Le test de Sergio Perez à Imola dans une Ferrari SF-23 prête à Cadillac Racing pour préparer la F1 2026 marque un tournant décisif dans la préparation de la nouvelle écurie américaine, qui fera ses débuts dans le championnat l’an prochain. Les 13 et 14 novembre 2025, l’autodromo Enzo e Dino Ferrari a ainsi accueilli des essais historiques, avec au centre de l’attention un pilote mexicain qui n’avait plus touché un volant de Formule 1 depuis son départ de Red Bull fin 2024.
Cette session de deux jours représente bien plus qu’un simple roulage. Elle constitue la première mise en situation concrète de Cadillac Racing, qui a passé des mois à travailler dans l’ombre depuis ses salles d’opérations avant de pouvoir enfin s’essayer à la réalité de la piste. Graeme Lowdon, le directeur de l’équipe, n’avait pas caché son impatience : “En réalité, ce qui nous intéresse, c’est justement de faire des essais avec une voiture actuelle. Nous voulons utiliser une voiture, car dans toutes les simulations que nous réalisons, nous essayons de rendre l’expérience aussi proche que possible de la réalité.”

Le premier vrai test de la nouvelle écurie Cadillac sur le circuit d’Imola
Après des mois de préparation en simulateur, Cadillac Racing a franchi une étape majeure avec ces essais sur le circuit d’Imola. L’équipe américaine, qui deviendra la onzième écurie du plateau en 2026, a enfin pu tester ses procédures dans des conditions réelles. Une trentaine de membres de Ferrari ont assisté une vingtaine de cadres de Cadillac pour préparer les garages 16 et 17 de l’Autodromo, mettant en place une coordination opérationnelle qui servira de base aux prochaines saisons.
Les simulations menées jusqu’alors, bien que poussées, ne remplacent pas l’expérience tangible. Peter Crolla, le team manager de Cadillac depuis avril 2025 et ancien responsable chez Haas entre 2022 et 2024, supervisait personnellement ces essais. Son expérience est cruciale pour transformer cette “équipe fantôme”, qui n’a jamais disputé la moindre course, en une structure compétitive capable d’affronter des adversaires aguerris.
Un partenariat stratégique avec Ferrari pour les essais de la SF-23
La Ferrari SF-23, la monoplace 2023 de la Scuderia, a été prêtée à Cadillac pour l’occasion. Repaint en noir pour ces essais privés, la voiture garde son moteur Ferrari, dont la marque italienne sera le fournisseur officiel pour Cadillac en 2026 et 2027. Ce partenariat va bien au-delà d’un simple prêt de châssis : Ferrari fournira également les boîtes de vitesses et les suspensions à l’équipe américaine.
Cette collaboration a démarré avant même les essais, avec une journée de vérification technique mardi à Fiorano dirigée par Arthur Leclerc. Elle a permis à Ferrari de s’assurer du bon fonctionnement de la SF-23 avant de la confier à leurs futurs partenaires. Le choix d’Imola n’est pas anodin : situé à quelques kilomètres seulement de Maranello, le circuit permet une logistique optimale et un soutien technique rapide de la part de Ferrari.
Sergio Perez retrouve un volant de F1 après près d’un an d’absence
Pour Sergio Perez, ce test représente un retour aux sources. Renvoyé par Red Bull à la fin de la saison 2024, le Mexicain de 35 ans n’avait plus piloté de monoplace de Formule 1 depuis son ultime Grand Prix avec l’équipe autrichienne. Sa nomination chez Cadillac, annoncée dès l’été 2025, avait surpris certains observateurs, mais son expérience de plus de 250 Grands Prix disputés en fait un pilote idéal pour construire une nouvelle écurie.
Perez a dû passer par toutes les étapes classiques d’un pilote revenant à la compétition : test d’ajustement du siège à Maranello, mise au point des pédales, familiarisation avec les systèmes. Le pilote à la carrière longue de 15 saisons dans le paddock apporte une expertise unique, notamment sur la gestion des pneumatiques et l’économie de carburant, deux aspects qui deviendront encore plus critiques avec le nouveau règlement 2026.
Les véritables enjeux opérationnels des essais TPC
Loin d’être une simple séance de roulage promotionnelle, ces essais obéissent à un cadre réglementaire strict : les tests TPC (Test Previous Cars) autorisés par la FIA. Graeme Lowdon a insisté sur la nature pédagogique de l’opération : “Je pense que certaines personnes se trompent un peu en croyant que nous pourrions tirer un avantage quelconque en testant la voiture d’un autre. Mais ce n’est pas la voiture que nous testons, ce sont les gens.”
Cette philosophie se traduit concrètement par une approche méthodique. L’équipe ne cherche pas à améliorer les réglages de la SF-23 ou à comprendre son aérodynamique. Elle veut simplement apprendre à travailler ensemble autour d’une vraie monoplace, avec toutes les contraintes que cela impose : chaleur, bruit, pression temporelle, gestion des outils spécialisés.
