Bagnaia lutte pour accepter sa nouvelle identité de pilote lambda
L’aveu d’un champion déboussolé
Dans une interview glaçante accordée à Motorsport.com, Bagnaia a reconnu publiquement ce que beaucoup observaient depuis des mois : il n’arrivait plus à admettre sa nouvelle réalité. “Après les quatre dernières saisons où un mauvais résultat était une troisième place, j’ai eu du mal à accepter la réalité de cette saison”, a-t-il confié avec une sincérité qui en dit long sur son état d’esprit.
Le paradoxe est cruel. Le champion qui avait pour habitude de se battre pour la victoire à chaque Grand Prix se retrouvait désormais à rechercher fébrilement un top 5. “Avant, un bon résultat, c’était gagner et un mauvais résultat, c’était finir troisième. Et maintenant, un bon résultat, c’est déjà finir dans le top cinq. J’ai donc dû changer un peu l’objectif”, a-t-il expliqué avec un mélange de résignation et de frustration.
Cette révision à la baisse de ses ambitions personnelle représente un traumatisme psychologique majeur pour un compétiteur de haut niveau. Bagnaia n’a pas hésité à qualifier 2025 de “pire saison” de sa carrière en MotoGP, une déclaration lourde de sens pour un pilote qui a connu les hauts et les bas avec l’ancienne GP20 de Ducati.
La difficile adaptation à la GP25
Le cœur du problème réside dans le sentiment de déconnexion totale avec la nouvelle Desmosedici GP25. Tout au long de la saison, Bagnaia a évoqué un manque de feeling qui le rendait méconnaissable sur la machine. “Honnetement, je n’ai pas été un bon adaptateur à ce que je n’aime pas. C’est mon point faible, et même si je travaille dessus, c’est difficile à améliorer”, a-t-il reconnu.
Cette difficulté d’adaptation s’est manifestée par des performances erratiques et des qualifications catastrophiques. Le champion italien a échoué à se qualifier pour le Q2 à de nombreuses reprises, un scénario impensable lors de ses années de gloire. Les seules éclaircies ont été les victoires à Austin et Motegi, mais ces performances isolées n’ont fait que souligner la difficulté constante du reste de la saison.
Le chiffre est sans appel : Bagnaia n’a pas marqué de points dans 18 de ses 44 courses en 2025, une statistique qui aurait été impensable pour le numéro 1 de Ducati il y a encore douze mois.
Le mystère technique de Motegi et la descente aux enfers
Le week-end parfait qui reste inexpliqué
Le Grand Prix du Japon à Motegi reste l’un des plus grands mystères de la saison 2025. Deux semaines après un week-end blanc à Misano, Bagnaia s’est subitement métamorphosé. Pole position avec record de la piste, victoire dans le sprint, victoire dominante en course. Le retour du roi.
“Honnetement, si quelqu’un peut un jour m’expliquer ce qui s’est passé à Motegi, je le récompenserai”, a déclaré Bagnaia avec un mélange d’amusement et de désespoir. “Parce que Motegi a été la première fois cette saison où je me suis senti de retour en 2024. J’étais capable de faire ce que je voulais avec ma moto, et le résultat était assez clair : le record du tour en qualification, puis gagner les deux courses avec une belle marge.”
Le sentiment de retrouver son niveau n’a duré qu’un week-end. La semaine suivante, en Indonésie, Bagnaia est retombé dans ses travers avec une 16e place sur la grille et des points d’admiration. “J’étais de retour à la réalité en Indonésie, et c’était peut-être le pire week-end que j’ai eu en MotoGP”, a-t-il admis.
Les incohérences du package GP25
Le problème technique semble lié à un comportement imprévisible de la moto. Bagnaia a décrit des phénomènes de vibrations et d’instabilité qui apparaissaient de manière aléatoire. “Depuis l’Autriche, j’ai commencé à avoir plus de mouvements sur la moto, et c’est assez difficile à comprendre d’où ça vient”, a-t-il expliqué.
Cette instabilité a rendu la moto parfois incontrôlable. L’Italien a dû fermer les gaz à plusieurs reprises pour éviter les crashes, mais pour l’équipe technique, la difficulté était de reproduire et analyser ces problèmes. Le comportement changeait d’un week-end à l’autre, voire d’une session à l’autre, rendant tout travail de développement quasi impossible.
Le paradoxe est que Marc Marquez, sur la même machine, a dominé le championnat de manière écrasante. Cette dissonance entre les performances des deux pilotes officiels Ducati a nourri les débats sur l’adaptabilité de Bagnaia et la capacité de la GP25 à accommoder différents styles de pilotage.
