Johnny Morris, PDG de Bass Pro Shops, adresse une lettre incendiary à NASCAR suite aux insultes envers Richard Childress

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Johnny Morris, PDG de Bass Pro Shops, adresse une lettre incendiiaire à NASCAR suite aux insultes envers Richard Childress

L’emblématique PDG de Bass Pro Shops sort de sa réserve et dénonce avec virulence les propos tenus par les dirigeants de NASCAR à l’encontre du propriétaire d’équipe légendaire Richard Childress, révélés dans le cadre du procès antitrust qui secoue la compétition.

La relation entre NASCAR et ses équipes partenaires n’a jamais été aussi tumultueuse. Alors que le procès antitrust intenté par 23XI Racing et Front Row Motorsports contre l’organisation fait rage, de nouvelles révélations ont mis en lumière des commentaires désobligeants de la part des plus hauts dirigeants de la discipline. Johnny Morris, fondateur et PDG de Bass Pro Shops, a décidé de prendre la plume pour exprimer son indignation dans une lettre ouverte particulièrement virulente.

Dans cette missive, publiée le 10 décembre 2025, Morris ne mâche pas ses mots à l’égard de Steve Phelps, commissaire de NASCAR, qui aurait qualifié Richard Childress d’«idiot», de «dinosaure», de «plouc stupide» et de «clown». Des propos tenus par SMS en 2023, lors des négociations autour de la charte des équipes, et rendus publics dans le cadre des découvertes du procès.

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L’origine du conflit : des textos qui font tremper la NASCAR

Les révélations sont tombées comme une bombe. Dans des messages texte échangés avec Brian Herbst, directeur des médias et des revenus de NASCAR, Steve Phelps n’a pas tari d’éloges sur Richard Childress. « Childress est un idiot. S’ils n’aiment pas l’état du sport, qu’ils vendent leur charte et qu’ils partent », aurait-il écrit avant d’ajouter : « Si il est aussi en colère, qu’il signe son extension de charte et qu’il vende. Il n’est pas intelligent, c’est un dinosaure, et un malcontent. Un vrai clown. »

Mais le pire restait à venir. Phelps aurait même suggéré : « Childress devrait être emmené à l’arrière et fouetté. C’est un plouc stupide qui doit toute sa fortune à NASCAR. » Des propos particulièrement choquants venant du commissaire d’une organisation qui se veut être le fleuron du sport automobile américain.

Ces textos, datant de 2023, ont été révélés alors que le procès opposant 23XI Racing (co-détenue par Michael Jordan) et Front Row Motorsports à NASCAR approche de son terme, avec une date d’audience fixée au 1er décembre à Charlotte. La guerre judiciaire porte sur le fonctionnement antitrust présumé de l’organisation, mais les textos ont ajouté une dimension personnelle et humaine à un conflit jusque-là principalement financier et juridique.

La réponse cinglante de Johnny Morris

Ancien fan de NASCAR depuis l’âge de 7 ans, Johnny Morris n’a pas hésité à prendre position. Dans sa lettre, il rappelle que Bass Pro Shops sponsorise la discipline depuis 28 ans, depuis que « Dale Earnhardt Sr. et Richard Childress nous ont accueillis dans le sport ». Il décrit Childress comme « un ami spécial, un grand leader, un compétiteur acharné et un défenseur passionné des amateurs de plein air et des conservationnistes ».

Le PDG de Bass Pro Shops, qui emploie des milliers de personnes et s’adresse à 180 millions d’américains passionnés d’outdoor, s’est dit « extrêmement contrarié par la récente divulgation de critiques choquantes, offensantes et fausses à l’encontre de Richard ». Il va plus loin en mettant en cause la capacité de Phelps à diriger : « Le commissaire, dans toutes ses diatribes, n’a fait que discréditer lui-même et le sport. »

Morris établit un parallèle saisissant avec le baseball : « Que se passerait-il si la Major League Baseball accueillait un nouveau commissaire qui cracherait sur une légende comme Willie Mays, Hank Aaron ou Babe Ruth ? Un tel commissaire ne garderait probablement pas son poste très longtemps ! »

Richard Childress : une légende bafouée

Six fois champion de la NASCAR Cup Series avec Dale Earnhardt, membre du Temple de la renommée de NASCAR, Richard Childress est l’une des figures les plus respectées du sport automobile américain. Il a commencé sa carrière en tant que pilote dans les années 1960 avant de fonder Richard Childress Racing (RCR) en 1969, l’une des écuries les plus prospères et durables de la discipline.