Développer la mémoire musculaire du personnel technique
L’enjeu principal réside dans ce que Lowdon appelle la “mémoire musculaire” du personnel. Un mécanicien Formule 1 doit accomplir des gestes complexes sous pression, parfois en moins de deux secondes lors d’un arrêt aux stands. Ces automatismes ne s’acquièrent que par la répétition sur une vraie voiture. Savoir manipuler les couvertures chauffantes, gérer le ravitaillement, ou même simplement se déplacer dans un garage bondé sans gêner les opérations relève d’un savoir-faire que seule l’expérience concrète peut fournir.
La séquence des opérations est millimétrée : déballage des pièces, vérifications techniques, briefings d’ingénieurs, communication radio, gestion des données en temps réel. Chaque rôle, du mécanicien aux ingénieurs de piste en passant par les stratèges, doit trouver sa place et son rythme. Ces deux jours à Imola servent de premier dressage général avant les essais de pré-saison de janvier 2026, où les enjeux seront bien plus élevés.
Simuler un week-end de Grand Prix complet
Cadillac a mis en place un programme intensif qui reproduit fidèlement le déroulement d’une course. Les horaires sont calqués sur ceux d’un vrai week-end : briefings matinaux, séances de roulage de 9h à 17h avec pause méridienne, débriefings techniques en fin de journée. Les stratèges analysent les données comme si Perez disputait un vrai Grand Prix, les mécaniciens s’entraînent aux arrêts au stand, et les ingénieurs étudient la dégradation des pneus.
Cette simulation complète permet d’identifier les points de friction dans l’organisation. Est-ce que la communication entre le pit wall et le garage est fluide ? Les outils de mesure sont-ils calibrés correctement ? Les procédures de sécurité sont-elles respectées automatiquement ? Ces questions essentielles trouvent leurs réponses dès maintenant, ce qui évitera des erreurs coûteuses lors des premières courses de 2026.
Vers la F1 2026 : les enjeux d’un nouveau challenger
L’arrivée de Cadillac en 2026 s’inscrit dans un contexte réglementaire particulièrement favorable aux nouvelles écuries. Les changements majeurs dans les motorisations, avec une augmentation de la puissance électrique à 50% et l’introduction de carburant 100% durable, créent une opportunité pour un nouvel entrant de ne pas partir avec un handicap technique insurmontable.
Le budget plafond, désormais bien établi dans le paddock, permet également à Cadillac de planifier ses investissements avec une certaine prévisibilité. L’équipe américaine a annoncé des financements conséquents pour cinq ans, avec le soutien de General Motors et de Andretti, donnant à Graeme Lowdon les moyens de sa politique de recrutement.
Le duo Bottas-Perez : expérience et stabilité
Le choix de Sergio Perez et Valtteri Bottas comme pilotes titulaires pour 2026 ne relève pas du hasard. Les deux hommes totalisent plus de 450 Grand Prix à eux deux, avec sept victoires pour Perez et dix pour Bottas. Cette expérience collective est inestimable pour une écurie qui doit construire ses procédures de toutes pièces.
Bottas, encore sous contrat de pilote réserve chez Mercedes, ne pourra rejoindre Cadillac à plein temps qu’en janvier 2026. D’ici là, Perez porte seul le développement sur piste, ce qui explique sa présence à Imola. Le Finlandais, lui, suit de près les simulations et participe aux réunions stratégiques à distance, profitant de son expérience de huit saisons chez Mercedes pour apporter son expertise sur la gestion d’une écurie de pointe.
Les défis techniques du règlement 2026
Les nouvelles voitures de 2026 seront radicalement différentes : moteurs turbos V6 simplifiés mais avec une puissance électrique doublée, suppression du MGU-H, carburant synthétique à 100%, aérodynamique active avec système d’appui ajustable. Tous ces éléments rendront la SF-23 obsolète techniquement, mais l’expérience acquise sur les procédures restera entièrement valable.
Le calendrier serré de Cadillac est un défi de taille. Entre les essais d’Imola et les premiers essais de pré-saison en janvier 2026, l’équipe doit finaliser la conception de sa première monoplace, recevoir les premiers éléments de la Ferrari 2026, et continuer à former ses 200 employés répartis entre ses sites américains et européens. Chaque jour compte double dans cette course contre la montre.
Le test de Sergio Perez à Imola dans une Ferrari SF-23 prête à Cadillac Racing pour préparer la F1 2026 marque plus qu’une simple étape technique : c’est la première respiration d’une nouvelle écurie qui espère secouer les certitudes du paddock. Ces deux jours de roulage, supervisés par Graeme Lowdon et Peter Crolla, ont permis à une vingtaine de mécaniciens de développer les réflexes qui leur seront indispensables dès le Grand Prix inaugural de la saison prochaine.
Pour Perez, l’opération est une répétition générale avant de retrouver la compétition au plus haut niveau. Pour Cadillac, c’est la validation de mois de travail théorique. Et pour la F1, c’est l’arrivée imminente d’un nouveau challenger avec les moyens financiers et les ambitions de General Motors. Les premiers résultats sur piste seront scrutés avec attention lors des essais de janvier, mais ceux qui connaissent les coulisses savent que les vraies victoires se gagnent d’abord dans la préparation méthodique de chaque détail.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.