L’ère Marquez et la démonstration de force de Ducati
Une domination sans précédent
La saison 2025 appartiendra à Marc Marquez. Le nonuple champion du monde a remporté 11 courses de Grand Prix, 14 sprints et accumulé une avance de 78 points malgré avoir raté les quatre dernières courses suite à un crash. Une domination totale qui a mis en lumière les difficultés de Bagnaia.
Selon une analyse de Paddock GP, sans Marquez dans l’équation, le championnat 2025 aurait pris une tournure radically différente. Le titre revenait à Alex Marquez sur sa GP24, tandis que Bagnaia terminait loin derrière. Mais le chiffre le plus révélateur concerne les machines : la GP24 aurait remporté 10 courses contre seulement 3 pour la GP25.
Cette statistique pose un problème existentiel pour Ducati. La marque italienne s’est retrouvée confrontée à une question taboue : et si la Desmosedici ne gagnait que grâce à Marc Marquez ? La GP25, développée pour succéder à une GP24 ultra-dominante, s’est révélée capricieuse pour tous les pilotes sauf un.
La pression psychologique du “syndrome Stoner”
Bagnaia a lui-même souligné le problème : “La moto a un très grand potentiel parce que Marc l’a montré. Mais pour le reste, j’ai juste eu du mal.” Cette reconnaissance implique que le problème venait de lui, pas de la machine.
Cette situation a créé une pression psychologique intense sur Bagnaia. Comme l’a théorisé un expert du podcast Crash MotoGP, le champion italien souffre d’un “syndrome Stoner” : incapable d’exploiter le potentiel d’une machine que son coéquipier domine totalement. Cette comparaison avec l’époque où Casey Stoner dominait sur la Ducati ingérable par les autres pilotes est révélatrice des complexes de l’équipe actuelle.
Le vide laissé par Marquez, blessé en fin de saison, aurait dû permettre à Bagnaia de rebondir. Au lieu de cela, l’Italien a continué à sombrer, accumulant trois non-scores lors des quatre dernières courses de la saison.
Quel avenir pour Bagnaia en 2026 ?
Le cauchemar de la première course de l’année
La pression monte d’un cran pour la saison prochaine. Selon Paddock GP, le Grand Prix de Thaïlande 2026 pourrait devenir le GP le plus décisif de la carrière de Bagnaia. L’enjeu est simple et brutal : ne pas se faire battre par Marquez dès l’ouverture de saison.
Cette perspective alimente les rumeurs sur l’avenir du pilote italien chez Ducati. Son contrat court jusqu’à fin 2026, mais sa position de numéro 1 chez Borgo Panigale est sérieusement ébranlée. Les dirigeants de la marque se posent des questions légitimes sur leur duo de choc.
Bagnaia lui-même semble conscient que son avenir dépendra de sa capacité à s’adapter. “Ce qui est bien, c’est d’avoir clair dans mon esprit que j’ai toujours essayé de m’adapter et d’être compétitif. C’est quelque chose qui m’aidera dans le futur”, a-t-il déclaré.
Les conseils reçus pendant la tempête
Parmi la multitude de conseils reçus durant cette saison noire, Bagnaia a retenu deux principes essentiels. Le premier : profiter malgré tout. “Parfois, il vaut mieux oublier les problèmes et simplement profiter”, a-t-il expliqué. Le second : accepter la nouvelle réalité plutôt que de lutter contre.
Cependant, cet état d’esprit ne suffira pas pour 2026. Les rumeurs d’un possible départ vers Aprilia ou KTM persistent, même si Bagnaia a toujours affirmé son attachement à Ducati. Le vrai problème technique pourrait venir du dispositif de réglage de hauteur de selle de la GP25, trop radical pour son style de pilotage fluide.
Le climax de cette saga interviendra lors des tests hivernaux. Si Bagnaia parvient à trouver un feeling avec la moto, il pourrait renaître. Si l’incompréhension persiste, Ducati pourrait être tentée de miser sur un pilote plus en phase avec sa machine, comme le champion du monde en titre Marc Marquez.
Le MotoGP 2025 a révélé une vérité incontournable : même les champions les plus brillants peuvent sombrer quand la symbiose pilote-machine disparaît. Pour Bagnaia, la tâche est immense. Il doit non seulement retrouver sa vitesse, mais aussi reconquérir la confiance d’une usine qui a découvert un nouveau héros en la personne de Marc Marquez. L’hiver s’annonce très long pour le numéro 63.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.