Entretien exclusif : Andrea Kimi Antonelli se confie sur sa première saison en F1 avec Mercedes

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Entretien exclusif : Andrea Kimi Antonelli se confie sur sa première saison en F1 avec Mercedes

Andrea Kimi Antonelli n’est plus un simple espoir du sport automobile. À 19 ans, le natif de Bologne a vécu une année 2025 intense au sein de l’équipe Mercedes, marquée par des podiums historiques, des crises de confiance et une maturité acquise à travers l’adversité. Dans un entretien exclusif détaillé, le pilote italien revient sans filtre sur les tourments et les triomphes d’une saison qui a façonné sa personnalité de compétiteur.

Le jeune prodige, recruté dès l’âge de 11 ans par le programme junior de Mercedes, a découvert la réalité de la Formule 1 à la dure. Entre la pression de succéder à Lewis Hamilton et les attentes démesurées placées en lui, Antonelli a dû apprendre à gérer bien plus que son volant. Sa saison s’articule en trois phases distinctes : un début tonitruant, une traversée du désert européenne, puis une remontée fulgurante qui a scellé son avenir chez les Flèches d’Argent.

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Les débuts prometteurs d’Andrea Kimi Antonelli en Formule 1

Le printemps 2025 restera gravé dans la mémoire du rookie. Dès Melbourne, première course de sa carrière, Antonelli affichait une ambition démesurée. « Je me souviens à quel point j’étais tendu dans la voiture », confie-t-il dans l’entretien exclusif. Pourtant, cette tension n’a pas empêché le jeune homme de signer des performances immédiatement remarquées.

Sa première pole position en course sprint à Miami a fait l’effet d’une détonation. Personne ne s’attendait à ce que le débutant de 18 ans (à l’époque) domine des pilotes chevronnés sur une piste aussi exigeante. « C’était une période de grand apprentissage : j’ai dû me familiariser avec le monde de la Formule 1 en vivant énormément de nouvelles expériences », explique Antonelli.

Le podium au Grand Prix du Canada a confirmé tout le potentiel dont le garçon fait preuve. Avec la pression des McLaren dans ses rétroviseurs, il a livré une course sans faute, synonyme de son premier podium en F1. « J’ai ressenti la même sensation au Brésil, surtout quand Max est apparu dans mes rétroviseurs », ajoute-t-il, évoquant cette capacité à gérer la pression extérieure tout en maintenant un rythme de leader.

Une intégration exigeante chez les Flèches d’Argent

L’entretien exclusif révèle que l’adaptation à Mercedes a dépassé les simples questions de pilotage. Antonelli a découvert un environnement professionnel où 2 000 personnes travaillent vers un seul objectif : la victoire. « On représente une marque énorme ; on se sent obligé de rendre tout le travail que l’équipe accomplit », souligne le pilote.

Cette responsabilité pèse d’autant plus lorsqu’on succède à Lewis Hamilton. Le numéro 44 a laissé des empreintes indélébiles chez Mercedes, et Antonelli a conscience de marcher sur les traces d’une légende. Pourtant, il refuse de se comparer : « Je me concentre sur mon propre parcours, pas sur celui des autres. »

La gestion de l’énergie constitue l’une des plus grandes surprises de sa première saison. Les journées marathon allant des briefings techniques aux obligations marketing épuisent physiquement et mentalement. « Il devient crucial de bien se gérer. Si vous n’êtes pas à 100% lorsque vous montez dans la voiture, vos performances en pâtissent », analyse-t-il avec lucidité.

La traversée du désert européenne

Après le Canada, le calendrier européen a réservé de cruelles désillusions à Antonelli. Six courses terribles où rien ne fonctionnait plus. « J’ai eu l’impression que tout s’écroulait », avoue-t-il sans détour. La statistique est implacable : 119 points hors d’Europe contre seulement 3 sur le Vieux Continent.

Le problème technique majeur est apparu à Imola. L’équipe a introduit une nouvelle suspension arrière censée résoudre des soucis de stabilité. L’évolution a eu l’effet inverse, créant une instabilité qui a détruit toute la confiance du pilote. « Je ne me sentais pas à l’aise dans le cockpit parce que rien n’allait plus », se souvient-il.

Quand la pression devient insupportable

L’entretien exclusif dévoile un épisode particulièrement difficile à Monza. Sur son circuit national, devant ses compatriotes italien, Antonelli a déçu. Qualifications décevantes, course en deçà des attentes. Toto Wolff n’a pas mâché ses mots publiquement, remettant en cause les performances de son pilote.

