Histoire des titres de Formule 1 à trois prétendants dans les finales de saison : quand le suspense atteint son paroxysme

F1

Histoire des titres de Formule 1 à trois prétendants dans les finales de saison : quand le suspense atteint son paroxysme

L’histoire du championnat du monde de Formule 1 regorge de finales mémorables, mais certaines saisons se distinguent par une particularité rare : trois pilotes encore en lice pour le titre lors de la dernière course. Cette situation, qui se produit sporadiquement, crée une tension incomparable et des scénarios d’une complexité tactique extraordinaire. Alors que la saison 2025 s’am�pre à offrir un tel dénouement à Abu Dhabi entre Lando Norris, Max Verstappen et Oscar Piastri, il est fascinant de replonger dans les archives pour mesurer la portée historique de ce qui nous attend.

Ces finales à trois prétendants ont toujours livré des drames intenses, des rebondissements inattendus et parfois des controverses majeures. Chaque époque a apporté sa propre saveur à ce suspense ultime, avec des règlements de pointage différents, des technologies variées et des enjeux financiers grandissants. Analysons ces moments uniques qui ont façonné la légende de la discipline reine du sport automobile.

three-way-f1-title-final_0.jpg

1958 : la première finale à trois Britanniques

La saison 1958 marque une première dans l’histoire de la Formule 1 avec trois pilotes britanniques capables de décrocher le titre à l&#039occasion du Grand Prix du Maroc, ultime manche du calendrier. Mike Hawthorn (Ferrari), Stirling Moss (Vanwall) et Tony Brooks (Vanwall) se présentent à Casablanca avec des chances réelles de couronne mondiale. Cette saison reste unique car elle représente la toute première fois que le championnat se joue entre trois prétendants en finale.

Les règles de l’époque ne retenaient que les cinq meilleurs résultats de la saison, ce qui compliquait les calculs. Hawthorn arrive avec 39 points, suivi de Moss avec 32 et Brooks à 23 points, mais les potentiels de points abandonnés rendent la situation plus serrée qu’elle n’y paraît. Au Maroc, Moss domine la course et remporte la victoire, mais Hawthorn termine deuxième, suffisant pour décrocher le titre par seulement un point, malgré une saison moins prolifique en victoires que son rival.

Cette finale a déjà établi un pattern qui se répétera : le leader du championnat avant la dernière course n’est pas garanti du titre. La tension entre Moss, considéré comme le pilote le plus rapide, et Hawthorn, plus régulier, incarne le dilemme classique de la F1 : la vitesse brute contre la régularité. Le destin cruel voudra que Hawthorn perde la vie dans un accident de route quelques mois plus tard, faisant de 1958 un souvenir amer pour le sport automobile britannique.

1974 : la bataille Sud-Africaine à trois

Seize ans plus tard, l’histoire se répète avec une finale à trois à Kyalami. Le championnat oppose Emerson Fittipaldi (McLaren), Clay Regazzoni (Ferrari) et Jody Scheckter (Tyrrell). Les règles ont évolué : on compte désormais les neuf meilleurs résultats sur quinze courses, et une victoire rapporte dix points. Fittipaldi arrive en Afrique du Sud avec 52 points, Regazzoni à 50 et Scheckter à 45, rendant tout possible.

Cette saison 1974 est marquée par l’intensité du duel entre Fittipaldi, le tenant du titre, et Regazzoni, l’espoir italien. Scheckter reste l’outsider, mais sa régularité en fait un dangereux prétendant. Au départ de la course sud-africaine, la pression est immense sur chaque épaule. Les calculs sont simples : seul Fittipaldi peut remporter le titre sans gagner la course, mais tout abandon changerait la donne.

La course verra Regazzoni abandonner prématurément, victime d’un problème mécanique, éliminant ses espoirs. Fittipaldi, sage et expérimenté, gère parfaitement sa course pour terminer quatrième, suffisant pour remporter son deuxième titre mondial consécutif. Scheckter, bien qu’ayant remporté la course, doit se contenter de la troisième place au championnat. Cette finale illustre déjà la différence entre la vitesse pure et la gestion d’un championnat sur l’ensemble de la saison.

