ses temps au tour avec le pneu medium par rapport au week-end de course. “Je n’ai pas mis de pneu soft, mais j’aurais sûrement pu être dans le top 5”, a-t-il estimé. Cette performance montre que le potentiel existe, même s’il reste latent pour le moment.
Jorge Martin se trouve à un tournant de sa carrière. Après une année 2025 à oublier, le champion du monde doit relever un défi de taille : transformer son sentiment de rookie en une maîtrise totale de l’Aprilia RS-GP. Le chemin sera long, parsemé d’ajustements techniques et de travail physique, mais le talent brut est intact. La saison 2026 sera le juge de paix de cette transition, et tous les regards du paddock seront tournés vers le pilote espagnol pour voir s’il peut redorer son blason et retrouver la performance qui a fait de lui un champion du monde.
Le test de Valence a néanmoins apporté un élément positif : malgré la douleur et les doutes, Martin a réussi à améliorer ses temps au tour avec le pneu medium par rapport au week-end de course. “Je n’ai pas mis de pneu soft, mais j’aurais sûrement pu être dans le top 5”, a-t-il estimé. Cette performance montre que le potentiel existe, même s’il reste latent pour le moment.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.