« C’était une critique constructive, que j’ai acceptée de manière positive », relativise aujourd’hui Antonelli. Mais à l’époque, la pression était insoutenable. Les rumeurs sur un possible intérêt de Mercedes pour Max Verstappen n’ont rien arrangé. « Je traversais déjà un moment compliqué, et subir la pression venant de l’extérieur n’a certainement pas aidé », reconnaît-il.

Le père du pilote a joué un rôle crucial dans ce moment de crise. « Mon père m’a secoué comme il fallait après Monza », raconte Antonelli. Ces remises en question familiales, associées aux critiques de son patron, ont créé un effet boule de neige dont il a pensé ne jamais sortir.

Les conséquences mentales d’une spirale négative

Les résultats décevants ont entraîné une perte de confiance progressive. Antonelli commettait des erreurs qu’il ne faisait jamais en temps normal. « Je me mettais constamment la pression, j’écrasais la voiture », décrit-il. Le pilote reconnaît avoir perdu le fil, trop focalisé sur le résultat final plutôt que sur l’acte de pilotage lui-même.

« J’avais peur de ne pas pouvoir m’en sortir », avoue-t-il avec une honnêteté rare chez un pilote de son niveau. Cette peur, cette frustration, sont devenues un fardeau mental qui pesait sur chaque tour effectué. Les doutes s’installaient, remettant même en question son statut de futur champion.

Le rebondissement et la maturité retrouvée

La réunion qui a tout changé

Le tournant s’est produit lors d’une longue réunion entre Antonelli, Toto Wolff et son ingénieur de course Peter Bonnington, surnommé « Bono ». « Ils m’ont dit franchement ce qu’ils pensaient de mes performances », se souvient le pilote. Cette franchise brutale s’est révélée cathartique.

« Après cette réunion, je me suis dit qu’il fallait que je me recentre et que je reparte de zéro », raconte Antonelli. Le retour à l’ancienne suspension arrière à Zandvoort a aidé techniquement, mais le vrai changement était mental. Il a retrouvé son instinct, cette capacité à piloter sans surpenser chaque action.

Les séances qui ont redonné des ailes

Le Grand Prix du Japon a marqué une étape décisive. « Je me suis senti vraiment bien lors du deuxième relais de la course », se souvient-il. Cette sensation d’être en phase avec sa monoplace, de pouvoir la pousser à sa limite sans forcer, est revenue progressivement.

Le week-end de Las Vegas a fourni une expérience quasi-mystique. Parti de la 17e place sur la grille, Antonelli a réalisé une remontée épique. « J’ai vécu un sentiment merveilleux, celui de piloter sans penser à autre chose, juste instinctivement », décrit-il avec émotion. Il parle d’un état de « tunnel » où chaque action devenait automatique, presque hypnotique.

« Je pilotais sans avoir une perception précise de chaque mouvement, tout venait naturellement », explique-t-il. Même les messages radio de Bono le dérangeaient, tant il était absorbé par cette connexion pure avec sa machine. Ce moment représente l’apogée de sa reconstruction mentale.

Quel bilan tirer de cette première saison ?

Les chiffres d’une année de transition

Le tableau de chasse d’Antonelli en 2025 témoigne de sa progression malgré les difficultés :

  • 3 podiums (Canada, Brésil, et une deuxième place à Las Vegas)
  • 1 pole position en sprint à Miami
  • 119 points marqués hors du continent européen
  • Seulement 3 points en Europe, révélant l’ampleur de sa crise
  • 4 abandons mécaniques durant la période noire

Le pilote se donne une note de 8 ou 8,5 avant Montréal, puis chute à 5 ou 5,5 pendant la traversée du désert. « Je suis plutôt satisfait de ma saison, mais surtout content d’avoir autant progressé et mûri », résume-t-il avec sagesse.

Les leçons d’un rookie devenu plus fort

L’entretien exclusif révèle une prise de recul remarquable pour un pilote de 19 ans. Antonelli a compris que les critiques constructives viennent de personnes de confiance, pas des réseaux sociaux. « Il y aura toujours quelqu’un pour te critiquer, tout comme il y aura beaucoup de personnes pour te soutenir », analyse-t-il.

