Disqualification McLaren à Las Vegas : l’usure de la planche F1 qui change la donne du championnat

F1

Les faits de la disqualification McLaren à Las Vegas Grand Prix : le verdict de la FIA

Les commissaires de course n’ont pas traîné. Dès les premières heures suivant l’arrivée, les contrôles techniques systématiques ont révélé des anomalies sur les deux monoplaces McLaren. Les mesures officielles, rendues publiques dans le communiqué de la FIA, sont sans appel : les patins arrière de la voiture n°4 de Lando Norris affichaient des épaisseurs de 8,88 mm à l’avant droit et 8,93 mm à l’arrière droit, en dessous du minimum de 9 mm requis par l’article 3.5.9 du règlement technique.

Pour Oscar Piastri, la situation était similaire, voire plus préoccupante. Sa voiture n°81 montrait une épaisseur de 8,74 mm sur le patin avant droit et 8,90 mm sur l’arrière droit, avec également une usure anormale sur la partie gauche avant (8,96 mm). Ces mesures ont été effectuées avec un micromètre Mitutoyo acheté en mai 2025, précis au millimètre près, et ont été vérifiées en présence des représentants de l’équipe. Malgré une demande de ré-examen, les résultats se sont même révélés plus défavorables lors de la seconde mesure.

L’équipe McLaren a tenté de plaider des circonstances atténuantes. Les arguments avancés comprenaient un marsouinage supplémentaire et inattendu sur ce circuit, des possibilités d’essais limitées en raison des conditions météorologiques, ainsi qu’un degré de violation inférieur à des infractions précédentes de la saison. La FIA a reconnu que la violation n’était pas intentionnelle, mais a rappelé l’absence de précédent permettant d’éviter la sanction capitale. Conséquence : les deux pilotes ont été disqualifiés du classement, perdant toutes leurs positions et points.

Comprendre l’usure de la planche F1 : le rôle des skids et des tolérances millimétriques

Pour comprendre la gravité de cette infraction, il faut d’abord maîtriser le concept de la planche et de ses patins. Sous chaque monoplace F1, une planche en fibre de bois (fibreglass) court sur toute la longueur de la voiture. Des inserts métalliques, appelés skids ou patins, y sont fixés à des positions précises. Ces skids servent à la fois de protection pour la structure et de référence de mesure pour les contrôleurs.

La réglementation autorise une usure de la planche elle-même, mais impose une épaisseur minimale de 9 mm sur les skids après la course. Cette tolérance extrêmement serrée – moins d’un millimètre de marge – oblige les équipes à gérer avec une précision chirurgicale la hauteur de caisse et les points de contact avec la piste. L’objectif n’est pas de faire frotter les skids intentionnellement, car cela les userait trop vite, mais de les préserver tout en exploitant au maximum l’effet de sol.

Ce qui rend la disqualification McLaren particulièrement surprenante, c’est que la MCL39 est connue pour fonctionner avec un point de contact avant plus marqué que l’arrière. Les ingénieurs rivalisent ont observé que l’usure typique chez McLaren se concentre plutôt à l’avant, permettant à l’arrière de rester “propre” et performant. Oscar Piastri lui-même a dû rouler avec un siège isolé par un film doré pour protéger ses jambes de la chaleur générée par les frottements avant. Trouver une usure excessive à l’arrière signifie donc que quelque chose d’anormal s’est produit lors de ce week-end.

Las Vegas Grand Prix : les circonstances qui ont provoqué l’usure de la planche McLaren

Un week-end perturbé par la météo et un manque de données

Le Grand Prix de Las Vegas 2025 s’est déroulé dans des conditions particulièrement difficiles. Les essais libres ont été fortement perturbés : le vendredi, les EL2 ont connu deux drapeaux rouges, réduisant considérablement le temps de roulage. Les EL3 du samedi matin se sont déroulés sur une piste humide, rendant impossible la validation des réglages secs en conditions représentatives. Pour une équipe qui voulait adopter une approche différente sur ce circuit où elle avait souffert en 2023 et 2024, ce manque de données s’est révélé problématique.

