Dale Earnhardt Jr a récemment exprimé sa stupeur face aux révélations du procès antitrust opposant 23XI Racing et Front Row Motorsports à NASCAR. Les documents dévoilés lors du procès ont montré que la série Superstar Racing Experience (SRX), fondée par Tony Stewart et Ray Evernham, était perçue comme une menace sérieuse par les dirigeants de NASCAR. Cette perception contrastait fortement avec la réalité économique de la série, qui a cessé ses activités en 2023 pour des raisons financières.
Le pilote vedette de la NASCAR Hall of Fame n’a pas caché sa surprise lors de son podcast, le Dale Jr. Download. Il s’est notamment étonné que la plus grande organisation de stock-car racing américaine puisse craindre une petite série de 12 voitures à peine viable financièrement. Cette controverse révèle des tensions profondes au sein du monde du stock-car racing et soulève des questions sur la stratégie concurrentielle de NASCAR.

Les origines de la série SRX et la réaction de NASCAR
La Superstar Racing Experience a vu le jour en juin 2021 avec une ambition claire : recréer l’esprit de l’ancienne série IROC (International Race of Champions). Ray Evernham, l’un des principaux architectes du projet, souhaitait proposer une alternative divertissante en courant sur des short tracks locaux avec des pilotes retraités et des personnalités du monde automobile.
Dale Earnhardt Jr explique la vision initiale du projet : “Il voulait recréer IROC. L’idée initiale du SRX était une série qui se rendrait dans ces marchés locaux, qui ferait venir ces gars retraités et certaines personnalités uniques, différentes formes de course et offrirait une voiture au héros local.”
Cependant, dès le début, NASCAR a manifesté des inquiétudes. Les textos révélés lors du procès montrent une réaction virulente des dirigeants. Steve O’Donnell, président de NASCAR, a déclaré sous serment être “préoccupé par ce qui se passait sur la piste”. Plus frappant encore, il a admis avoir demandé au service juridique d’att’aquer” la série.
Messages explosifs des dirigeants de NASCAR
Les échanges de textos entre les hauts dirigeants de NASCAR révèlent un climat de paranoïa. Lorsqu’un pilote de NASCAR a annoncé sa participation au SRX, la réaction fut immédiate et agressive. Un échange du procès montre clairement cette animosité :
- O’Donnell : “C’est NASCAR. Purement et simplement. Ça suffit. Nous devons demander au juridique d’attaquer ça.”
- Steve Phelps, commissaire de NASCAR : “Ces gars sont simplement stupides. Il faut planter ce cette série de merde.”
Ces commentaires choquent Dale Earnhardt Jr, qui ne comprend pas une telle virulence envers “une petite chose” selon ses propres termes. Le pilote s’interroge : “Pourquoi sommes-nous inquiets ? Je ne suis pas alarmé par ça.”
La réalité économique de la menace du SRX envers NASCAR
Contrairement aux craintes de NASCAR, la Superstar Racing Experience n’a jamais représenté une réelle menace concurrentielle. Dale Earnhardt Jr souligne avec pragmatisme : “Ils étaient comme 12 voitures qui arrivaient à peine à s’en sortir financièrement. Ils cassaient tellement de choses, ils ne savaient pas qu’ils allaient casser autant de choses.”
La série a effectivement cessé ses activités après seulement trois saisons. Les raisons étaient multiples :
- Coûts d’exploitation trop élevés
- Audience télévisée insuffisante
- Contrat télévisuel non viable économiquement
- Manque de soutien financier durable
“SRX a disparu parce que c’est cher à exploiter et que les audiences ne justifiaient pas le contrat télévisuel”, résume Earnhardt Jr. La contradiction est flagrante : NASCAR redoutait une série qui peinait déjà à survivre.
Pourquoi NASCAR a vraiment eu peur
Malgré ses faiblesses économiques, le SRX présentait des caractéristiques qui inquiétaient NASCAR. Steve O’Donnell a expliqué que le problème survint lorsque des pilotes de la Cup Series et leurs sponsors ont commencé à participer à la série mid-week.
Le président de NASCAR a témoigné : “J’ai pensé que ça ressemblait de plus en plus à NASCAR.” Cette déclaration fait référence au fait que des pilotes majeurs comme Chase Elliott, Kevin Harvick, Kyle Busch, Ryan Blaney et Denny Hamlin (copropriétaire de 23XI Racing) ont tous participé à la série.
Un fan avait même commenté sur les réseaux sociaux du SRX que la série commençait à ressembler à NASCAR, de la même manière que LIV Golf ressemblait au PGA Tour. Ce commentaire, partagé par Steve Phelps, a visiblement renforcé les craintes de la direction.
Le rôle central de Dale Earnhardt Jr dans la controverse
Ironiquement, Dale Earnhardt Jr n’a jamais participé au SRX. Il explique : “Je n’étais pas intéressé, personnellement. Dès le départ, je n’avais pas la capacité de m’investir. Je n’étais pas un fan ; je n’ai pas vraiment regardé.”
