Dakar 2026 : les recos en Arabie saoudite, une mission essentielle pour le road-book

Trois mois avant le coup d’envoi du Dakar 2026, une équipe de huit explorateurs sillonne les étendues désertiques d’Arabie saoudite. Leur tâche : effectuer les reconnaissances, ou « recos », du parcours pour dresser le road-book, cette bible numérique qui guidera pilotes et copilotes lors de la course en janvier. Dans l’obscurité du désert, autour d’un projecteur alimenté par un groupe électrogène, les histoires de scorpions, serpents et hyènes animent les soirées au bivouac.

Cette immersion, relatée dans le hors-série Les Aventuriers du désert de L’Équipe, révèle les coulisses d’une préparation minutieuse. À 4 800 km de spéciales à baliser, rien n’est laissé au hasard. Pierre Lenfant, coordinateur de l’expédition, insiste : « Le road-book, c’est le livre sacré du rallye-raid. Tout ce qu’on va faire là doit permettre de l’écrire de la manière la plus précise possible. Il ne faut vraiment pas se louper. »

desert-reconnaissance_1.jpg

Le convoi en route vers Wadi ad-Dawasir

Le convoi quitte le bivouac aux premières lueurs du jour, vers 6 heures, pour maximiser la lumière naturelle. Les tablettes indiquent le coucher du soleil à 17 h 33, horizon intransigeant au-delà duquel les détails du terrain échappent. Trois 4x4 composent la formation : le premier ouvre la piste, le deuxième transporte l’auteur du road-book et son pilote, le troisième note les points de sécurité. Un camion logistique les rejoint à midi par des voies praticables.

La moyenne de progression avoisine les 20 km/h, rythmée par d’incessants arrêts et retours en arrière. Cette étape 8 autour de Wadi ad-Dawasir illustre la patience requise. Les pré-reconnaissances du printemps ont défriché le terrain, mais cette phase automnale affine tout.

Les organisateurs ont d’abord tracé le parcours via images satellites au début de l’année. Les recos prolongent ce travail en trois sessions cumulées à un mois et demi, soit douze heures quotidiennes en voiture.

La reconnaissance n’est pas linéaire : elle impose des accélérations sporadiques entre haltes obligées, dictées par l’auteur du road-book.

Isidro Cuadrado, maître du road-book

Isidro Cuadrado, Espagnol aux allures de professeur Tournesol, officiait auparavant chez Honda. Sanglé sur le siège passager, il stoppe à chaque kilomètre pour griffonner dans son carnet à spirales. Arbres, montagnes, flèches émergent en croquis : six cases numérotées par feuille, comme une bande dessinée sténographique.

Chaque symbole – « M1 », « L3 », « RI » – suit sa légende personnelle, décrivant rochers, couleurs, surfaces ou routes à éviter. « C’est uniquement pour moi. Ensuite, tout sera numérisé de manière compréhensible », explique-t-il.

Le road-book guide sans rail : caps en degrés, dangers signalés. « En Arabie saoudite, le parcours n’est pas souvent dangereux, mais il peut le devenir d’un coup. Une saignée, une bosse, un ravin… Il faut penser que les pilotes arrivent à 160 km/h », met en garde Cuadrado.

Pierre Lenfant complète : « Sur ce plateau, on se dit qu’il n’y a rien de spécial. Mais Isidro voit des choses qui ont un sens pour la navigation. »

Les imprévus du désert et la sécurité

Un campement bédouin avec dromadaires apparaît soudain, absent des cartes préliminaires. Saleh, Saoudien expert local, confirme sa pérennité. Le tracé bifurque : contournement via un canyon pour une arrivée spectaculaire.

« Le road-book est une matière vivante. De sa conception au jour de la course, il évolue souvent de manière infime », note Lenfant.

Francisco Romero, responsable sécurité, rappelle la présence humaine : « Il y a des gens dans le désert, des campements là depuis cent ans et qui y seront encore dans cent ans. » Contacts avec autorités saoudiennes assurent la vigilance.

Les pluies torrentielles ou travaux menacent les pistes. Ouvertures d’étapes une semaine avant la course permettront corrections finales.

  • Dangers naturels : bosses, ravins à 160 km/h.
  • Humains : campements sédentaires imprévus.
  • Météo : pluies effaçant pistes.
  • Faune : hyènes, scorpions, serpents.

La vie au bivouac : routine et responsabilités

Au crépuscule, montage du bivouac derrière les montagnes. Emanuele cuisine poisson et pâtes. Patrick répare la radio. Isidro s’imprègne de l’étape suivante sur ordinateur, cigarette au bec.

« Une grande responsabilité, même si tout ne repose pas sur moi, on est trois voitures », confie Cuadrado. Les gagnants aimeront son oeuvre ; les autres blâmeront.

Autarcie rythmée par ravitaillements essence et supermarché. Recos, boulot, dodo sous étoiles.

Pour en savoir plus sur le parcours global, consultez cet article sur RMC Sport.

Ces recos forgent un Dakar 2026 corsé, du 3 au 17 janvier en Arabie saoudite. Leur précision déterminera le spectacle : navigation exigeante pour pilotes comme Loeb ou Peterhansel. Une équipe discrète pave la voie des héros.

Questions fréquemment posées

Photo de profil de Jeremy Bastonde, auteur sur PitStopInsight

Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.