La pole de qualification du GP du Mexique 2024 a offert un spectacle palpitant sur le circuit Hermanos Rodríguez, situé à plus de 2000 mètres d’altitude. Dans des conditions uniques marquées par une température de piste atteignant 43,4 degrés Celsius, Carlos Sainz a décroché une pole position magistrale au volant de sa Ferrari SF-24, devançant Max Verstappen et Lando Norris. Cette qualification s’est déroulée dans une atmosphère électrique où chaque secteur a raconté une histoire différente, révélant les forces et faiblesses de chaque monoplace sur ce tracé technique de 4,304 kilomètres.
L’analyse détaillée des secteurs dévoile la complexité de cette séance qualificative et explique comment Sainz a réussi à battre ses rivaux directs, notamment Norris et Leclerc, dans une bataille serrée pour les premières positions. Les écarts minimes entre les pilotes ont mis en lumière l’importance cruciale de la performance dans chaque portion du circuit mexicain.

La domination de Ferrari dans les secteurs lents : clé de la pole de Sainz
L’analyse télémétrique des secteurs révèle que Ferrari a adopté une configuration aérodynamique légèrement moins chargée que McLaren et Red Bull, une stratégie qui s’est avérée payante. Dans les virages lents, particulièrement aux virages 2-3 et dans l’enchaînement 4-5-6, Carlos Sainz et Charles Leclerc ont brillé par leur efficacité. Avant même d’aborder le virage 7, Sainz possédait déjà une avance confortable d’environ quatre dixièmes de seconde sur Lando Norris et Max Verstappen.
Cette domination dans les zones techniques s’explique par plusieurs facteurs. La Ferrari SF-24 bénéficiait d’une excellente traction à la sortie des virages lents, permettant à Sainz d’exploiter pleinement la puissance de son moteur sur les lignes droites. Les suspensions plus souples adoptées par Ferrari pour mieux travailler sur les vibreurs ont également contribué à cette performance exceptionnelle dans le premier secteur du circuit mexicain.
Charles Leclerc, bien qu’impressionnant dans ces mêmes secteurs avec une avance de près de trois dixièmes, n’a pas réussi à égaler la constance de son coéquipier. Le pilote monégasque a montré quelques difficultés à trouver le feeling parfait avec sa monoplace, possiblement en raison d’un programme d’essais libres perturbé. Néanmoins, sa performance dans les secteurs lents confirmait le potentiel de la Ferrari sur ce tracé particulier.
La stratégie de Ferrari de privilégier la performance en virage lent plutôt que la vitesse de pointe pure s’est révélée judicieuse. Sur un circuit mixte comme celui de Mexico, les gains réalisés dans les sections techniques compensent largement les pertes dans les zones rapides, un calcul que l’équipe de Maranello a parfaitement maîtrisé lors de cette qualification pour le GP du Mexique.
Le secteur médian : le royaume de McLaren où Norris a fait la différence
Le deuxième secteur du circuit mexicain, surnommé “le serpent” pour son enchaînement sinueux de virages 7 à 11, a été le théâtre d’une bataille technique fascinante. C’est précisément dans cette portion que la McLaren MCL38 de Lando Norris a démontré sa supériorité aérodynamique. L’entrée et la traversée du virage 7 par le pilote britannique ont été remarquables, avec une vitesse minimale de 9 km/h supérieure à celle de Max Verstappen et impressionnants 16 à 17 km/h de plus que les deux Ferrari.
Cette configuration plus chargée de McLaren s’est avérée particulièrement efficace dans les virages rapides à haute charge latérale. Norris a pu maintenir des vitesses de passage exceptionnelles grâce à l’appui aérodynamique généré par sa monoplace. Toutefois, cette agressivité dans le pilotage a également entraîné quelques moments délicats, notamment au virage 9 où le pilote McLaren a été contraint de lever légèrement le pied de l’accélérateur après avoir poussé trop près des limites.