McLaren est arrivée à Vegas consciente de devoir améliorer la mise en température des pneus avant et combattre le graining, problèmes récurrents sur ce tracé nocturne. Pour y parvenir, les ingénieurs ont probablement déplacé l’équilibre aérodynamique pour mieux charger l’avant en virage. Or, cette bascule a pu avoir un effet domino imprévu : en chargeant davantage l’avant à haute vitesse, l’arrière a pu s’écraser plus fréquemment, provoquant des contacts répétés avec le sol et usant prématurément les skids.

Cette explication a été présentée par McLaren aux commissaires, qui l’ont prise en compte sans toutefois la considérer comme suffisante pour atténuer la sanction. Il est vrai que les autres équipes, toutes contrôlées dans le top 10, ont réussi à rester dans les clous malgré ces mêmes conditions. Le problème McLaren semble donc venir d’une marge initiale trop optimiste, combinée à des événements imprévus pendant la course.

Les consignes radio qui révèlent une gestion anticipée

Les messages radio diffusés pendant la course, et analysés par Motorsport.com, révèlent que McLaren était consciente d’un risque dès les premiers tours. Dès le cinquième tour, les pilotes ont reçu des instructions précises pour “lever le pied” dans les virages 5, 11 et 17. Ces virages présentent des bosses ou des compressions qui sollicitent fortement le plancher, particulièrement sur le côté droit – exactement là où l’usure a été mesurée.

Le 27e tour, Will Joseph, l’ingénieur de Lando Norris, lance : “Lando, tout ce que tu as fait dans les virages 17, 5 et 11 sur ce tour est bien, continue comme ça.” Norris répond, dubitatif : “Oui, mais ça nous rend lents.” Cet échange résume le dilemme de l’équipe : respecter les consignes de gestion signifiait perdre du rythme face à Max Verstappen. Le 34e tour, après avoir dépassé George Russell, Joseph réitère : “Très bien, mon pote. Bien, allons chercher Max mais continue avec les virages 17, 5 et 11.”

Au 46e tour, l’instruction devient plus explicite : “Lando, appuie toujours sur ‘overtake’ en arrivant au virage 14. On peut lever plus tôt le pied au 17, et plus longtemps au 11. Ça nous va si tu perds deux secondes par tour sur les trois tours qu’il reste.” Ces consignes répétées, dès le milieu de course, indiquent clairement que l’équipe surveillait un paramètre critique et tentait d’en atténuer les effets, sans savoir si ce serait suffisant.

Les pilotes McLaren savaient-ils qu’ils risquaient la disqualification ?

L’analyse des communications radio laisse peu de doute : les pilotes avaient conscience que quelque chose clochait. Oscar Piastri, qui recevait moins de consignes que son équipier car sa course était plus compliquée dans le trafic, demande lui-même au 30e tour : “Est-ce que tu veux que je continue complètement de lever le pied dans le 17 ou pas ?” Cette question spontanée suggère qu’il avait déjà identifié ce virage comme problématique et adaptait son pilotage en conséquence, même sans instruction explicite.

Lando Norris, quant à lui, a montré des signes de frustration croissante. Au 33e tour, alors qu’il demande s’il doit rester dans le DRS de Russell ou tenter le dépassement, son ingénieur l’encourage à attaquer. Norris rétorque : “Qu’est-ce que tu veux dire par ‘va chercher Max’ ? On est juste lents.” Cette lenteur n’était pas due qu’au régime moteur ou aux pneus, mais bien à ces micro-gestions de la hauteur de caisse pour préserver la planche.

Le moment le plus révélateur vient de Piastri au dernier tour. Alors que la course est virtuellement terminée et que l’usure des pneus n’est plus un facteur, son ingénieur lui rappelle : “Plus qu’un tour à faire. Si tu ne peux pas te rapprocher d’Antonelli, lève à nouveau le pied dans les virages 5 et 11.” Cette consigne, à un moment où la performance pure ne compte plus, ne peut signifier qu’une chose : l’équipe savait que la conformité technique était en jeu jusqu’au drapeau à damier.

