Le MotoGP entre dans une nouvelle ère en 2025 avec un calendrier jamais vu auparavant. Vingt-deux Grands Prix, auxquels s’ajoutent vingt-deux courses sprint, forment un total record de quarante-quatre courses sur une saison qui s’étend de mars à mi-novembre. Cette intensité sans précédent soulève des questions légitimes sur les capacités physiques et mentales des pilotes, de plus en plus nombreux à évoquer une fatigue chronique et des risques d’épuisement professionnel.
La saison 2025 débute ce week-end en Thaïlande et s’annonce particulièrement copieuse. Le même nombre de courses avait été annoncé en 2024, mais après les annulations des Grands Prix d’Argentine, du Kazakhstan et d’Inde, seules vingt courses avaient eu lieu. Cette fois, le championnat compte bien organiser ses vingt-deux dates, jusqu’à la dernière mi-novembre à Valence en Espagne. Pour les pilotes, l’heure est aux calculs : six courses en huit week-ends à la fin de saison, des voyages intercontinentaux fréquents, et une pression constante pour performer dès le vendredi.

Le calendrier MotoGP 2025 : un record qui fait débat dans le paddock
L’introduction des courses sprint en 2023 a considérablement changé la donne. Désormais, chaque week-end propose deux courses : le sprint le samedi et le Grand Prix le dimanche. Si Hervé Poncharal, patron de l’écurie KTM-Tech3 et président de l’IRTA, souligne que ces sprints ont amélioré l’attractivité du championnat, les pilotes voient les choses différemment. Le nombre total de courses est passé de vingt à quarante-quatre, et l’intensité de chaque week-end s’est accrue de manière exponentielle.
Les chiffres sont sans appel : en 2023, aucune course ne s’est déroulée avec l’intégralité des pilotes au départ. La situation s’est améliorée en 2024, mais cette année, Jorge Martín, Maverick Viñales et Marc Márquez ont connu des absences prolongées. Álex Márquez commentait sa fatigue au GP du Portugal, pour l’entame du dernier “back-to-back” de l’année : « Je me sens fatigué, c’est certain. Après la tournée asiatique, c’est toujours difficile de revenir en Europe et de se sentir à 100 % physiquement. […] Après 20 courses, le corps commence à sentir cette pression.»
La fatigue physique et mentale des pilotes : un défi sans précédent
L’accumulation des courses crée une fatigue cumulative qui affecte directement les performances sur la piste. Fabio Quartararo, pilote Yamaha, ne mâche pas ses mots : « De mon point de vue, je pense que c’est clairement la limite. Le problème, c’est que ce ne sont pas seulement 22 courses, ce sont aussi 22 sprints. Mentalement et physiquement, le week-end est complètement différent.» Cette fatigue se manifeste par une baisse de concentration, des temps de réaction ralentis et des décisions moins optimales.
Les effets sont multiples et s’accumulent au fil des mois. La préparation physique d’un pilote MotoGP est parmi les plus exigeantes du sport automobile. Sur la moto, les phases de pilotage incluent des moments où les pilotes arrêtent de respirer, créant une hypoxie qui engendre fatigue et baisse de performance. Avec quarante-quatre courses, ces périodes d’intense effort se multiplient, laissant moins de temps pour la récupération complète entre chaque week-end.
Les conséquences concrètes sur le corps et l’esprit
Joan Mir confirme les propos d’Álex Márquez : « Je suis totalement d’accord. Après pas seulement la saison elle-même, mais les voyages, l’entraînement, tout commence à être plus dur. Mais je pense que c’est normal. Notre calendrier est très serré, très exigeant. Avec le programme pendant le week-end, on ne peut pas faire d’essais, il faut toujours être à 100 % et en fin d’année, on le sent.»
Le moral joue également un rôle déterminant. Marco Bezzecchi explique : « Ça dépend beaucoup de l’état d’esprit. Si ça se passe bien, c’est sûr qu’on prend du plaisir et on a l’impression que les courses passent super vite. Me concernant, après Jerez, je dois dire que le temps est passé vite. C’est dur d’avoir 22 courses, 44 avec les sprints. C’est dur physiquement, mentalement aussi.»