La performance de Max Verstappen dans ce secteur mérite une mention spéciale. Le champion du monde néerlandais a été le seul pilote à maintenir l’accélérateur à fond jusqu’au virage 10, démontrant que la Red Bull RB20, dans les mains de son pilote le plus expérimenté, excellait là où grip et rigidité latérale were primordiaux. Cette capacité à maintenir la vitesse dans les zones rapides a permis à Verstappen de compenser partiellement son déficit dans les secteurs plus lents.
Pour Ferrari, le secteur médian a représenté le point faible de leur qualification. Les deux SF-24 ont perdu un temps précieux dans cette section, avec des difficultés à maximiser l’adhérence latérale fournie par les pneus tendres. Carlos Sainz et Charles Leclerc ont effectué exactement les mêmes mouvements d’accélérateur, indiquant qu’ils avaient tous deux atteint la limite de leur monoplace, mais Leclerc a ensuite perdu l’arrière dans un survirage soudain au virage 9, lui coûtant environ un dixième de seconde.
Le secteur final : où Sainz a scellé sa pole devant Norris et Leclerc
Le dernier secteur, traversant la section du stade si caractéristique du circuit mexicain, a été le théâtre du dénouement de cette qualification haletante. Entre la sortie du “serpent” et l’entrée dans le stade au virage 12, les quatre prétendants au podium de qualification sont restés groupés, avec des écarts quasiment inchangés. Carlos Sainz conservait son avantage de trois dixièmes, mais c’est au virage 13, particulièrement serré, que les positions finales se sont dessinées.
Ce virage 13 crucial a révélé les forces et faiblesses de chaque pilote dans les derniers instants de la Q3. Charles Leclerc a immédiatement rencontré des difficultés dès le point de freinage, manquant clairement de ressenti à l’avant de sa Ferrari. Cette défaillance a définitivement compromis ses espoirs de partir en première ligne, le reléguant finalement en quatrième position sur la grille de départ. Le pilote monégasque n’a pas pu reproduire la perfection dont il avait fait preuve dans le premier secteur avec un temps violet.
Lando Norris, qui avait brillé dans le secteur médian, a connu un virage 13 correct à l’entrée mais a commis une erreur à la sortie et dans la transition vers le virage 14. Cette petite faute, dans un contexte où les écarts se comptent en centièmes de seconde, lui a coûté la première ligne. Le pilote McLaren, pourtant en lutte pour le championnat face à Verstappen, a dû se contenter de la troisième place sur la grille, une position qui restait néanmoins prometteuse pour la course grâce à l’aspiration offerte par la longue ligne droite de départ.
Max Verstappen a réalisé un tour exceptionnel dans ce secteur final. Après avoir vu son premier temps supprimé pour dépassement des limites de piste au virage 3, le Néerlandais a dû se relancer dans la dernière tentative. Sa maîtrise au virage 13 a été exemplaire : excellent au freinage, il a réussi à conserver une vitesse importante et à remettre les gaz légèrement avant ses concurrents. Cette performance lui a permis de passer de la quatrième position au virage 12 à la deuxième place finale, s’assurant ainsi une place en première ligne aux côtés de Sainz pour le départ du Grand Prix du Mexique.
L’inpact de l’altitude et des conditions sur l’analyse des secteurs au GP du Mexique
Le circuit Hermanos Rodríguez présente des caractéristiques uniques en Formule 1 en raison de son altitude de plus de 2200 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette particularité a eu des répercussions majeures sur la performance des monoplaces dans chaque secteur lors de cette qualification du GP du Mexique. La densité de l’air réduite d’environ 25% par rapport au niveau de la mer modifie profondément le comportement aérodynamique des voitures, créant un défi technique considérable pour les ingénieurs et les pilotes.
Dans ces conditions, les écuries ont dû adapter leurs réglages aérodynamiques. L’appui généré par les ailerons est significativement diminué, obligeant les équipes à augmenter les angles d’incidence pour compenser cette perte. Cependant, cette compensation reste partielle, expliquant pourquoi les vitesses de pointe dans les lignes droites étaient particulièrement élevées. Ferrari a choisi une approche moins chargée que ses rivaux, privilégiant la vitesse de pointe et l’accélération, tandis que McLaren a opté pour une configuration maximisant l’appui dans les virages rapides.
