Bastianini et KTM Tech3 : analyse de la pire saison MotoGP 2025

MotoGP

Alors que la saison 2025 de MotoGP tire sa révérence, une ombre plane sur le camp KTM Tech3 : la désillusion totale d’Enea Bastianini. L’Italien, autrefois surnommé “Bestia” pour sa fougue guerrière et ses remontées spectaculaires, a traversé une année marquée par la frustration, les doutes persistants et des résultats bien en deçà de ses ambitions. Terminer 14e du championnat, loin de son niveau affiché en 2024, soulève une question légitime : quels facteurs derrière la pire saison de Bastianini en MotoGP 2025 ont transformé un champion en ombre de lui-même ?

L’analyse de cette saison cauchemardesque révèle un cocktail détonnant de défis techniques, psychologiques et organisationnels. Au-delà des résultats crus, c’est toute une philosophie de pilotage qui s’est effritée semaine après semaine, plongeant le pilote de Gresini dans une spirale dont il n’est jamais parvenu à s’extirper complètement, malgré un bref sursaut estival qui n’a fait que souligner le gâchis total de l’année.

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Les difficultés chroniques en qualifications, principal facteur derrière la pire saison de Bastianini en MotoGP 2025

Le talon d’Achille d’Enea Bastianini en 2025 s’est révélé être les qualifications. Week-end après week-end, l’Italien s’est retrouvé piégé dans le fond du classement des séances de qualifs, condamnant ses courses d’avance. Son incapacité chronique à réaliser un tour lancé compétitif avec des pneus neufs est devenue une fatalité. Hervé Poncharal, le directeur de l’équipe Tech3, a souligné ce point noir en déclarant : “Nous connaissons son potentiel, il le démontre chaque dimanche, mais il pourrait obtenir des résultats encore meilleurs s’il arrivait à s’améliorer sur le tour lancé” source.

Les chiffres sont sans appel : sur 19 Grands Prix, Bastianini n’est parvenu à intégrer le top 10 de la grille que trois fois. Le reste du temps, il a pris le départ depuis les rangs 15 à 20, souvent coincé dans la Q1 face à des pilotes rapides qu’il ne parvenait pas à dépasser en qualification. Cette faiblesse a non seulement généré de la frustration mais a surtout rendu chaque course une épreuve de force inutile, où il devait déjà se battre pour ne serait-ce que récupérer des points.

La situation s’est aggravée après mi-saison. Après une parenthèse positive entre Brno et Barcelone, où il a accédé à la Q2 pendant quatre courses consécutives et décroché un podium libérateur en Catalogne, Bastianini est retombé dans ses travers à partir de Misano. “Depuis Misano, le vendredi est devenu un désastre. On n’arrive pas à être rapides et ça n’est pas qu’une question de vitesse, c’est vraiment une question de confiance”, a-t-il admis après les essais en Malaisie source.

La quête désespérée du feeling avec la KTM RC16

Un problème de confiance sur un tour lancé, facteur clé derrière la pire saison de Bastianini en MotoGP 2025

Le cœur du problème technique réside dans la gestion des pneus. Bastianini a répété à l’envie qu’il se sentait à l’aise avec le pneu medium en course, mais totalement perdu avec le pneu soft utilisé en qualifications et lors du sprint. “Quand on met le pneu soft à l’arrière, la moto me transmet l’inverse : pas de confiance, je ne peux pas attaquer”, a-t-il expliqué source.

Cette incapacité à exploiter le potentiel des pneus neufs a créé un cercle vicieux. Chaque échec en qualifications renforçait ses doutes, qui à leur tour affectaient davantage ses performances sur un tour lancé. L’observation d’Hervé Poncharal est éclairante : “Enea sait que les autres pilotes KTM s’améliorent de façon notable avec un train de pneus neufs, mais lui n’y arrive pas. C’est surtout une question de confiance” source.

L’ironie de la situation est que ses capacités de course restaient intactes. Le pilote a démontré un rythme de course régulièrement impressionnant, comme en témoignent ses remontées spectaculaires : six places gagnées à Barcelone, onze à Phillip Island, et une remontée de la 19e à la 7e place en Malaisie. Ces performances ont nourri le regret de ce qui aurait pu être si les qualifications avaient été à la hauteur.

La gestion des pneus et les réglages, facteurs techniques derrière la pire saison de Bastianini en MotoGP 2025

Le second pilier technique des difficultés de Bastianini concerne les réglages de sa KTM RC16. L’Italien a répété tout au long de l’année ressentir le besoin de “repartir de zéro” à chaque nouveau circuit. “Tous les vendredis, on se retrouve dans cette situation. J’ai l’impression de repartir de zéro et j’ai le sentiment d’en être revenu là”, a-t-il déploré source.

