La saison 2025 de MotoGP s’inscrit comme l’une des plus complexes pour Brad Binder et KTM. Alors que les attentes étaient élevées après une année 2024 encourageante, les premiers mois de la saison ont révélé des difficultés majeures d’adhérence sur la KTM RC16, impactant la performance du Sud-africain et la compétitivité de l’écurie autrichienne. Pour un pilote prisée pour sa constance et sa capacité à maximiser chaque pneu, ces problèmes d’adhérence représentent une crise technique et stratégique qu’il faut analyser en profondeur.
Actuellement 11e au championnat avec seulement 118 points, Brad Binder voit son écart avec ses concurrents et surtout son coéquipier Pedro Acosta, qui totalise 215 points et trois podiums, s’accroître. La différence de performance n’est pas seulement une question de pilotage, mais aussi une problématique technique flagrante : la KTM RC16 semble souffrir d’un manque d’adhérence à l’avant et d’une instabilité à l’arrière, causant des vibrations de pneus et une perte de grip essentielle en course.
Les ingénieurs de KTM sont engagés dans une démarche active de développement pour remédier à ces soucis. Après les essais de Misano, plusieurs pièces ont été introduites en production, avec l’objectif d’améliorer la stabilité et l’équilibre global de la moto. Les premiers résultats ne sont pas encore spectaculaires, mais l’espoir demeure que cette évolution favorisera un regain d’adhérence dans la seconde moitié de saison, à mesure que les nouvelles pièces seront affinées et que le moteur GP24, attendu comme un élément clé, pourrait commencer à faire sentir ses effets.

Causes potentielles d’adhérence sur la KTM RC16 en 2025
Les difficultés d’adhérence de la KTM RC16 en cette saison 2025 s’expliquent par plusieurs leviers techniques et stratégiques :
- Les pneus : La gestion de la température, la composition et l’usure jouent un rôle crucial. La dégradation des pneus, surtout à l’avant, réduit la surface de contact, engendrant un understeer et une perte de grip.
- L’équilibre du châssis : Un déséquilibre entre la charge à l’avant et à l’arrière provoque des vibrations, surtout sous accélération ou en sortie de virages. KTM tente d’adopter un réglage plus “forgiving”, en ajustant notamment le rake et la répartition des masses.
- Les réglages de suspension : Le travail sur la suspension, en particulier sur la précharge, la compression et la détente, est essentiel pour maximiser le grip, mais leur optimisation est un processus fastidieux, surtout en compétition.
- Les conditions météo : La température ambiante et la piste influencent fortement l’adhérence. Sur piste chaude ou poussiéreuse, le grip chute rapidement, ce qui complique le travail des pilotes comme Binder.
- Les vibrations et la stabilisation de la roue arrière : La présence de vibrations est une indication de pneus mal équilibrés ou d’un cadre non optimal et peut introduire un effet de ‘slip’ et dégrader la sensation de grip.
Les tests réalisés lors du GP de Misano ont permis d’identifier que ces vibrations sont en partie liées à un réglage inadéquat de la suspension et à un impact du nouveau cadre mis en place pour optimiser l’assiette de la moto. Les ingénieurs travaillent aussi sur l’aérodynamique pour ajuster la charge à l’arrière, afin d’augmenter la pression sur le pneu et améliorer globalement l’adhérence.
Impact sur la performance de Brad Binder en course
Les effets de ces problèmes d’adhérence se traduisent tout d’abord par une perte de performance en qualification, où Binder peine à exploiter tous ses pneus au maximum. En course, le grip réduit limite la confiance dans la réception des virages rapides, ce qui pousse à réduire la vitesse de sortie ou à privilégier la stabilité au détriment du chrono.
Ce déficit de traction se voit dans la difficulté à réaliser des dépassements clean en fin de course, où l’accélération est cruciale. En Indonésie, par exemple, Brad a réussi à finir quatrième après un départ depuis la 15e position — un exploit qui montre que le potentiel est toujours là, mais que la constance fait défaut.