L’évolution de la température de piste au cours de la séance qualificative a également joué un rôle crucial dans l’analyse des secteurs. Passant de 33,4 degrés lors des essais libres 3 à 43,4 degrés en qualification, cette augmentation de 10 degrés a considérablement affecté le comportement des pneumatiques Pirelli. Les pneus tendres, seuls utilisés en Q3, devaient travailler dans une fenêtre de température optimale étroite, rendant la recherche du tour parfait encore plus délicate.
Ces conditions ont créé une véritable loterie où le timing des tours rapides devenait essentiel. Les pilotes qui ont réussi à trouver le bon moment, avec la bonne température de piste et de pneus, ont bénéficié d’un avantage décisif. Carlos Sainz a parfaitement navigué dans ces variables, trouvant la fenêtre idéale lors de sa dernière tentative en Q3. La sensibilité accrue des monoplaces modernes aux conditions environnementales a transformé chaque secteur en un exercice d’équilibriste où la moindre variation pouvait faire basculer les positions.
Les enseignements tactiques de la qualification pour Norris et Leclerc
L’analyse des secteurs de cette qualification du GP du Mexique révèle des enseignements stratégiques importants pour Lando Norris et Charles Leclerc en vue de la course. Pour Norris, la supériorité de sa McLaren dans le secteur médian représentait un atout majeur dans sa bataille pour le championnat contre Max Verstappen. Partir troisième, directement derrière le Néerlandais, lui offrait une opportunité de profiter de l’aspiration sur la longue ligne droite de 1,2 kilomètre menant au premier virage.
La stratégie de McLaren devait prendre en compte les forces démontrées dans les virages rapides. Le rythme de course de Norris, historiquement solide tout au long de la saison 2024, pouvait être un facteur décisif. L’équipe de Woking savait que leur monoplace, bien que légèrement désavantagée dans les sections lentes, possédait la stabilité nécessaire pour maintenir une cadence élevée sur les 71 tours de course. Les données télémétriques montraient que Norris avait la capacité de rester constamment dans la fenêtre optimale de fonctionnement de sa voiture, un aspect crucial sur un circuit comme Mexico.
Pour Charles Leclerc, partir quatrième avec une Ferrari démontrant une excellente vitesse de pointe offrait des perspectives intéressantes. Son rythme de course lors des essais libres avait été remarquable, suggérant que la SF-24 serait encore plus performante en configuration de course qu’en qualification. La possibilité d’utiliser deux voitures Ferrari en tête de peloton donnait à l’écurie italienne une flexibilité stratégique considérable, pouvant jouer avec les arrêts aux stands et la gestion des undercuts.
Les difficultés de Leclerc au virage 13 lors de la qualification soulignaient néanmoins un problème de ressenti à l’avant de sa monoplace qu’il devrait résoudre pour la course. L’équilibre parfait entre performance sur un tour et constance en course longue restait à trouver. Ferrari devait également prendre en compte que la lutte acharnée pour les positions de tête nécessiterait une gestion impeccable des pneus, particulièrement dans l’air chaud et peu dense de Mexico.
Cette pole de qualification du GP du Mexique restera comme l’une des sessions les plus serrées et techniquement fascinantes de la saison 2024. L’analyse minutieuse des trois secteurs révèle la complexité du circuit Hermanos Rodríguez et la manière dont chaque équipe a dû faire des compromis aérodynamiques pour maximiser sa performance globale. Carlos Sainz, en parfaite symbiose avec sa Ferrari SF-24, a trouvé le meilleur équilibre entre vitesse dans les virages lents et constance dans les sections rapides, lui permettant de devancer des adversaires redoutables comme Max Verstappen, Lando Norris et son coéquipier Charles Leclerc. Cette bataille entre les titans de la F1 moderne préfigurait une course passionnante où la stratégie, la gestion des pneus et le positionnement dès le premier virage jouerait un rôle déterminant dans le résultat final.
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.