Guillaume De Mévius et Mathieu Baumel enfin au bivouac après une journée de galères

À 17h36, mercredi soir, Guillaume De Mévius et Mathieu Baumel franchissent enfin la ligne d’arrivée au bivouac refuge de l’étape marathon du Dakar. Leur Mini arrive dans un décor somptueux, au pied d’un massif rocailleux aux couleurs de terre, parsemé de rochers en équilibre précaire. Tandis que les pilotes de tête ont profité du site dès l’après-midi, profitant même d’un réseau téléphonique fonctionnel, le duo belge-français arrive avec trois heures de retard.

Leur spéciale chaotique les place à la 144e place, derrière même les camions partis plus tard. De Mévius descend de la voiture épuisé, combinaison tachée et cheveux en bataille. Sans perdre de temps, il se dirige vers le Defender de Stéphane Peterhansel pour emprunter un cric.

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Les ennuis mécaniques s’accumulent

La journée a été un calvaire pour l’équipage. Après une troisième étape maudite avec trois crevaisons et deux heures perdues, les problèmes se sont enchainés dès le départ d’Al-Ula. « Tout a lâché. J’ai récupéré la direction assistée mais on a cassé un cardan. La voiture ne roule pas, n’a plus de motricité. J’ai failli m’ensabler plusieurs fois », explique De Mévius.

Mathieu Baumel, carnet en main, dresse la liste des pièces nécessaires pour le camion d’assistance. Son amputation de la jambe droite il y a onze mois limite ses interventions mécaniques. L’équipage inspecte la Mini, mais les dégâts sont trop importants. « On a un problème majeur qu’on ne sait pas résoudre seuls », admet le pilote belge.

Malgré l’aide de concurrents venus aux nouvelles, ils doivent se rendre à l’évidence. De Mévius reporte les réparations au lendemain, doutant que le camion apporte les pièces adéquates. Cette étape marathon expose les équipes à l’autonomie, rendant chaque panne critique.

Les crevaisons de la veille avaient déjà hypothéqué leurs chances, rappelant la dureté du Dakar. Deuxième en 2024 et vainqueur de la première étape cette année, De Mévius nourrissait de grandes ambitions.

Installation sous les étoiles

À 18h30, la nuit tombée, ils s’installent dans l’espace hébergement. Les meilleurs spots sont pris, ils optent pour un coin près des journalistes et photographes. François Cazalet, ami proche de Baumel et copilote Toyota, aide à gonfler le matelas. « Avec ce souffle-là, j’ai même réparé une crevaison lente », plaisante-t-il.

Baumel cherche où nettoyer sa prothèse, tandis que De Mévius s’acharne sur le système de chauffage des rations. Les pâtes bolognaise remplacent les sushis rêvés. « C’est pas le même que l’année dernière, si ? », demande-t-il, se rappelant les brûlures causées par le précédent modèle. Il finit sa ration sans incident.

La tente montée, ils s’organisent tant bien que mal. Le refuge, d’une beauté exceptionnelle, offre un répit bienvenu malgré les contrariétés.

Philosophie face à l’adversité

Assis en tailleur, lampe frontale allumée, De Mévius tente d’envoyer un message, mais le réseau est saturé. Philosophique, il relativise : « Après la journée d’hier, ce n’est pas ça qui change notre Dakar. C’est moins frustrant, même si ça l’est quand rien ne va. »

Les questions existentielles surgissent : « C’est sûr que ça fait partie des moments où on se dit pourquoi sacrifier autant de choses dans l’année pour avoir autant de galères ? Qu’est-ce que je fous ici ? » Puis l’optimisme revient : « Et puis demain matin, en repartant d’ici, je suis sûr que ça va être magnifique. On va se dire qu’en fait, c’est super chouette. »

À 21 heures, après un dernier tour vers la voiture endommagée, c’est l’heure du coucher. « Mathieu, tu mets le réveil à quelle heure ? 6h30, c’est pas un peu tôt ? Bon allez. Bonne nuit. »

Cette résilience illustre l’esprit du Dakar, où la beauté des paysages et la passion pour la course transcendent les épreuves mécaniques.

Le duo repartira jeudi matin, incertain mais déterminé. Leur aventure rappelle que le Dakar est autant une épreuve d’endurance mentale que physique. Pour De Mévius et Baumel, chaque kilomètre compte, malgré les aléas. Leur présence au bivouac, après tant de galères, est déjà une victoire.

Questions fréquemment posées

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.