La saison 2025 de MotoGP restera dans les mémoires comme l’une des plus difficiles de la carrière de Francesco Bagnaia. Le double champion du monde italien, habitué à dominer le championnat avec sa Ducati, se retrouve confronté à des difficultés inattendues avec la nouvelle GP25. Alors que l’année avançait, ses performances se sont progressivement dégradées, soulevant des questions sur l’adaptation du pilote à la nouvelle machine et sur les choix de développement de Ducati. Cette situation inattendue a déclenché de nombreuses spéculations dans le paddock, remettant en question la relation entre le pilote turinois et sa machine rouge emblématique.
Depuis le début de la saison, Bagnaia n’a cessé de répéter qu’il ne retrouvait plus les sensations qu’il avait avec la GP24. Les résultats parlent d’eux-mêmes : trois courses sans marquer de points sur les quatre dernières manches, un rythme de compétition en chute libre et une incapacité croissante à exploiter le potentiel de sa moto. Ce qui était censé être une saison de confirmation pour le champion en titre s’est transformé en un véritable cauchemar technique, mettant à rude épreuve sa résilience mentale et ses capacités d’adaptation.

Bagnaia lutte avec la Ducati GP25 : les problèmes de stabilité au cœur du problème
Les difficultés de Bagnaia avec la GP25 se cristallisent principalement autour d’un problème majeur : la stabilité. Des images en coulisses du Grand Prix d’Australie à Phillip Island ont révélé l’ampleur de la situation, montrant la Ducati du champion italien trembler violemment sur la ligne droite de départ-arrivée lors de la séance de warm-up. Ce phénomène, loin d’être anecdotique, compromet gravement la capacité du pilote à pousser la machine à ses limites.
Lors de cette course australienne, Bagnaia a fini par chuter alors qu’il occupait la 12e position, à quatre tours de l’arrivée. Le pilote a expliqué avoir perdu l’avant en tentant de pousser la moto au-delà de ses limites, une situation qu’il qualifie lui-même de désespérée. Cette instabilité chronique l’empêche de freiner tardivement, une technique pourtant centrale dans son style de pilotage qui lui avait valu ses deux titres mondiaux.
L’Italien a confié avoir exploré “chaque direction possible” pour comprendre l’origine de ses difficultés. Sa conclusion est sans appel : “La seule raison de mes difficultés est que cette moto a un ADN différent auquel je ne parviens toujours pas à m’adapter”, a-t-il déclaré avant la manche de Misano. Cette déclaration révèle un décalage fondamental entre les caractéristiques de la GP25 et son approche naturelle du pilotage.
Au fil des courses, la frustration de Bagnaia est devenue palpable. À Sepang, avant le Grand Prix de Malaisie, il a révélé que la situation s’était même aggravée : “Honnêtement, au début de la saison, j’étais plus ou moins le seul avec ce genre de problème. Maintenant, Franky Morbidelli commence aussi à avoir les mêmes.” Cette propagation des problèmes à d’autres pilotes Ducati soulève des interrogations sur la philosophie de développement de la GP25.
Le double champion du monde a également évoqué des facteurs qui échappent à son contrôle. Lors du Grand Prix d’Indonésie en octobre, il a fait référence de manière cryptique à “quelque chose hors de mon contrôle”, laissant planer le doute sur la nature exacte des problèmes rencontrés. Cette déclaration ambiguë a alimenté les théories selon lesquelles Ducati pourrait avoir orienté son développement dans une direction qui ne convient pas au style de Bagnaia.
Les circuits révélateurs : Bagnaia lutte avec la Ducati GP25 sur des pistes spécifiques
L’analyse des performances de Bagnaia en 2025 révèle que certains circuits ont été particulièrement problématiques pour le pilote italien. Phillip Island en Australie et Mandalika en Indonésie se sont avérés être de véritables cauchemars, deux pistes aux caractéristiques très particulières qui ont mis en lumière les faiblesses de la GP25.
