Disqualification en F1 pour usure excessive du sabot arrière au Grand Prix de Las Vegas : la FIA referme la porte

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Les réglementations techniques de la Formule 1 sont parmi les plus strictes du sport automobile mondial. Au Grand Prix de Las Vegas 2024, une nouvelle directive technique de la FIA a rappelé aux équipes que la marge de manœuvre autour de l’usure des sabots arrière était désormais quasiment nulle. Cette décision, prise à la suite d’un vide juridique exploité par certaines écuries, a forcé les ingénieurs à revoir leur stratégie aérodynamique au dernier moment, suscitant tensions et controverses dans le paddock.

L’enjeu est de taille : un millimètre de trop peut coûter à un pilote sa position au classement, voire sa participation à la course. Les souvenirs d’Austin 2023, où Lewis Hamilton et Charles Leclerc avaient été exclus des résultats pour cette même infraction, sont encore frais dans toutes les mémoires. À Las Vegas, la FIA a décidé d’agir avant que l’histoire ne se répète.

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Pourquoi l’usure du sabot arrière menace la disqualification au Grand Prix de Las Vegas

Le sabot arrière, ou planche de protection, est une pièce fondamentale de la sécurité et de l’équité sportive en F1. D’une épaisseur réglementaire de 10 mm, cette planche en bois composite placée sous le plancher de la monoplace ne doit pas s’user de plus de 1 mm sous peine de disqualification immédiate. La mesure s’effectue en quatre points précis, contrôlés par les délégués techniques de la FIA après chaque session.

Le principe du Parc fermé et ses limites

Le Parc fermé est l’un des piliers du règlement sportif. Il interdit toute modification sur une voiture entre le début des qualifications et le début de la course. Cette règle vise à garantir que les performances enregistrées en qualifications correspondent bien à celles de la monoplace le dimanche. L’article 40.1 du règlement stipule que chaque concurrent doit fournir une fiche de réglage de suspension avant la première sortie en piste.

Cependant, les équipes ont progressivement exploité une zone grise autour des blocs de protection. Afin de limiter l’usure, la réglementation autorise des blocs métalliques autour des zones les plus exposées. Une directive technique précédente avait ouvert la porte à des “blocs satellites” supplémentaires, sans préciser leur épaisseur maximale. Certaines écuries, dont Ferrari, ont profité de cette liberté pour renforcer leurs protections et rouler plus bas, gagnant ainsi des dixièmes précieux.

La réponse immédiate de la FIA avant Las Vegas

Après le Grand Prix du Brésil 2024, Red Bull a officiellement soulevé le problème auprès de la FIA. La réaction a été immédiate. Une nouvelle directive technique, publiée juste avant le week-end de Las Vegas, a refermé ce vide. Désormais, les blocs additionnels doivent respecter strictement les mêmes critères que les blocs principaux, en termes de rigidité et d’épaisseur.

Fred Vasseur, patron de Ferrari, n’a pas caché son agacement : « Nous avons dû apporter des changements, mais nous avions également la confirmation avant cela que la planche était légale. Je pense que l’attitude était étrange. » Cette décision a forcé toutes les écuries à revoir leur setup, certains déplorant une intervention tardive dans la saison.

Les conséquences techniques d’une usure excessive au sabot arrière

L’impact d’une hauteur de caisse augmentée de seulement 1 mm peut seminer négligeable, mais en Formule 1, cela représente entre 0,25 et 0,5 seconde par tour. Pour les équipes qui luttaient pour le championnat du monde, cette perte de performance était inacceptable. Pourtant, le risque de disqualification l’emportait sur toute autre considération.

Les ajustements forcés des écuries à Las Vegas

Mercedes et Ferrari ont confirmé avoir modifié leurs monoplaces en conséquence. Toto Wolff, directeur de l’équipe Mercedes, a déclaré : « Nous avons changé la façon dont nous faisons fonctionner le plancher. » De son côté, Oliver Oakes, patron d’Alpine, a mentionné un “petit changement” sur ses voitures.

Ces modifications ont touché principalement :

  • La hauteur de caisse minimum
  • La rigidité des suspensions
  • L’ajustement des blocs de protection
  • La distribution des appuis aérodynamiques

Les ingénieurs ont dû travailler dans l’urgence pour trouver un compromis entre performance et conformité, sans disposer de données réelles sur le circuit de Las Vegas, où les conditions de piste sont particulièrement exigeantes pour le plancher.

Les risques spécifiques du circuit de Las Vegas

Le tracé urbain de Las Vegas présente des caractéristiques uniques qui accentuent l’usure du sabot arrière. Les longues lignes droites à vitesse élevée sur le Strip, combinées à de nombreuses compressions et des changements d’élévation subtils, créent des sollicitations constantes sur le plancher. Les températures fraîches nocturnes rendent l’asphalte plus abrasif, tandis que les joints de dilatation du revêtement urbain agissent comme des zones de frottement supplémentaires.