Il conseille à son moi du passé de faire davantage confiance à ses instincts. « Fais confiance à tes capacités, aux qualités qui t’ont permis d’avoir cette opportunité », se lance-t-il. Le jeune Italien a également appris à protéger son énergie, même si avouer « non » reste difficile. « J’ai réalisé à quel point c’est important. Cela fait partie du processus de maturité. »

Sa relation avec George Russell s’est révélée précieuse. Le coéquipier britannique, auteur de sa meilleure saison, a servi de référence. « Je crois vraiment que c’est l’un des pilotes les plus forts du plateau », reconnaît Antonelli. Plutôt que de viser son niveau, l’Italienne ambitionne de le dépasser : « Je veux devenir meilleur que lui. Je roule en Formule 1 pour être le plus rapide. »

Les perspectives pour 2026 et au-delà

Une nouvelle ère technique qui redistribue les cartes

L’arrivée des nouvelles réglementations 2026 est perçue comme une opportunité unique par Antonelli. « Personne ne sait vraiment ce qui nous attend, mais j’ai hâte d’y être », s’enthousiasme-t-il. La nouvelle architecture des voitures, avec ses moteurs simplifiés et sa gestion d’énergie complexe, impose à tous de repartir de zéro.

« Cette redistribution des cartes peut offrir de grandes opportunités », analyse le pilote. Il a déjà commencé à travailler sur le simulateur, conscient que celui qui comprendra les subtilités du nouveau package le plus rapidement disposera d’un avantage décisif. Les essais de fin de saison à Abu Dhabi ont déjà fourni des indications précieuses.

Le style de pilotage devra évoluer. « Elle nécessitera un style légèrement différent, quelque part entre celui de cette année et celui du cycle technique précédent », explique Antonelli. Cette remise en question technique arrive au moment parfait pour un pilote encore en construction.

La rivalité qui fait grandir

La concurrence interne chez Mercedes s’annonce féroce en 2026. George Russell a vécu une saison 2025 qu’Antonelli qualifie de « superbe ». Le jeune Italien sait qu’il doit hausser son niveau pour pouvoir prétendre à la place de numéro 1.

« Ma tâche est plus difficile en ce moment », reconnaît-il. Russell est à son apogée alors qu’Antonelli continue son apprentissage. Pourtant, cette asymétrie ne l’intimide pas. « Je ne veux pas seulement atteindre son niveau », répète-t-il avec détermination.

L’entretien exclusif révèle une ambition intacte malgré les épreuves. Le rêve de devenir champion du monde, hérité de son admiration pour Ayrton Senna, reste le moteur principal. « Qui ne rêve pas de devenir champion du monde ? C’est bien pour ça que Mercedes m’a engagé », rappelle-t-il avec une certaine fierté.

Le numéro 12 qu’il porte depuis ses débuts en karting n’est pas anodin. C’est une référence à la première victoire de Senna en F1 au Portugal en 1985, puis à son titre mondial en 1988. Cette connexion historique montre à quel point le destin d’Antonelli semble déjà écrit dans les étoiles de la Formule 1.

Conclusion

Après dix mois d’intenses compétitions, Andrea Kimi Antonelli émerge de sa première saison transformé. L’adolescent de Melbourne a laissé place à un pilote mûr, conscient de ses forces et de ses fragilités. Les 24 courses de ce championnat 2025 lui ont appris plus que toutes ses années précédentes en Formule 2 et en karting réunies.

L’entretien exclusif démontre que la pression de courir pour Mercedes, loin d’avoir brisé le rookie, a consolidé sa mentalité de champion. Les erreurs de Spa-Francorchamps, les doutes de Monza, les critiques de Toto Wolff ont tous contribué à forger un pilote plus résilient. « Surmonter cette période compliquée m’a apporté de la force mentale », résume-t-il.

L’avenir s’annonce prometteur pour l’Italien. Avec un contrat long terme en poche, un coéquipier de haut niveau pour le pousser, et un nouveau règlement qui nivelle les chances, toutes les conditions sont réunies pour que 2026 soit l’année de la consécration. Le championnat du monde des pilotes n’est plus un rêve lointain, mais un objectif tangible pour ce prodige de la Formule 1.

Le pari risqué de Mercedes sur un adolescent de 18 ans commence à porter ses fruits. Et si la route fut semée d’embûches, Andrea Kimi Antonelli a prouvé qu’il avait les épaules pour porter le poids des étoiles.

Questions fréquemment posées

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.