Le propriétaire de l’emblématique voiture numéro 3, pilotée aujourd’hui par son petit-fils Austin Dillon, a consacré sa vie à la NASCAR. Ses contributions au développement du sport sont considérées comme colossales, ayant non seulement remporté des championnats, mais aussi formé des générations de pilotes et de mécaniciens.

Dans un communiqué publié par RCR, Childress a exprimé sa « profonde déception » face aux « déclarations insensibles et diffamatoires ». Sans s’étendre sur le sujet, il a clairement indiqué que « des poursuites judiciaires sont envisagées et discutées avec les conseillers juridiques ».

Les textos ne sont pas les seules préoccupations de Childress. Le propriétaire d’écurie a également témoigné dans le cadre du procès antitrust concernant l’accord de charte 2025, un sujet qui divise profondément le paddock. Les tensions autour de la répartition des revenus et de la valeur des charters ont atteint un point d’ébullition, exacerbées par des retards dans les négociations et des menaces de retrait de certaines équipes.

Les implications pour l’avenir de NASCAR

La lettre de Johnny Morris soulève des questions cruciales sur la gouvernance de NASCAR. En tant que sponsor majeur, Bass Pro Shops a un pouvoir de nuisance considérable. La marque a annoncé qu’elle resterait aux côtés de Richard Childress Racing pour 17 courses en 2025, mais la situation pourrait évoluer en fonction des suites données à cette affaire.

Le PDG met en garde contre les risques de partialité : « Beaucoup de nos collègues ont légitimement exprimé leur inquiétude concernant le mépris récemment révélé du commissaire pour Richard Childress, qui démontre clairement qu’il n’est pas capable d’être juste et objectif lorsqu’il s’agit d’appliquer les règles du sport. »

Cette affaire met également en lumière les divisions profondes au sein du monde de NASCAR. Alors que certaines équipes comme RCR défendent les traditions et les pionniers du sport, d’autres, comme 23XI Racing de Michael Jordan, poussent pour une modernisation du modèle économique et une plus grande autonomie des équipes. Le procès antitrust est devenu le théâtre d’un affrontement générationnel et idéologique.

Une crise de confiance sans précédent

Les sponsors sont le nerf de la guerre en NASCAR. Sans leur soutien financier, aucune équipe ne pourrait rouler. La prise de position publique de Johnny Morris représente donc un signal d’alarme majeur pour les dirigeants de l’organisation. Si un sponsor de cette envergure commence à remettre en question la légitimité des dirigeants, d’autres pourraient suivre.

Morris rappelle à NASCAR qu’elle doit « ne jamais tourner le dos ou abandonner les vrais pionniers et surtout les fans qui forment le fondement du sport que nous aimons ». Cette mise en garde résonne particulièrement fort à un moment où NASCAR cherche à attirer de nouvelles générations de spectateurs tout en préservant sa base traditionnelle.

La crise actuelle est multidimensionnelle. Elle combine :

  • Un procès antitrust menaçant la structure économique du sport
  • Des tensions personnelles entre dirigeants et propriétaires historiques
  • Des questions de légitimité et de gouvernance
  • Des remises en cause du modèle de distribution des revenus

Vers une résolution ou une implosion ?

Alors que la date du procès approche, NASCAR se trouve dans une position délicate. Steve Phelps a finalement présenté des excuses, qualifiées de « forcées » par certains observateurs, mais le mal est fait. La confiance est brisée, et les communautés de sponsors, d’équipes et de fans regardent attentivement les prochaines étapes.

Johnny Morris appelle les propriétaires d’équipes et la famille France (fondatrice de NASCAR) à « réfléchir soigneusement aux dommages causés à NASCAR ». Son souhait : « une résolution prompte et juste qui crée un chemin positif vers un avenir heureux et à long terme pour la famille fondatrice, les propriétaires d’équipes et surtout les fans. »

Le défi est immense. Comment réconcilier les intérêts divergents d’équipes historiques comme RCR, de nouveaux entrants comme 23XI Racing, et d’une organisation qui cherche à préserver son modèle tout en s’adaptant aux réalités économiques modernes ?

Cette affaire pourrait bien marquer un tournant dans l’histoire de NASCAR. Soit elle conduira à des changements structurels profonds et nécessaires, soit elle creusera des divisions qui pourraient menacer la cohésion même du sport. Une chose est certaine : le monde de NASCAR n’est plus jamais comme avant, et la lettre incendiiaire de Johnny Morris n’a fait qu’attiser les braises d’un feu qui couvait déjà depuis longtemps.

Pour en savoir plus sur l’impact des sponsors dans le sport automobile, consultez notre article sur les stratégies de sponsoring en NASCAR. L’importance des relations entre équipes et partenaires commerciaux n’a jamais été aussi évidente qu’aujourd’hui.

Questions fréquemment posées

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.