Impact sur le championnat : ce que signifie cette disqualification pour McLaren

Les conséquences sportives sont immédiates et massives. Au championnat pilotes, Lando Norris conserve sa deuxième place avec 340 points, mais Max Verstappen remonte à la troisième position avec 302 points, à égalité avec Oscar Piastri. Les 18 points perdus par Norris (et les 12 de Piastri) réduisent considérablement la marge de manœuvre de McLaren. Avec seulement deux courses au Qatar et Abu Dhabi, le championnat est plus ouvert que jamais.

Pour le titre constructeurs, les 27 points perdus sont un coup dur. Ferrari, qui occupait les positions 2 et 5 à Vegas, récupère 33 points et se rapproche dangereusement. Le championnat, que McLaren semblait pouvoir verrouiller, est relancé avec une intensité nouvelle. La pression sur les épaules d’Andrea Stella et de ses ingénieurs sera énorme pour les prochains week-ends.

Au-delà des points, cette disqualification remet en question la stratégie de développement de McLaren. L’écurie s’était bâtie une réputation de perfection technique, maîtrisant l’art de rouler bas sans dépasser les limites. Cette erreur suggère qu’en quête de performance, elle a peut-être trop optimisé ses marges. Les rivaux ne manqueront pas de scruter avec plus d’attention les monoplaces de Woking lors des prochains contrôles.

Leçons à tirer et avenir pour McLaren face à l’usure de la planche F1

Cet épisode serve de rappel sévère à l’ensemble du paddock : les marges de sécurité réglementaires ne sont pas des objectifs à atteindre, mais des limites à respecter avec prudence. McLaren a indiqué vouloir “enquêter sur les raisons de ce comportement de la voiture”, ce qui signale une révision interne approfondie de ses processus.

Les axes d’amélioration sont multiples. Sur le plan mécanique, l’équipe devra revoir sa cinématique de suspension, peut-être en adoucissant l’anti-plongée ou en ajoutant de la compliance dans les ressorts de heave pour mieux filtrer les chocs. Sur le plan aérodynamique, la répartition d’appui pourra être ajustée pour éviter que l’arrière ne s’écrase lorsque l’avant est chargé. La gestion des données sera également cruciale : développer des algorithmes temps réel pour estimer l’usure des skids pendant la course pourrait permettre des ajustements avant qu’il ne soit trop tard.

Pour les courses à venir au Qatar et à Abu Dhabi, attendez-vous à une approche plus conservatrice de McLaren. Sur le circuit de Lusail, rapide et légèrement bosselé, l’équipe prendra certainement des marges supplémentaires sur la hauteur de caisse. La priorité sera d’assurer la conformité avant de chercher l’ultime performance. Cela pourrait offrir une petite opportunité à Ferrari et Red Bull de grappiller des points précieux.

La FIA, quant à elle, a déjà annoncé un renforcement des contrôles avec un avertissement officiel aux équipes avant le Qatar. L’instance internationale veut éviter que d’autres écuries ne subissent le même sort. Le message est clair : la précision technique reste un pilier fondamental de la F1, et aucune performance ne justifie de franchir ces limites millimétriques.

Cette disqualification McLaren à Las Vegas pour usure de la planche F1 n’est pas un simple incident technique. C’est un événement majeur qui a redistribué les cartes d’un championnat déjà palpitant. Elle rappelle que dans la Formule 1 moderne, la victoire se joue non seulement sur la piste, mais aussi dans le respect des normes les plus strictes. Pour McLaren, la mission est désormais claire : retrouver la fiabilité technique qui a fait sa force, tout en maintenant l’avantage de performance qui l’a menée au sommet. Le titre est toujours à sa portée, mais il faudra une exécution parfaite lors des deux dernières courses pour l’emporter.

Questions fréquemment posées

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.