1981 : le cauchemar du Caesars Palace

Le Grand Prix de Las Vegas 1981 reste l’une des finales les plus dramatiques et controversées de l’histoire. Sur le parking du célèbre Caesars Palace, transformé en circuit provisoire, Carlos Reutemann (Williams) affronte Nelson Piquet (Brabham) et Jacques Laffitte (Ligier). Le système de points ne retient que les onze meilleurs résultats, et une victoire rapporte neuf points, ce qui crée une complexité supplémentaire dans les stratégies.

Reutemann arrive avec 49 points, devant Piquet (48) et Laffitte (43). L’Argentin possède clairement l’avantage, d’autant qu’il a décroché la pole position. Cependant, dès le départ, son coéquipier Alan Jones prend les commandes, créant une situation délicate pour Reutemann qui doit gérer ses rivaux tout en respectant l’intérêt de son écurie. Dès le quinzième tour, sa boîte de vitesses commence à dérailler, le forçant à ralentir considérablement.

Pendant ce temps, Piquet souffre terriblement sous la chaleur du Nevada, avec des nausées et vomissements intenses à cause des gaz d’échappement qui s’infiltrent dans son cockpit. Malgré cette épreuve physique éprouvante, il parvient à terminer cinquième, décrochant les deux points précieux qui lui permettent de remporter son premier titre mondial. Reutemann, lui, finit hors des points, et Laffitte ne peut pas remonter assez haut. Cette course reste un exemple parfait de comment la fiabilité mécanique et la résistance physique peuvent primer sur la performance pure.

1983 : le triomphe de la fiabilité Brabham

Deux ans plus tard, c’est encore Nelson Piquet qui se retrouve au cœur d’une finale à trois, cette fois à Kyalami contre Alain Prost (Renault) et René Arnoux (Ferrari). Le barème est identique à 1981, avec les onze meilleurs résultats sur quinze courses. Piquet arrive avec 55 points, Prost avec 57 et Arnoux avec 49, mais la dynamique est clairement en faveur du Brésilien qui vient de remporter deux victoires consécutives.

Les qualifications confirment cette tendance : Piquet décroche la deuxième place, Arnoux la quatrième et Prost la cinquième. La course devient rapidement un cas d’école sur l’importance de la fiabilité en Formule 1. Dès le neuvième tour, Arnoux voit son moteur Ferrari exploser, le privant de toute chance. Prost, bien parti pour défendre son titre, doit abandonner au trente-cinquième tour suite à une défaillance du turbo Renault.

Cette double défection laisse Piquet maître du jeu. Bien qu’ayant rapidement pris les commandes, il gère sa course avec une prudence extrême, terminant troisième derrière deux pilotes sans enjeu. Cette position lui suffit amplement pour remporter son deuxième titre consécutif, démontrant une fois de plus que dans les finales à trois, la régularité et la fiabilité l’emportent souvent sur la performance brute. Le championnat se joue sur des détails mécaniques imperceptibles pour le public.

1986 : la tragédie des pneus Goodyear en Australie

La saison 1986 offre probablement la finale à trois la plus dramatique et la plus cruelle de toute l’histoire. À Adélaïde, Nigel Mansell (Williams) affronte son coéquipier Nelson Piquet et Alain Prost (McLaren) dans un climax absolument déchirant. Le barème est de neuf points par victoire, et seulement les onze meilleurs résultats comptent. Mansell domine avec 70 points, devant Prost (64) et Piquet (63).

Mansell, jamais champion du monde à cette époque, talonne Prost, double champion en titre. Le Britannique décroche la pole et mène la course avec autorité jusqu’au soixante-quatrième tour. Il est en position idéale pour remporter le titre, ne nécessitant qu’une simple troisième place. Soudain, son pneu Goodyear arrière gauche explose brutalement, le projetant contre les murs et provoquant un abandon immédiat. Cette défaillance mécanique fulgurante anéantit ses espoirs.

Chez Williams, la panique est totale. Piquet est immédiatement rappelé aux stands pour changer ses pneus, une décision qui lui coûte précieux. Prost, voyant le drame se dérouler, craint une panne d’essence mais parvient à maintenir son rythme jusqu’à la ligne d’arrivée. Il remporte ainsi sa deuxième couronne mondiale, pour seulement deux points devant Mansell et trois devant Piquet. Cette course reste gravée dans les mémoires comme l’illustration parfaite de la fragilité des espoirs en Formule 1.