Les risques de blessures et l’épuisement professionnel
Le lien entre fatigue et blessures est de plus en plus évident. Miguel Oliveira, qui quitte le MotoGP pour le WorldSBK avec son calendrier plus léger (12 rendez-vous par an), explique : « Dès le premier tour en EL1, c’est un tour rapide. On ne teste pas des choses, on fait immédiatement des tours rapides. L’intensité est assez élevée et c’est dur pour nous dans les prises de décision. On le voit dans le genre de blessures cette saison et le nombre de courses sans la grille entière. Je pense que cela joue peut-être.»
Pecco Bagnaia, quant à lui, relie directement les chutes répétées aux sprints : « C’est quelque chose qui a commencé avec les courses sprint. Je pense qu’à partir du moment où on a eu les sprints, on n’a presque jamais eu une grille complète, au moins sur certaines courses, voire sur la saison entière. Deux courses par week-end, donc deux départs, et les départs sont le moment où on peut avoir le plus d’incidents.»
Le cas de Dani Pedrosa révèle les conséquences à long terme. L’Espagnol a confié avoir souffert de fatigue chronique pendant les deux ou trois dernières années de sa carrière, nécessitant trois ans de récupération post-retraite pour retrouver sa forme physique. Il a calculé avoir manqué environ 17 ou 18 Grands Prix en raison de blessures, soit une saison entière, dont certaines liées à l’usure cumulative de son corps.
Le point de vue des équipes : entre rentabilité et santé du personnel
Hervé Poncharal représente les équipes et tente de trouver un équilibre : « Évidemment à un moment donné, il y a une limite qu’il ne faut pas dépasser. Le championnat essaye évidemment de trouver les solutions pour être au max de ce qu’ils peuvent faire - et tout le monde était d’accord que 22 c’était le maximum et c’est acceptable.” Il précise cependant : « On a touché le point maxi de l’équilibre, il ne faut pas aller plus loin.”
La comparaison avec la Formule 1 est édifiante. La F1 compte 24 Grands Prix mais seulement six sprints. Poncharal explique la différence : « La Formule 1, ils ont plus de moyens financiers qui leur permettent d’avoir deux équipes qui travaillent en tiroir. Nous, on ne peut pas se permettre ça, parce qu’on n’a pas les mêmes moyens.”
Les mécaniciens subissent encore plus les conséquences. Miguel Oliveira souligne : « Les pilotes, on est beaucoup plus à l’aise financièrement que les mécaniciens donc leurs épouses doivent aller au travail, s’occuper des enfants, donc elles font de gros sacrifices. Semaine après semaine, je voyage, [mon épouse] reste à la maison et économiquement, il faut être à l’aise.”
Vers une refonte du calendrier MotoGP ?
La Dorna a déjà pris des mesures pour alléger la charge : suppression des triples enchaînements de courses au profit de doubles. Johann Zarco apprécie : « C’est une bonne chose mais avec toutes les doublettes, c’est une organisation surtout en termes de voyage, d’économie d’énergie pour savoir si on rentre tout le temps à la maison, ou si on reste entre deux Grands Prix.”
Cependant, pour de nombreux observateurs, ces ajustements ne suffisent pas. Tout le monde dans le paddock s’accorde sur un point : vingt-deux courses représente le maximum absolu. Au-delà, les risques pour la santé des pilotes et du personnel deviendraient inacceptables. La question de la suppression des sprints revient régulièrement, mais le format est populaire auprès du public et des diffuseurs.
Le débat reste ouvert entre les impératifs commerciaux du championnat et la préservation de ses acteurs. Ce que confirme Andrea Dovizioso, revenu en tant que pilote d’essai : « Cette fatigue, je l’ai vue sur les visages de tout le monde. Je ne veux rien dire contre le championnat, mais toutes ces courses et tous ces week-ends, longs et intenses, c’est assez lourd, et quand les choses ne se passent pas bien, c’est décuplé.»
Le MotoGP se trouve à un tournant. Avec un calendrier au maximum de ses capacités, la discipline doit désormais trouver de nouvelles solutions pour préserver ses pilotes tout en maintenant l’attrait commercial. La saison 2025 servira de test grandeur nature pour déterminer si vingt-deux courses sont vraiment soutenables, ou si le championnat doit envisager une réduction pour garantir la santé et la longévité de ses champions.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.