Cette instabilité de réglages s’est accompagnée d’une difficulté à trouver une base de travail fiable. Contrairement à ses coéquipiers qui semblaient capables d’affiner leur setup progressivement, Bastianini devait constamment procéder à des modifications radicales entre les séances. Cette approche “trial and error” as consumé un temps précieux durant les week-ends de course et l’a empêché de se concentrer sur la finesse de pilotage nécessaire en qualifications.

Le contraste était particulièrement douloureux avec Pedro Acosta, dont la progression fulgurante en fin de saison a mis en évidence le potentiel de la moto. “Pedro est très bon dans le time attack, il arrive à être très efficace. Ça veut dire que la moto permet d’être à ce niveau-là”, a reconnu Bastianini, conscient que le problème ne venait pas de la machine elle-même mais de l’interaction entre le pilote et la moto source.

L’instabilité technique et humaine, facteur organisationnel derrière la pire saison de Bastianini en MotoGP 2025

Le contexte humain n’a rien arrangé. Bastianini a perdu en cours de saison son ingénieur de confiance Alberto Giribuola, avec lequel il avait bâchi ses succès précédents. Cette séparation a entraîné une instabilité technique délétère. Son remplaçant, Xavi Palacin, a lui-même été contraint d’absenter pour raisons personnelles, laissant la place à Thomas Foale du test team KTM pour les dernières courses.

“Malheureusement, mon chef mécanicien actuel a eu des problèmes familiaux et il n’a donc pas pu être ici avec nous. On perd un petit quelque chose en termes d’efficacité parce qu’il faut tout le temps apprendre un travail différent”, a expliqué le pilote en Malaisie source.

Cette instabilité a fragilisé le processus de développement du pilote. Au lieu de bâtir une compréhension approfondie de la moto au fil des courses, Bastianini devait constamment réajuster sa communication avec des interlocuteurs différents. Cette situation a compromis la possibilité de capitaliser sur les progrès réalisés et a renforcé le sentiment de devoir tout recommencer à chaque Grand Prix.

La saison 2025 en chiffres : les indicateurs d’une débâcle totale

Les statistiques dressent un portrait sans concession de l’année de Bastianini :

  • 14e place au championnat pilotes avec seulement 89 points
  • Seulement 1 podium (Catalogne) contre des victoires et podiums multiples en 2024
  • Qualifications moyennes : 16e position sur la grille de départ
  • Accès à la Q2 : 6 courses sur 20 seulement
  • Places gagnées en course : +8,2 en moyenne, prouvant que la vitesse de course existait mais était neutralisée par les mauvaises qualifications

Le piège s’est refermé sur lui dès le premier jour de chaque week-end. Comme il l’a décrit lui-même : “C’est souvent arrivé, tous les week-ends. À l’exception de deux ou trois week-ends, c’est la tendance : un vendredi compliqué, un samedi qui l’est un peu moins et le dimanche, en course, où l’on est compétitifs” source.

Cette anomalie performance a créé une tension interne palpable. Bastianini n’a pas mâché ses mots en fin de saison : “Enchaîner les week-ends sans quitter la 18e place, c’est une défaite, vu mon niveau actuel. J’ai connu beaucoup de batailles perdues” source.

Les perspectives 2026 : peut-on corriger les facteurs derrière la pire saison de Bastianini en MotoGP 2025 ?

Malgré les difficultés, Bastianini aborde l’hiver 2025 avec la conscience claire de ses lacunes. “Oui, je pense que ce sera très important de progresser dans ce domaine pour moi. L’hiver va être très dur, franchement. J’en suis en tout cas conscient”, a-t-il noté en quittant Valence source.

Des changements structurels sont déjà programmés pour 2026. Le pilote italien aura un nouveau directeur technique en la personne d’Andres Madrid, jusqu’alors chez Brad Binder. Cette stabilité retrouvée, associée à l’arrivée de nouveaux éléments techniques testés à Valence, pourrait créer les conditions d’un rebond.

La clé sera de développer un feeling immédiat avec la moto sur un tour lancé. Bastianini le sait : “Il faut avoir les idées claires, alors que la situation n’était pas claire pour moi cette année”. Le travail portera sur la gestion des pneus neufs et la capacité à produire un chrono sans laisser la tension parasiter l’exécution.

Alors que KTM a confirmé maintenir sa confiance en lui pour 2026, le défi est immense. Les facteurs derrière la pire saison de Bastianini en MotoGP 2025 sont multiples et interconnectés : problème technique de base, défiance psychologique instaurée, instabilité organisationnelle, et difficulté à s’adapter aux exigences spécifiques de la KTM. La résolution de ces problèmes exigera un travail colossal durant l’inter-saison, mais aussi une remise en question personnelle de la part du pilote qui, à 27 ans, sait que son avenir dans la catégorie reine dépend de sa capacité à renaître de ses cendres. Si les remontées en course ont prouvé qu’il reste un guerrier, seule une révolution dans son approche des qualifications pourra lui permettre de retrouver les sommets qu’il occupait il n’y a pas si longtemps.

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.