2007 : le thriller brésilien à Interlagos

La saison 2007 apporte une modernité nouvelle au concept de finale à trois. Avec des points allant de dix à la victoire à un pour le huitième, le championnat oppose Lewis Hamilton (McLaren), Fernando Alonso (McLaren) et Kimi Räikkönen (Ferrari) au Grand Prix du Brésil. Hamilton arrive avec 107 points, Alonso avec 103 et Räikkönen avec 100, créant un suspense maximal.

Cette saison est marquée par le duel interne explosif chez McLaren entre Hamilton, prodige de l’écurie, et Alonso, double champion du monde. Leur relation s’est détériorée au point de mettre l’écurie en difficulté, d’autant plus qu’une affaire d’espionnage sur les Ferrari a coûté à McLaren sa place au championnat constructeurs. Au Brésil, la tension est à son comble entre les deux coéquipiers.

Le départ tourne au cauchemar pour Hamilton, qui glisse de la deuxième à la huitième position dès le deuxième virage. Pire encore, un problème électronique sur sa McLaren le ralentit considérablement quelques tours plus tard, le faisant chuter en dernière position. Räikkönen, impeccable toute la saison, remporte la course devant son coéquipier Felipe Massa, tandis qu’Alonso gère trop prudemment sa course en terminant troisième. Le Finlandais décroche le titre pour un seul point, devenant le bénéficiaire involontaire de la guerre intestine McLaren.

2010 : la première finale à quatre à Abu Dhabi

La saison 2010 repousse les limites encore plus loin avec pas moins de quatre prétendants au titre pour la dernière course à Abu Dhabi. Fernando Alonso (Ferrari) arrive en tête avec 246 points, suivi par Mark Webber (Red Bull) à 238, Sebastian Vettel (Red Bull) à 231 et Lewis Hamilton (McLaren) à 222. Avec un nouveau barème de vingt-cinq points pour la victoire, tous les scénarios sont possibles.

Cette configuration à quatre prétendants est une première absolue dans l’histoire. Abu Dhabi, circuit inauguré l’année précédente, va donc voir le plus grand suspense de toute l’histoire moderne de la F1. Les qualifications place Vettel en pole, Hamilton deuxième, Alonso troisième et Webber cinquième, créant une grille idéale pour le spectacle.

Le drame se noue lors des premiers arrêts aux stands. Alonso, stratégiquement, suit le rythme de Webber, pensant que l’Australien était son principal rival. Cette décision s’avère fatale : Vitaly Petrov, pilote Renault sans enjeu, adopte une stratégie différente et se retrouve devant la Ferrari. Malgré des dizaines de tours de pression, Alonso est incapable de dépasser Petrov, tandis que Vettel mène tranquillement la course devant Hamilton. Pour seulement quatre points, Vettel devient le plus jeune champion du monde de l’histoire, à vingt-trois ans, inaugurant une ère de domination Red Bull.

Implications pour Abu Dhabi 2025 et au-delà

La saison 2025 s’apprête à rejoindre cette elite des finales historiques avec un contexte unique. Pour la première fois depuis 2010, trois pilotes se battront pour le titre à Abu Dhabi, mais avec une particularité supplémentaire : ils évoluent tous avec des motorisations similaires en termes de réglementation, dans une ère de stabilité technique sans précédent. Lando Norris, leader de McLaren, affronte le tenant du titre Max Verstappen et son coéquipier Oscar Piastri, créant une dynamique interne complexe chez l’écurie championne du monde.

L’histoire enseigne que le leader du championnat avant la dernière course n’est jamaous garanti de la victoire finales précédentes. La fiabilité mécanique, la gestion des pneus, les stratégies d’écurie et les conditions météorologiques peuvent tout bouleverser. De plus, les tensions internes, comme celles vues chez McLaren en 2007, pourraient jouer un rôle déterminant. La compétition entre Norris et Piastri, malgré leur apparente complicité, reste une variable imprévisible.

Quelle que soit l’issue de cette finale 2025, elle s’inscrira dans les annales comme l’un des moments forts de la décennie. Pour les fans, c’est l’occasion de revivre l’émotion des grandes heures de la discipline, quand trois destins se croisent lors de soixante tours d’une intensité rare. Le vainqueur rejoindra les légendes ayant su gérer la pression ultime, tandis que les perdants devront digérer l’amertume d’un titre si proche, mais finalement insaisissable.

Questions fréquemment posées

Photo de profil de Jeremy Bastonde, auteur sur PitStopInsight

Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.