Chris Gabehart, ancien ingénieur et directeur de la compétition chez Joe Gibbs Racing (JGR), et son nouvel employeur Spire Motorsports ont déposé mercredi soir une série de documents judiciaires en réponse aux accusations de JGR. Ces filings visent à contrer la demande de découverte accélérée formulée par JGR, qui soupçonne Gabehart d’avoir partagé des informations confidentielles. Gabehart affirme que son rôle de Chief Motorsports Officer chez Spire n’a aucun chevauchement avec ses fonctions précédentes à JGR.
Les déclarations soumises détaillent les différences structurelles entre les deux organisations et réfutent les allégations de collusion précoce. Alors que JGR pousse pour un accès rapide à des documents et communications privées, Gabehart et Spire exigent une réciprocité, arguant que JGR a violé son propre contrat. Une audience s’est tenue ce lundi matin devant la juge Susan D. Rodriguez à Charlotte, en Caroline du Nord, pour trancher sur ces motions.

La déclaration de Gabehart : un rôle exécutif distinct chez Spire
Dans une seconde déclaration sous serment, Chris Gabehart, âgé de 44 ans, énumère précisément ses responsabilités passées chez JGR. En 2025, il a servi comme directeur de la compétition et chef d’équipe pour neuf courses de Ty Gibbs sur la Toyota n°54, ce qui l’a mené à une insatisfaction croissante. Chez Spire, l’équipe dispose déjà de trois chefs d’équipe et d’un directeur de la compétition en la personne de Matt McCall, ainsi que d’un directeur technique et d’un responsable de l’optimisation des véhicules.
Gabehart insiste sur l’étendue de Spire, qui couvre non seulement la Nascar Cup Series mais aussi les dirt sprint cars, dirt late models et pavement late models. La société mère TWG Motorsports possède en outre Andretti Global et l’équipe Formule 1 de General Motors. « La breadth de Spire’s racing program est central à mon rôle de Chief Motorsports Officer. Alors que ma position chez JGR était confinée à la compétition Nascar Cup Series, mes responsabilités chez Spire se concentrent sur des initiatives stratégiques et une supervision opérationnelle à travers toute l’entreprise multisports de Spire », écrit-il.
Son poste actuel est au niveau exécutif, impliquant des discussions avec les équipes TWG pour développer des meilleures pratiques communes via des réunions et visites. Chez JGR, le rôle de ‘competition director’ était parallèle à ceux de directeur de production, d’aéro ou technique. Chez Spire, il vise des initiatives globales comme l’expansion dans de nouvelles disciplines, le maintien de la marque et des standards, et des partenariats avec Chevrolet et Hendrick Motorsports.
Gabehart réaffirme avoir communiqué par écrit ses raisons de départ, et que JGR a initié des discussions sur un accord de séparation, preuve d’une compréhension mutuelle. Il considère JGR en violation de contrat pour avoir cessé de le payer, le rendant agent libre.
Réfutation des déclarations de JGR et chronologie des rencontres
Gabehart conteste la déclaration de Todd Berrier, employé de longue date chez JGR, qui affirme une conversation en octobre 2025 sur une rencontre avec Dan Towriss, copropriétaire de Spire. « M. Berrier se trompe. La première fois que j’ai rencontré M. Towriss était le 28 février 2026, à une course IndyCar à St. Petersburg, Floride », déclare Gabehart. Towriss confirme dans sa propre déclaration : première rencontre physique le 28 février, appel bref le 9 janvier 2026 sans discussion d’emploi.
Concernant les sponsors JGR contactés par Spire, Gabehart n’a jamais rencontré leurs représentants ni partagé d’informations. Sur la surveillance : « J’étais inconscient que JGR m’espionnait. Je ne sais pas pourquoi ni depuis quand. La réunion avec Jeff Dickerson était publique, dans un restaurant de Mooresville », écrit-il.
Dickerson, ami de Gabehart depuis près de 20 ans, décrit leur déjeuner du 2 décembre 2025 au Barcelona Burger and Beer Garden, près du garage Toyota GR adjacent à JGR. « J’étais surpris et perturbé d’apprendre qu’un concurrent avait engagé un détective pour suivre un ancien employé. Dans mes 25 ans dans l’industrie, je n’ai jamais entendu d’une telle pratique », témoigne-t-il. Pour plus de détails sur cette surveillance, lire l’article dédié.
Une analyse forensique des appareils de Gabehart, dirigée par JGR, n’a révélé aucun partage d’informations propriétaires avec Spire.
Les arguments contre la découverte accélérée de JGR
Les avocats de Gabehart jugent la motion de JGR « inutile, prématurée et contournant le processus de découverte ordonné des règles fédérales ». JGR a déjà eu accès à une examen forensique complet des appareils personnels de Gabehart par son propre expert, prouvant l’absence de transmission de données confidentielles.
Spire renchérit : JGR n’a pas démontré de « good cause » ni de préjudice irréparable justifiant une accélération. « JGR admet que sa motion pour une injonction préliminaire fournit déjà assez d’éléments pour succès, même sans découverte accélérée », notent-ils. Les deux camps demandent, si accordé, une découverte réciproque limitée.
Gabehart liste trois motifs pour cela : documents sur sa conformité à la section 6 paragraphe 2 de son contrat (notice écrite de départ), communications internes de JGR sur cette notice et la décision de ‘garden leave’ sans paie, et circonstances de la termination ‘for cause’ du 9 février 2026 après l’analyse forensique clean. Spire cible les comms internes de JGR sur la fin d’emploi de Gabehart en novembre 2025.
Spire officialise l’embauche de Gabehart malgré le litige, comme détaillé dans cet article. Pour le contexte initial de la plainte de JGR, voir cet article sur Motorsport.com.
État des lieux après l’audience du 2 mars
Ce lundi, la juge Rodriguez a rendu une décision mixte : Gabehart peut continuer chez Spire, mais dans un rôle sans overlap avec ses duties JGR, sous une ordonnance restrictive limitée. JGR doit poster une caution de 100 000 dollars. La motion pour découverte accelérée reste en suspens, avec réciprocité probable si accordée.
Cette affaire met en lumière les tensions dans la Nascar autour des non-competes et secrets commerciaux sous l’ère NextGen, où setups et stratégies sont cruciaux. Les déclarations soulignent un climat de suspicion post-départ.
Perspectives et implications pour la saison 2026
- Pour Gabehart : Son rôle élargi chez Spire pourrait booster leurs programmes multisports, mais restrictions temporaires limitent l’impact Cup Series.
- Pour JGR : Perte potentielle d’avantage compétitif si secrets partagés ; focus sur Ty Gibbs et restructuration.
- Pour Spire : Recrutement audacieux malgré litige, avec soutien Chevrolet/Hendrick ; expansion via TWG.
- Pour la Nascar : Précédent sur clauses non-compete (18 mois) et espionnage industriel.
L’affaire pourrait s’étirer, avec audience sur injonction préliminaire prochaine. Cela souligne la férocité de la compétition, où talents comme Gabehart valent des millions. Une résolution amiable reste possible, mais les enjeux pour 2026 sont élevés.[1][2]
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.