Ces conditions expliquent pourquoi la FIA a choisi ce moment pour agir. Mieux valait prévenir que guérir, surtout qu’une disqualification majeure au Grand Prix américain aurait pu bouleverser le championnat.

Les précédents historiques de disqualification pour usure du sabot

L’histoire récente de la F1 regorge d’exemples où l’usure excessive du sabot a coûté cher aux pilotes. Le cas le plus célèbre reste celui du Grand Prix des États-Unis 2023 à Austin, où Lewis Hamilton (Mercedes) et Charles Leclerc (Ferrari) ont été exclus des résultats après contrôle technique. Hamilton avait terminé deuxième, Leclerc cinquième. Leur crime ? Une usure dépassant le millimètre autorisé sur le sabot arrière.

Les leçons d’Austin 2023

Ce jour-là, la FIA avait choisi de contrôler quatre voitures de manière aléatoire. Les mesures révélèlèrent que les deux monoplaces en infraction avaient perdu plus de 1 mm d’épaisseur. L’explication officielle pointa les bosses et les vibrations du circuit d’Austin, combinées à des réglages trop agressifs. Les équipes avaient sous-estimé la dégradation du plancher sur cette piste particulière.

Cette disqualification avait fait l’effet d’une bombe dans la course au championnat. Hamilton avait perdu 18 points précieux, tandis que Leclerc voyait ses chances de titre s’amenuiser considérablement.

Le cas Lewis Hamilton en Chine 2025

Plus récemment, en mars 2025, Lewis Hamilton a de nouveau été victime de ce règlement draconien. Sous les couleurs de Ferrari, sa monoplace a été mesurée à 8,6 mm au lieu des 9 mm minimum requis sur certaines zones du sabot. Résultat : disqualification pure et simple du Grand Prix de Chine, alors qu’il avait terminé dans les points.

« La réglementation est claire, implacable. Nous avons mal calculé l’usure sur une piste où nous n’avions pas assez de données, » a commenté un ingénieur Ferrari sous couvert d’anonymat. Ces épisodes répétés démontrent que même les géants de la F1 ne sont pas à l’abri d’une erreur de calcul.

Les enjeux du championnat et les stratégies d’écarts

Chaque point compte dans un championnat aussi serré que celui de 2024-2025. La décision de la FIA de refermer le vide réglementaire avant Las Vegas a donc des implications majeures sur la course aux titres. Les équipes ne peuvent plus se permettre de courir aussi près de la limite, ce qui modifie fondamentalement leur approche technique.

L’impact sur la course au championnat du monde

Avec McLaren, Red Bull et Ferrari séparées par seulement quelques points, la marge d’erreur est nulle. Une disqualification pour usure du sabot arrière au Grand Prix de Las Vegas aurait pu coûter à une équipe des dizaines de millions de dollars en primes de classement et détruire des mois de travail acharné.

Les bookmakers avaient d’ailleurs ajusté leurs cotes après l’annonce de la directive technique. Les yeux étaient notamment rivés sur les Ferrari, dont le concept aérodynamique semblait particulièrement sensible à ce paramètre. Le risque de disqualification plane désormais comme une épée de Damoclès sur chaque course.

Les paris risqués des ingénieurs

Malgré tout, certains ingénieurs poussent toujours les limites. Le compromis entre performance et conformité est délicat. Rouler 1 mm plus bas peut rapporter 0,3 seconde par tour, mais augmenter l’usure de 50 %. Les simulations informatiques sont poussées à l’extrême pour prédire la dégradation du sabot en fonction de :

  • La température de la piste
  • L’évolution du niveau d’essence
  • Le style de pilotage du pilote
  • Les conditions météorologiques

C’est un calcul risqué, où la pression des résultats peut pousser à prendre des décisions discutables. La nouvelle directive de la FIA vise justement à éliminer ces zones d’ombre où la tentation est grande.

Les équipes les plus vertueuses, comme McLaren, ont salué la clarification du règlement. « Il vaut mieux avoir des règles claires que des interprétations douteuses, » a commenté Andrea Stella, directeur de McLaren. Un sentiment partagé par bon nombre de puristes de la discipline, pour qui la transparence réglementaire prime sur la course aux loopholes.

La disqualification en F1 pour usure excessive du sabot arrière au Grand Prix de Las Vegas représente bien plus qu’une simple sanction technique. C’est le symbole d’une FIA déterminée à maintenir un niveau d’équité absolue, même si cela signifie intervenir dans des délais serrés. Les équipes ont désormais compris le message : la marge de manœuvre est réduite à néant, et chaque dixième de seconde gagné au détriment de la réglementation sera sanctionné.

À l’avenir, les ingénieurs devront redoubler de vigilance lors du calcul des hauteurs de caisse. Les circuits urbains comme Las Vegas, Monaco ou Jeddah, avec leurs aspérités et leurs compressions, deviennent des pièges potentiels. Le championnat de Formule 1 se joue désormais aussi dans les détails techniques les plus infimes, là où la précision et la conformité valent parfois plus qu’une pure performance brute.

Questions fréquemment posées

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.