Les circonstances du recrutement chez Kondo Racing
Le placement de Jack Doohan chez Kondo Racing n’est pas le fruit du hasard. L’équipe, affiliée au géant automobile Toyota, cherche à restructurer son équipage pour la saison 2026. L’Australien prendra le volant de la monoplace #3, celle que Kenta Yamashita a piloté tout au long de la saison écoulée. Ce changement s’inscrit dans une série de mouvements au sein de l’équipe, qui chercherait également à associer Doohan à Luke Browning, un autre talent international, pour former une nouvelle équipe 100 % étrangère.
Browning, jeune pilote Williams de 23 ans et vainqueur de courses en Formule 2, participera aux deuxième et troisième journées de test dans la voiture sœur #4. Il atterrira directement à Suzuka après avoir pris part au test des jeunes pilotes de F1 à Abou Dhabi le 9 décembre. Cette coïncidence illustre parfaitement la synergie croissante entre les programmes de développement de la F1 et les opportunités offertes par la Super Formula, où de nombreux espoirs viennent parfaire leur apprentissage.
Le timing serré de cette annonce, intervenue mardi alors que le test débutait mercredi, explique pourquoi Doohan est considéré comme un ajout de dernière minute. Les négociations ont visiblement abouti dans l’urgence, mais elles reflètent une stratégie claire de la part du pilote australien pour ne pas rester inactif pendant toute la saison 2026.
Un programme d’essais intensif et compétitif
Le test de Suzuka ne constitue pas une simple formalité. Sur trois jours, les pilotes disposeront de six sessions totalisant 12 heures de roulage, réparties en quatre heures et demie mercredi et jeudi, puis trois heures vendredi. Ce format dense permet aux équipes d’évaluer rigoureusement les capacités d’adaptation des pilotes, notamment sur un circuit aussi technique et exigeant que Suzuka, où Doohan a déjà couru lors du Grand Prix du Japon de F1 cette année.
La présence de 36 pilotes témoigne de l’attractivité du championnat japonais. Parmi les autres noms notables figurent des personnalités très diverses, du double champion du monde des rallyes Kalle Rovanperä, qui testera pour KCMG, au rookie Charlie Wurz, qui passera de la FIA F3 à la Super Formula avec Team Goh. La liste comprend également Yuto Nomura, champion de Super Formula Lights, et plusieurs pilotes丰田 juniors comme Rikuto Kobayashi.
Pour Doohan, ce test représente une occasion de se mesurer à des pilotes japonais aguerris et à d’autres talents internationaux dans un environnement compétitif. Les performances réalisées à Suzuka pourraient déterminer non seulement son avenir chez Kondo Racing, mais aussi son attractivité aux yeux d’autres équipes du paddock, ou même de programmes de développement F1.
Les implications pour le retour en Formule 1
La décision de Jack Doohan de s’engager en Super Formula ne signifie pas nécessairement la fin de ses ambitions en Formule 1. Au contraire, cette stratégie pourrait s’avérer astucieuse à long terme. Le championnat japonais a historiquement servi de tremplin vers la F1, comme en témoignent les parcours de pilotes comme Pierre Gasly ou Yuki Tsunoda, qui y ont perfectionné leur technique avant de rejoindre la grille.
Plusieurs éléments suggèrent que ce détour par le Japon fait partie d’un plan plus large. Doohan a été récemment aperçu dans le paddock du Super GT à Motegi avec son père, signe qu’il explorait activement les opportunités asiatiques. Parallèlement, des rumeurs persistantes le placent comme potentiel pilote de réserve pour Haas en 2026, dans le cadre de la nouvelle alliance stratégique entre l’équipe américaine et Toyota.
Cette collaboration renforcée entre Haas et le constructeur japonais pourrait créer un pont intéressant. En courant en Super Formula avec une équipe Toyota, Doohan se place idéalement pour bénéficier du programme TPC (Testing of Previous Cars) qui permettra à Toyota de préparer ses pilotes à la F1. Le nom de l’équipe pourrait même évoluer vers “Toyota Gazoo Racing Haas” dès 2026, renforçant les liens entre les deux entités.
Analyse des enjeux sportifs et techniques
Le choix de Suzuka comme lieu de test n’est pas anodijn. Ce circuit, avec ses fameux virages en huit, sa dénivelée et son Spoon Curve, exige une technique de pilotage irréprochable et une confiance totale en la voiture. Pour Doohan, qui y a déjà couru en F1, la familiarité avec la piste constitue un avantage indéniable. Il pourra se concentrer sur l’adaptation au châssis Dallara 320, sensiblement différent de la Alpine A522 qu’il pilotait en début d’année.
Les différences techniques sont significatives. La Super Formula utilise des moteurs 2 litres turbo développant environ 550 chevaux, avec un important appui aérodynamique et des pneus moins sophistiqués que ceux de la F1. Le rapport puissance/poids est toutefois impressionnant, faisant de ces monoplaces les plus rapides après les F1 sur les circuits où elles évoluent. Doohan devra maîtriser rapidement ces spécificités pour convaincre Kondo Racing.
Les enjeux sont immenses. Une bonne performance pourrait lui ouvrir les portes d’un contrat à plein temps pour la saison 2026, lui offrant ainsi une visibilité régulière et la possibilité de combattre pour des victoires. À l’inverse, des difficultés d’adaptation pourraient compliquer sa recherche de solutions pérennes et remettre en question sa trajectoire professionnelle.
Regard vers l’avenir : quelles perspectives pour Doohan ?
Le test de Suzuka marque un moment de vérité pour Jack Doohan. Alors que sa carrière en F1 a connu une interruption brutale, il doit désormais rebondir vite et fort. La Super Formula offre un environnement compétitif et visible, idéal pour rester sur le radar des équipes de F1 tout en continuant de progresser. Les contacts établis avec Toyota et Haas suggèrent que son avenir pourrait se jouer sur un échiquier plus complexe, mêlant championnat japonais et rôle de développement en F1.
La décision finale de Kondo Racing quant à son engagement pour 2026 dépendra largement des impressionnantes laissées durant ces trois jours d’essais. L’équipe, fondée en 1997 et triple championne en Super Formula, recherche des pilotes capables de remporter des victoires immédiatement. Doohan a démontré des flashes de son potentiel en F1, notamment lors des qualifications, mais il doit maintenant prouver sa capacité à livrer des performances constantes sur une saison complète.
Quelle que soit l’issue de ce test, l’initiative de Doohan démontre une maturité professionnelle et une volonté de ne pas baisser les bras. En choisissant une option compétitive plutôt qu’un simple rôle de pilote de réserve sans perspective de course, il garde vivante la flamme de ses ambitions et garde son destin entre ses mains. Le paddock de la Super Formula, réputé pour son hospitalité et son professionnalisme, pourrait bien lui offrir le tremplin dont il a besoin pour écrire le prochain chapitre de sa carrière.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.