À Phillip Island, considéré comme l’un des circuits les plus rapides et les plus exigeants du calendrier, l’instabilité de la Ducati a atteint son paroxysme. Franco Morbidelli, coéquipier chez VR46 Racing Team, a terminé 15e à distance, tandis que son équipier Fabio Di Giannantonio montait sur la deuxième marche du podium. Ce contraste illustre parfaitement comment certains pilotes parviennent à exploiter la GP25 tandis que d’autres, comme Bagnaia, sont en grande difficulté.
Le Grand Prix de Catalogne à Barcelone a marqué un autre point bas dans la saison du champion. Avec une 21e place sur la grille de départ, il s’agissait de sa deuxième pire qualification en carrière en MotoGP. Le circuit catalan, réputé pour son faible niveau d’adhérence, a amplifié les problèmes de la GP25, Bagnaia déclarant avoir “énormément lutté pour trouver du soutien à l’arrière”. Cette course a totalisé seulement 16 points sur deux week-ends consécutifs en Hongrie et en Espagne.
Paradoxalement, les tests de pré-saison à Sepang en février avaient été prometteurs pour l’Italien. “Lors du test ici, j’étais super compétitif. J’ai terminé le test à la deuxième place et les sensations étaient bonnes”, a-t-il rappelé avant la manche malaisienne. Cette déclaration souligne à quel point la situation s’est détériorée au fil de la saison, suggérant que les problèmes se sont aggravés avec l’usure et l’évolution de la moto.
Morbidelli, qui a commencé à rencontrer des difficultés similaires en fin de saison, a néanmoins tenté de relativiser : “À Mandalika et en Australie, nos problèmes étaient assez similaires, mais généralement pas. Deux circuits très particuliers, les deux derniers.” Cette analyse suggère que les problèmes pourraient être spécifiques à certains types de tracés, même si cela n’offre qu’un mince réconfort à Bagnaia qui a souffert sur une plus large variété de circuits.
L’ADN de la GP25 : Bagnaia lutte avec une philosophie de conception incompatible
Au cœur des difficultés de Bagnaia se trouve une inadéquation fondamentale entre son style de pilotage et la philosophie de conception de la GP25. Contrairement à la GP24 qu’il maîtrisait parfaitement, la nouvelle machine a été développée dans une direction qui ne correspond pas à ses préférences naturelles, notamment en matière de freinage et d’entrée en courbe.
Le pilote italien a construit sa carrière et ses deux titres mondiaux sur une technique de freinage tardif et agressif, exploitant la stabilité de la Ducati pour retarder au maximum le point de freinage. La GP25, avec ses caractéristiques modifiées, ne lui permet plus d’appliquer cette méthode avec la même efficacité. “J’ai essayé tout pour m’adapter à cette moto, mais pour le moment je continue à avoir des difficultés à le faire et les résultats sont là”, a-t-il confié à Misano.
Cette situation soulève une question fondamentale : Ducati a-t-il orienté le développement de la GP25 en fonction des préférences d’autres pilotes, notamment Marc Marquez qui a rejoint l’équipe officielle cette année ? Certains observateurs ont suggéré que l’arrivée de l’Espagnol, champion à huit reprises, aurait pu influencer les choix techniques de la marque bolognaise, créant une moto qui convient davantage au style de Marquez qu’à celui de Bagnaia.
Davide Tardozzi, directeur sportif de Ducati, a évoqué un manque de confiance de la part de Bagnaia pour pousser la moto. Cependant, cette interprétation semble réductrice au regard des explications techniques détaillées fournies par le pilote lui-même. “Certaines motos sont meilleures, certaines motos sont plus difficiles, mais cela dépend de la façon dont vous pouvez vous y adapter. Malheureusement, avec cette moto, je lutte davantage”, a-t-il expliqué.
