Depuis l’avènement des moteurs turbo-hybrides en Formule 1, le fluxomètre joue un rôle crucial dans le contrôle de la consommation de carburant. Cet instrument limite non seulement la quantité de fuel embarquée, mais aussi son débit, poussant les constructeurs à optimiser l’efficacité de la combustion. À partir de 2026, avec l’arrivée de nouvelles unités de puissance modifiant l’équilibre entre énergie électrique et thermique, le fluxomètre évolue profondément, tant dans sa conception que dans son fournisseur.
Allengra, lauréat de l’appel d’offres de la FIA, remplace Sentronics après des années de service. Cette transition s’explique par la nécessité d’un système plus sécurisé et compact, intégrant deux mesures distinctes – une pour les équipes et une chiffrée pour la FIA – dans un seul appareil. Les controverses de 2019 sur les débits de carburant ont renforcé l’exigence d’une double vérification, rendant cette innovation indispensable.

Pourquoi le nouveau fluxomètre est-il si avancé ?
Le fluxomètre Allengra représente une avancée majeure par rapport aux modèles précédents. Niels Junker, co-PDG d’Allengra, explique : « On pourrait dire qu’il s’agit de deux unités en une. Un avantage majeur est que les tuyaux ont une géométrie différente, ce qui rend mécaniquement difficile une synchronisation parfaite au même instant, même avec la même fréquence de mesure. »
Cette conception à double tuyau empêche les équipes de synchroniser les mesures. Les géométries distinctes constituent une première barrière mécanique. Une seconde couche de protection repose sur des fréquences de mesure différentes pour chaque tuyau, combinées à des fonctions anti-aliasing qui bloquent toute tentative d’alignement des signaux.
Le système est conçu pour résister à toute manipulation. Même si une équipe parvenait à s’aligner sur la fréquence de son propre fluxomètre, elle ne pourrait pas reproduire celle de l’unité chiffrée, accessible uniquement à la FIA en temps réel. Cette architecture multicouche garantit l’intégrité des données sensibles.
Allengra a déjà validé son prototype lors de tests sur piste en 2025, comme rapporté par Racecar Engineering. Ces essais confirment la robustesse du dispositif sous conditions réelles.
Un système ultra-rapide à 6000 mesures par seconde
Le fluxomètre Allengra opère entre 4 et 6 kHz, soit environ trois fois plus vite que les capteurs actuels. Cela signifie jusqu’à 6000 mesures par seconde, capturant les variations instantanées du débit avec une précision inégalée.
Pour calibrer un tel système, un capteur Coriolis classique à 300 Hz est insuffisant. Allengra a donc développé un capteur ultrasonique de référence interne à 20 kHz, permettant une validation précise des mesures.
Au cœur de l’appareil se trouve une structure en « U » aplatie. Le carburant entre d’un côté, suit un chemin prédéfini et sort de l’autre. Deux transducteurs ultrasoniques opposés échangent un signal, dont le « temps de vol » varie selon le flux.
Sous flux nul, le temps est constant. Avec du débit, le signal s’accélère dans le sens du courant et ralentit dans l’autre, comme un bateau porté par les vagues. La différence de temps de vol, combinée à la distance entre transducteurs et au diamètre du tuyau, détermine le débit volumique.
- Avantages de l’ultrasonique : Insensible aux vibrations et pulsations du moteur F1.
- Mesure de masse : Au-delà du volume, qui varie avec la température, le système calibre pour chaque carburant (densité, vitesse du son) et fournit le débit massique en kg/h.
- Limite 2026 : Réduite à un peu plus de 70 kg/h pour diminuer la consommation globale.
Ce débit massique est essentiel, mais le fluxomètre Allengra monitore désormais un paramètre supplémentaire imposé par la FIA.
La mesure de l’énergie : nouvelle arme stratégique
Dès 2026, la FIA vérifie non seulement le débit massique, mais aussi le débit énergétique du carburant vers le moteur. Les caractéristiques énergétiques de chaque fuel sont certifiées par un tiers indépendant avant les courses.
L’ECU du moteur, homologué unique, convertit le kg/h en MJ/h via la densité énergétique et le pouvoir calorifique inférieur du carburant. La limite globale est de 3000 MJ/h. Par exemple, sous 10 500 tr/min, EF (MJ/h) = 0,27 × N (tr/min) + 165.
Cette évolution rend la qualité du carburant stratégique. Un fuel à haute densité énergétique permet d’atteindre 3000 MJ/h avec moins de masse, réduisant le poids embarqué.
Les fournisseurs de carburant entrent en compétition féroce. Comme le souligne le site d’Allengra, cette mesure assure une équité totale en motorsport.
- Implications pour les équipes : Moins de fuel = avantage en poids et stratégie.
- Exemple historique : Les controverses de 2019 sur Ferrari rappellent l’importance d’un contrôle infalsifiable.
- Futur proche : Tests 2025 confirment la fiabilité pour le championnat 2026.
Les motoristes comme Mercedes ou Ferrari investiront massivement dans des carburants optimisés, potentiellement durables avec plus de biocarburants.
Vers une Formule 1 plus équitable et innovante
Le fluxomètre Allengra marque une étape décisive dans la régulation des moteurs F1 2026. En combinant vitesse, sécurité et mesure énergétique, il force l’innovation tout en prévenant les tricheries. Les équipes devront exceller en chimie du carburant pour gagner des dixièmes précieux.
Cette technologie s’inscrit dans la philosophie des nouvelles règles : plus d’électricité, moins de fuel, pour une F1 plus verte et spectaculaire. Les premiers grands prix de 2026 révéleront si Allengra a bien verrouillé le débat, laissant les pilotes et stratégies décider du champion.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.