L’écart se creuse aussi avec ses principaux rivaux, leur permettant de capitaliser sur une meilleure explosivité en sortie de virage. Le départ en course devient un enjeu stratégique majeur pour KTM, puisque la moindre perte d’adhérence limite également la capacité à réagir face aux autres pilotes.
Réactions de KTM et de Brad Binder face à la crise
Malgré la frustration visible, Binder reste lucide : « L’irritation monte quand tu ne peux pas exploiter la moto comme tu le souhaites. » Mais il ne perd pas espoir et insiste sur la nécessité de continuer à tester et à ajuster. KTM, de son côté, a confirmé qu’ils avaient mis en place une série de modifications, notamment en production après les tests de Misano. La priorité est désormais d’affiner le réglage du châssis et de tester différentes configurations de suspension pour améliorer la stabilité.
Le constructeur mise également beaucoup sur le retour du moteur GP24 prévu pour la deuxième moitié de saison, en espérant que cet apport technique puisse faire basculer la balance. Lors des derniers essais, Francesco Bagnaia, pilote de pointe de l’usine Ducati, a montré que la nouvelle version du moteur pouvait transmettre une nouvelle dynamique, ce qui nourrit l’ambition de KTM de suivre cette tendance.
Les pilotes de l’usine comme Jack Miller ou Brad Binder témoignent d’un engagement total pour sortir de cette zone de turbulence technique. La collaboration étroite avec les ingénieurs est à son maximum pour transformer ces défis en opportunités.
Perspectives et solutions pour améliorer l’adhérence en 2025
Face à cette crise, KTM a élaboré une feuille de route pour faire basculer la saison en leur faveur. Parmi les solutions, on trouve :
- Optimisation du réglage de la suspension : toutes les configurations sont revisitées pour trouver un compromis idéal entre adhérence à l’avant et stabilité à l’arrière.
- Révision du cadre et intégration des nouvelles pièces en production pour réduire vibrations et amélioration de la répartition du poids.
- Amélioration du grip avec des pneus spécialement calibrés ou en testant différentes compositions, en lien avec leur fournisseur.
- Exploiter tout le potentiel du moteur GP24 pourvoir à la fois puissance et fiabilité.
Les essais de ces modifications se prolongent en parallèle des courses, avec une attention particulière pour l’équilibre entre performance pure et durabilité. L’objectif ultime reste de transformer les résultats médiocres en performances régulières, notamment en qualification et aux départs, là où le grip fait toute la différence.
L’avenir de Binder et KTM dépendra de leur capacité à faire évoluer la moto dans ces conditions extrêmes, tout en conservant une approche pragmatique. Avec un bon développement, la seconde moitié de saison pourrait réserver quelques surprises, peut-être même une remontée inattendue pour un pilote au talent indéniable.
Bilan et ce que ça signifie pour la suite
Les problèmes d’adhérence de la KTM RC16 en 2025, notamment pour Brad Binder, soulignent une vérité simple mais cruciale : en MotoGP, la performance ne réside pas exclusivement dans le pilote, mais dans l’ensemble de la machine et de l’équipe. La bonne nouvelle, c’est que KTM a prouvé sa capacité à inverser la tendance et à progresser rapidement.
Ce qui compte maintenant, c’est la capacité de l’équipe à continuer d’innover sous pression, en exploitant chaque petit gain technique qui pourrait faire la différence lors des prochaines courses. La remontée de Binder dans le classement dépendra largement de cette capacité à transformer ces problèmes en opportunités, tout comme sa résilience et son talent qui restent inchangés.
Le champion du futur, ou au moins un prétendant à la gagne, doit souvent faire face à des turbulences inattendues. La saison 2025 pourrait enfin révéler si KTM, avec Binder en tête, peut relever son défi et offrir à ses fans et à ses pilotes une fin d’année plus sereine et plus spectaculaire.
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.