Des heures sans pause dans le désert : l'hydratation des pilotes au Dakar

Après une journée de repos le samedi, les pilotes du Dakar affrontent deux étapes marathon ce dimanche et lundi. Ces journées interminables exigent une gestion rigoureuse de l’énergie et des besoins physiologiques. Dans le désert saoudien, où les températures hivernales oscillent entre 5 et 15 °C, l’hydratation et l’élimination deviennent des défis cruciaux. Les concurrents, qu’ils soient à moto ou en auto, adaptent leur équipement pour minimiser les arrêts.

Les motards portent jusqu’à trois litres d’eau ou de boissons énergétiques dans des poches dorsales, tandis que les équipages automobiles misent sur des gourdes isothermes. Mais au-delà de boire, il faut aussi gérer les besoins naturels sans perdre de temps précieux en spéciale. Ces stratégies, affinées au fil des éditions, font la différence entre victoire et abandon.

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À moto : le chameau des sables

Les pilotes moto du Dakar se comparent souvent à des dromadaires. Ils transportent leur réserve d’hydratation dans deux poches dorsales totalisant trois litres. Un tuyau relie ces poches à la bouche, permettant de boire sans lâcher le guidon. Ils peuvent opter pour de l’eau pure d’un côté et une boisson riche en glucides et minéraux de l’autre.

Ross Branch, champion du monde 2024 de rallye-raid chez Hero, souligne les limites de cette approche. « Sur les très longues journées, il est clair qu’on ne mange pas et qu’on ne boit pas assez. Ce qu’on absorbe n’est pas suffisant pour couvrir nos dépenses énergétiques. » Le corps s’adapte progressivement, mais l’effort reste intense sur des étapes jusqu’à 800 km.

Les arrêts ravitaillement en carburant, obligatoires pour les motos sauf en catégorie Ultimate, offrent une pause bienvenue. C’est l’occasion de s’alimenter rapidement. Benjamin Melot, leader sans assistance sur KTM, varie les plaisirs : « Je prends des barres de céréales, parfois de la viande séchée pour avoir un peu de salé. Les compléments dans la boisson permettent aussi de ne pas avoir spécialement faim. »

  • Poches d’hydratation : 2 à 3 litres, eau et isotonique.
  • Alimentation express : sandwichs, barres, viande séchée.
  • Fréquence : boisson continue, nourriture aux ravitos.

Malgré le froid relatif, la transpiration reste modérée, mais l’élimination urinaire pose problème. Les pauses pipi sont rares en spéciale pour les leaders. « Tout le monde va si vite aujourd’hui qu’il est hors de question de s’arrêter », note Branch.

Le pénilex : solution high-tech pour les motards

Pour éviter les arrêts, les pilotes moto recourent à des dispositifs ingénieux. Le « pénilex », un tuyau partant de l’entrejambe vers la botte, évacue l’urine sans s’arrêter. Benjamin Melot en témoigne : « Ça fonctionne plutôt bien, même s’il arrive que le tuyau se pince et que ça peut créer quelques accidents. Mais il faut surtout être réaliste avec ses mensurations et commander le bon produit (rire). »

Ce système compense le faible sudation due au climat saoudien. « Notre corps n’élimine pas énormément, donc on a besoin d’évacuer autrement », explique Melot. Les ravitaillements offrent une pause pipi gratuite, mais elle est chronométrée.

L’équipement s’intègre dans la combinaison, près du talon. Les incidents sont rares mais gênants. Les pilotes priorisent la vitesse, sacrifiant le confort.

La gestion énergétique complète l’hydratation. Les boissons isotoniques fournissent sels et énergie. Les gels ou barres assurent les pics d’effort.

Pour en savoir plus sur les défis techniques des motos au Dakar, consultez cet article sur les équipements innovants.

En auto : hydratation sans lâcher le volant

Les pilotes automobiles ne peuvent se permettre de choisir entre boire et conduire. Sur l’étape la plus longue de l’édition (876 km, dont 462 de spéciale), ils visent cinq à six heures d’effort. Christian Lavieille, deuxième en deux roues motrices, rappelle : « Comme on est assis, on n’a pas l’impression de forcer, mais on bouffe tout de même de l’énergie donc il faut penser à bien s’hydrater. »

Chez Dacia, les physiothérapeutes préparent deux gourdes isothermes par baquet. Eau pour les liaisons, isotonique citron pour les spéciales. Arthur Weiss explique : « Les boissons isotoniques permettent de compenser les pertes en sels minéraux et apportent de l’énergie rapidement. » Sébastien Loeb confirme l’adaptation au terrain saoudien : en Argentine, huit litres par jour ; ici, deux litres en moyenne.

Le système de climatisation et le profil réduit les besoins. Les tuyaux fixés aux harnais facilitent l’accès. Les copilotes gèrent souvent la logistique.

  • Gourdes : isothermes, 2 par occupant.
  • Boissons : eau, isotonique (citron populaire).
  • Consommation : 2 litres/jour en moyenne.

L’alimentation reste minimaliste. Valentin Sarreaud avale barres ou fruits secs en neutralisation. Loïc Minaudier complète avec des gels : « J’en prends un et j’en donne un à Mathieu tous les cent kilomètres. Cela permet de rester vigilant. »

Besoins naturels en auto : la solution couches

L’urine pose un problème majeur en auto. Les ravitos motos offrent peu de temps. Fabian Lurquin, copilote de Nasser al-Attiyah, leader du Dakar, avoue : « On a tous connu ces situations où l’envie est intenable et quand on est en train de se faire secouer dans tous les sens, c’est l’enfer donc il n’y a pas d’autre solution. »

Certains réduisent l’hydratation, d’autres portent des couches pour adultes. Cette option évite les arrêts risqués. Le secouement constant complique tout.

Après-course, la récupération prime. Weiss prépare boissons réhydratantes pour réparer les muscles. Les barbecues du bivouac offrent un répit bienvenu.

Pour visualiser la préparation, voir cette photo d’Arthur Weiss chargeant les véhicules.

Ces stratégies d’hydratation et de gestion des besoins naturels soulignent l’extrême exigence du Dakar. Malgré les avancées technologiques, le corps humain reste la limite. À l’approche des étapes décisives, la maîtrise de ces aspects pourrait départager les favoris.

Ross Branch résume bien : le corps s’habitue, mais les déficits énergétiques persistent. Pour les éditions futures, comme le Dakar 2026 en Arabie saoudite, ces leçons perdureront. Les pilotes continueront d’innover pour dompter le désert.

Questions fréquemment posées

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.