Mathieu Serradori et Loïc Minaudier ont créé la surprise mercredi 14 janvier 2026 en remportant la 10e étape du Dakar, entre le bivouac refuge et Bisha en Arabie saoudite. À bord de leur CR7 Century, ce duo français a devancé les favoris pour signer leur première victoire commune, la deuxième pour le pilote varois après celle de 2020. Malgré des moyens modestes face aux géants comme Ford, Dacia ou Toyota, ils ont effacé les écarts en une journée de combat intense.
Cette performance historique offre aussi une première victoire au constructeur sud-africain Century sur le Dakar. Serradori, 46 ans, et Minaudier, 38 ans, incarnent l’esprit du rallye-raid : passion et détermination sans les budgets colossaux des équipes officielles. Leur succès, acquis avec 6 minutes et 12 secondes d’avance sur Nasser al-Attiyah malgré une pénalité de deux minutes pour excès de vitesse, propulse Serradori à la 5e place du général.

Un moral regonflé après une déception
La veille, lors de la 9e étape, Serradori et Minaudier avaient perdu 41 minutes, terminant 37es. Le moral était au plus bas au bivouac. “On était rentrés au refuge avec le moral un peu dans les chaussettes, je vous avoue que je n’ai pas passé une bonne nuit”, confiait Serradori. Parti en colère ce mercredi, il s’est lancé dans un rythme effréné : “Ou on casse, ou on gagne.”
Stéphane Peterhansel leur a glissé un conseil précieux : “Il y a un coup à faire, restez sur vos roues, ça va passer.” Leur bonne position de départ (31e) leur a permis d’éviter la poussière des leaders. À 40 km de l’arrivée, des bénévoles leur ont fait signe de la victoire provisoire, mais Minaudier tempérait : “On sentait qu’on était bien mais en face de nous, ce sont des cadors.”
Le copilote aveyronnais a géré la navigation sous tension, tandis que Serradori poussait la machine. Cette résilience a payé, renforçant leur statut de “David contre Goliath”, comme le soulignait le pilote.
La CR7 Century malmenée mais victorieuse
Leur bolide sud-africain a souffert le martyre. Sans climatisation débranchée pour économiser batterie et essence, la voiture a enchaîné les alertes : batterie faible, ratés moteur, surchauffes, pédale de frein bloquée. “Il y avait des alertes partout”, débriefait Serradori sous la tente de l’équipe.
Scarifiée par les dunes et les pistes, la CR7 a même perdu son capot lors des célébrations, avec les pilotes grimpés dessus. “On a broyé la caisse du taf”, plaisantait Serradori. Pourtant, cette préparation artisanale par Century Racing a tenu bon, prouvant la fiabilité d’un châssis modeste face aux prototypes high-tech.
Cette victoire valide leur choix de courir en privé, finançant eux-mêmes leur participation. Serradori dirige une entreprise d’électricité dans le Sud – “Et lundi, je travaille !” – tandis que Minaudier gère un centre de formation pour pilotes aspirants au Dakar.
Les classements : Serradori en forme, al-Attiyah leader
Sur les 368 km de spéciale, le classement de l’étape reflète la domination française :
- Mathieu Serradori (FRA) / Loïc Minaudier (FRA) – Century Racing Factory Team – 4h48’27
- Nasser al-Attiyah (QAT) / Fabian Lurquin (BEL) – Dacia – +6’12
- Sébastien Loeb (FRA) / Édouard Boulanger (FRA) – Dacia – +9’20
- Lucas Moraes (BRE) / Dennis Zenz (ALL) – Dacia – +9’54
- Guy Botterill (RSA) / Oriol Mena (ESP) – Toyota – +11’42
Au général, al-Attiyah consolide son avance après cette 2e place (détails complets sur AutoHebdo) :
- Nasser al-Attiyah / Fabian Lurquin – 41h39’50
- Henk Lategan / Brett Cummings – +12’00
- Nani Roma / Alex Haro – +12’50
- Sébastien Loeb / Édouard Boulanger – +23’04
- Mathieu Serradori / Loïc Minaudier – +33’42
Loeb grimpe à la 4e place, profitant des soucis des Ford comme Sainz et Ekström. Serradori égale son meilleur résultat potentiel.
Un duo atypique dans l’élite
Pilotes privés, ils contrastent avec les programmes annuels des constructeurs. Pas de salaire mirobolant, mais une passion intacte. Minaudier, navigateur expérimenté, complète parfaitement Serradori, déjà vainqueur en 2020.
Cette étape rappelle des exploits passés, comme la victoire de Peterhansel en privé jadis. Pour Century, basée à Johannesburg, c’est un tremplin marketing. Le Varois, fier de sa 5e place, savoure : “Quand ça marche, ça fait vraiment du bien.”
Perspectives pour la fin de rallye
Avec trois étapes restantes, dont des défis techniques, Serradori vise le podium. Sa 5e place au général le place en embuscade, surtout si les leaders flanchent. Al-Attiyah semble intouchable, mais Loeb reste menaçant. Cette victoire booste le moral français, après celle de Van Beveren en moto. Le Dakar 2026 réserve encore des surprises, prouvant que la détermination l’emporte souvent sur les budgets (classement général détaillé sur Ouest-France).
Ce triomphe semi-amateur inspire : dans le désert, l’humain prime sur la machine. Reste à voir si Serradori montera sur le podium final à Yanbu.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.