La Ferrari SF-25 continue de donner du fil à retordre à ses pilotes, et le Grand Prix d’Abu Dhabi pourrait bien représenter l’apogée de ces difficultés. Les qualifications du week-end, particulièrement la Q1, s’annoncent comme un véritable cauchemar pour l’écurie de Maranello, qui peine à dompter une monoplace aussi capricieuse que décevante sur les circuits les plus techniques du calendrier.
Les essais libres ont déjà donné un avant-goût de ce qui attend Charles Leclerc et Lewis Hamilton. Lap après lap, la SF-25 a montré ses limites sur le circuit de Yas Marina, où chaque dixième de seconde compte double et où l’exigence de précision laisse peu de marge aux approximations techniques. Les ingénieurs italiens accumulent les heures de travail pour tenter d’apaiser les démons de la monoplace rouge.

Les problèmes de suspension arrière s’aggravent à Abu Dhabi
Le talon d’Achille de la Ferrari SF-25 réside dans sa suspension arrière pull-rod, un choix technique qui s’est révélé désastreux depuis les premiers essais hivernaux. Les ingénieurs de Maranello peinent à exploiter le potentiel détecté en simulateur, car les réglages mécaniques inefficaces empêchent toute exploitation optimale du châssis.
Le circuit de Yas Marina, avec ses nombreux changements d’appui et ses virages à vitesse variable, exagère ces défauts de conception. Les hauteurs de caisse mal gérées provoquent une instabilité chronique dans les courbes rapides du secteur médian, tandis que l’usure excessive du fond plat complique toute tentative de performance sur un seul tour rapide. Fred Vasseur, le directeur de l’équipe, a admis en privé que les températures désertiques d’Abu Dhabi amplifiaient ces problèmes, rendant la voiture « littéralement imprévisible d’un tour à l’autre ».
Les échanges radio lors des essais libres ont révélé la frustration croissante des pilotes. « Je n’ai aucune confiance à l’arrière dans le virage 9, la voiture part en survirage brutal sans prévenir », a lancé Leclerc à son ingénieur après seulement dix tours de roulage. Hamilton, de son côté, a dû se contenter de commentaires plus lapidaires : « On roule avec une voiture qui ne veut pas être pilotée. »
La Q1, un guet-apens technique pour la Scuderia
La première phase des qualifications représente un piège redoutable pour Ferrari à Abu Dhabi. Avec un peloton extrêmement resserré - 1,2 seule entre le 1e et le 15e lors des derniers essais libres - la moindre erreur de réglage ou le plus petit défaut de pilotage coûte cher. La SF-25, avec sa sensibilité aux changements de température et à l’évolution de la piste, risque de patir du manque de repères en Q1.
Le format de la Q1, où tous les pilotes sont en piste simultanément pour établir leur meilleur temps, complique la gestion des temps de sortie et des conditions de piste. Les ingénieurs Ferrari doivent calculer au millimètre près le moment idéal pour lancer leur pilote, en espérant éviter les embouteillages dans le secteur 3, où chaque perturbation aérodynamique peut compromettre un tour parfait.
L’analyse des temps par secteur révèle que la SF-25 perd particulièrement dans les virages 5 à 11, ce passage technique où la suspension arrière est sollicitée à son maximum. Les simulations internes montrent un déficit de 3 à 5 dixièmes par rapport à Red Bull sur ces portions, un gouffre impossible à combler sur le reste du circuit. Cette réalité place Leclerc et Hamilton dans une position délicate : pousser au-delà des limites de la voiture pour tenter d’accéder à la Q2, ou jouer la sécurité et risquer l’élimination humiliante.
Le contexte historique des difficultés Ferrari à Abu Dhabi
Abu Dhabi n’a jamais été un terrain de chasse favorable à Ferrari. Historiquement, le circuit de Yas Marina a mis en lumière les faiblesses de conception italienne, particulièrement lorsque la précision technique prime sur la puissance brute. Les souvenirs de 2022 restent douloureux : Charles Leclerc éliminé en Q2 alors que la voiture était capable de jouer le podium en course.
Le format du final de saison ajoute une pression psychologique supplémentaire. Quand le titre est encore en jeu pour d’autres écuries, Ferrari se retrouve souvent dans une position délicate, obligée de prendre des risques inconsidérés pour sauver les meubles. Lewis Hamilton, habitué aux grands moments de pression avec Mercedes, découvre avec la Scuderia une réalité différente : « Avec la Mercedes, je savais exactement ce que la voiture allait faire à chaque entrée de virage. Avec celle-ci, c’est une découverte permanente… et souvent une mauvaise surprise. »
La comparaison avec les difficultés de 2024 est frappante. L’an dernier déjà, les Ferrari peinaient à trouver le bon compromis aérodynamique pour les qualifications, sacrifiant de la vitesse de pointe pour tenter de maintenir un appui constant. Cette année, les modifications réglementaires sur les ailerons flexibles auraient dû avantager l’approche italienne, mais la suspension défectueuse annule ces avantages théoriques.
Les conséquences pour la course et le championnat
Une élimination en Q1 à Abu Dhabi signerait probablement la fin de tous les espoirs de Ferrari concernant le championnat des constructeurs. Les points sont précieux, et partir des dernières places sur une piste où les dépassements restent complexes, même après les modifications de 2021, équivalerait à uneCourse perdue d’avance.
Les conséquences dépasseraient le simple résultat sportif. Les sponsors, déjà agacés par les performances décevantes de la saison, verraient dans une nouvelle débâcle en qualifications le symptôme d’une crise structurelle. Les rumeurs d’un bouleversement organisationnel se précisent, avec Loïc Serra, le nouveau directeur technique, directement mis en cause pour ses erreurs d’évaluation lors de la conception hivernale.
Pour les pilotes, la situation devient personnelle. Leclerc, fidèle à l’écurie depuis ses débuts, se montre de plus en plus amer lors des briefings : « On ne peut pas continuer comme ça, on nous demande des miracles avec une voiture qui refuse de répondre. » Hamilton, quant à lui, pourrait accélérer sa réflexion sur son avenir, ses clauses de performance lui permettant potentiellement de réévaluer son engagement pour 2026 si la situation ne s’améliore pas.
Ce Grand Prix d’Abu Dhabi pourrait donc marquer un tournant décisif pour Ferrari, bien au-delà de la simple question de la Q1. La Scuderia se trouve à un moment de vérité où l’échec technique pourrait précipiter une crise existentielle majeure. Pour Leclerc, Hamilton et les 1 300 employés de Maranello, la pression n’a jamais été aussi intense sur ce circuit désertique où les espoirs de la saison pourraient s’éteindre dès les premiers tours de qualification.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.