Pourtant, son nom est apparu dans les discussions internes de NASCAR. Les dirigeants craignaient que le SRX n’organise une course à North Wilkesboro avec Earnhardt Jr comme tête d’affiche.
Les textos révèlent cette peur :
- O’Donnell : “Attendez que Junior annonce qu’il organise une épreuve. Une question de temps. Ils iront à North Wilkesboro avec Junior si nous ne faisons pas attention. Nous devons être les premiers de retour.”
- Scott Prime, vice-président de la stratégie : “D’accord – North Wilkesboro et Bowman Gray l’année prochaine avec Junior et ses amis si nous ne faisons pas de pas”
La véritable histoire de North Wilkesboro
Dale Earnhardt Jr rejette l’idée que NASCAR aurait sauvé North Wilkesboro. Il attribute le retour de cette légendaire piste à Marcus Smith, PDG de Speedway Motorsports, et aux efforts communautaires. “Wilkesboro est de retour grâce à tout le monde. Le gouvernement, notre gouvernement local, la ville, beaucoup de bénévoles. Putain, 20 ans de bénévoles, des gens qui tondaient même l’herbe pendant 20 ans.”
Il souligne que NASCAR n’a joué aucun rôle actif dans la revitalisation : “NASCAR ne disait jamais : ‘Les gars, nous devons relancer Wilkesboro.’” Cette affirmation conteste la narrative selon laquelle NASCAR aurait réagi proactivement face à la menace du SRX.
Implications antitrust et stratégie de NASCAR
L’attitude de NASCAR envers SRX est devenue un élément central du procès antitrust. Les plaignants, 23XI Racing et Front Row Motorsports, ont utilisé ces réactions pour démontrer des pratiques anticoncurrentielles.
NASCAR a même bloqué le SRX d’une piste appartenant à Speedway Motorsports en invoquant sa clause d’exclusivité. O’Donnell a justifié cette décision en expliquant que NASCAR était “dans une négociation majeure” pour un nouveau contrat de droits médiatiques et voulait “retenir autant de revenus que possible pour les équipes”.
Cette justification semble paradoxale. D’une part, NASCAR protège ses équipes ; d’autre part, elle limite les opportunités de course supplémentaires pour les pilotes et les mécaniciens.
Le paradoxe de la protection
Dale Earnhardt Jr identifie un paradoxe dans la stratégie de NASCAR : “Chase va là-bas pour courir avec son père, s’amuser un peu. Blaney avec son père. Ils étaient payés pour aller là-bas et le faire pour un peu d’argent.”
Au lieu de voir le SRX comme une menace, Earnhardt suggère une approche collaborative : “J’aurais regardé ce qu’ils faisaient… pourquoi les gens aiment ça et pouvons-nous travailler ensemble ?”
Le procès a finalement été réglé à l’amiable avec NASCAR accordant des concessions importantes, notamment des charters permanents. Cependant, les révélations sur SRX ont endommagé l’image de l’organisation.
Leçons pour l’avenir du stock-car racing
La saga SRX révèle des tensions structurelles dans l’écosystème du stock-car racing américain. NASCAR, en position dominante, a manifesté une sensibilité excessive face à une petite concurrence, ce qui a renforcé les arguments antitrust des équipes.
Pour les fans et observateurs, plusieurs leçons émergent :
- La peur de la concurrence peut être disproportionnée : Une série de 12 voitures a fait trembler un géant multimilliardaire.
- La collaboration aurait pu être préférable : Le SRX aurait pu compléter plutôt que concurrencer NASCAR.
- L’importance des pistes historiques : La controverse a mis en lumière la valeur des short tracks comme North Wilkesboro.
- La puissance des noms : La simple mention de Dale Earnhardt Jr suscitait des réactions stratégiques majeures.
Ce que cela signifie pour les équipes
Les équipes satellites comme Front Row Motorsports et les nouvelles organisations comme 23XI Racing ont désormais plus de pouvoir de négociation. Les concessions obtenues lors du règlement du procès redéfinissent les relations entre NASCAR et ses équipes.
Cependant, la mentalité défensive de NASCAR envers le SRX suggère que l’organisation pourrait continuer à réprimer vigoureusement toute forme de concurrence émergente. Cela pourrait dissuader de futurs entrepreneurs de lancer des alternatives.
Une industrie qui doit évoluer
Dale Earnhardt Jr reste surpris par l’ensemble de la situation. Son étonnement révèle un fossé de perception entre la direction de NASCAR et les pilotes/équipes sur le terrain. Alors que les dirigeants voyaient une menace sérieuse, les acteurs du sport percevaient une opportunité de divertissement supplémentaire.
La disparition du SRX n’a pas résolu les problèmes structurels de la discipline. Au contraire, elle a souligné la nécessité d’une plus grande ouverture et de moins de centralisation du pouvoir entre les mains de NASCAR.
Pour les fans de stock-car racing, l’affaire représente un moment de vérité. Elle démontre que même les institutions les plus puissantes peuvent ressentir une vulnérabilité face à des initiatives modestes mais créatives. L’avenir du sport pourrait dépendre de la capacité de NASCAR à transformer cette peur en opportunité de croissance collective.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.