La propagation des problèmes à d’autres pilotes Ducati, comme Morbidelli, suggère que les difficultés ne sont pas uniquement liées aux capacités d’adaptation de Bagnaia. Franco Morbidelli a confirmé avoir rencontré des problèmes similaires en Indonésie et en Australie : “En Australie, j’ai principalement lutté avec la stabilité de la moto. C’était le problème là-bas. Je ne pouvais pas obtenir un réglage stable qui me permettait d’entrer dans les virages comme je le voulais.”
La pression psychologique : quand Bagnaia lutte avec la Ducati GP25 et les attentes
Au-delà des aspects purement techniques, la dimension psychologique des difficultés de Bagnaia ne peut être ignorée. Le champion italien fait face à une pression immense, devant composer avec les attentes liées à son statut de double champion du monde tout en naviguant dans une saison cauchemardesque qui remet en question ses capacités d’adaptation.
Les théories sur l’impact de l’arrivée de Marc Marquez dans l’équipe ont été nombreuses. Certains critiques ont suggéré que Bagnaia aurait été déstabilisé par la présence du légendaire pilote espagnol, créant une dynamique psychologique défavorable. Cependant, Bagnaia a réfuté ces théories avec véhémence, insistant sur le fait que ses problèmes sont d’ordre technique et non mental.
Lors d’une conférence de presse récente, le Turinois a abordé la question de son état d’esprit : “Pour le moment, je ne veux pas dire que je suis heureux, je ne veux pas dire que je suis en colère. Je sais que je suis là pour gagner des courses, je suis dans l’équipe d’usine parce que je peux me battre pour la victoire. Pour le moment, le potentiel n’est pas là.” Cette déclaration mesurée reflète la maturité d’un pilote qui refuse de céder à la panique malgré des résultats décevants.
La gestion des attentes est devenue un exercice d’équilibriste pour Bagnaia. À Misano, circuit où il espérait rebondir sur son sol natal, il a adopté un discours plus réaliste : “Une victoire serait fantastique, mais je suis plus réaliste et je vise un top cinq dimanche.” Cette approche pragmatique contraste avec l’ambition naturelle d’un champion habitué à viser la victoire à chaque course.
Les difficultés prolongées ont également affecté sa confiance dans la communication avec l’équipe. Le pilote a évoqué à plusieurs reprises le fait d’avoir exploré “chaque direction possible” sans trouver de solution miracle, suggérant une certaine frustration dans le processus de développement. Cette situation rappelle celle d’autres champions ayant connu des baisses de régime soudaines, comme cela a pu être le cas dans d’autres disciplines du sport automobile.
Les solutions tentées : comment Bagnaia lutte avec la Ducati GP25 en cherchant des réponses
Face à ces difficultés persistantes, Bagnaia et son équipe ont multiplié les approches pour tenter de résoudre l’équation de la GP25. Chaque week-end de course est devenu un laboratoire d’expérimentations, avec des réglages modifiés et des philosophies de pilotage adaptées, mais sans succès véritablement concluant jusqu’à présent.
L’Italien a admis avoir travaillé “de manière différente” avec ses ingénieurs pour trouver une solution. Cette nouvelle approche implique probablement des compromis sur certains aspects de la performance pour privilégier la stabilité et la prévisibilité du comportement de la moto. Cependant, ces ajustements n’ont pas encore permis de retrouver le niveau de compétitivité attendu d’un pilote d’usine Ducati.
Les essais et séances d’entraînement sont devenus cruciaux dans la stratégie de Bagnaia. À Sepang, il a déclaré : “Nous avons planifié le début du week-end avec de bonnes idées. Voyons voir. Nous n’avons pas besoin d’être trop gourmands, juste prendre les choses avec plus de calme, et voir session par session si nous pouvons nous améliorer.” Cette approche méthodique reflète une volonté de reconstruire progressivement sa performance plutôt que de chercher un miracle instantané.
L’analyse comparative avec d’autres pilotes Ducati est également devenue un outil important. Le fait que Morbidelli rencontre désormais des problèmes similaires offre à Ducati davantage de données pour comprendre l’origine des instabilités. “Si nous, les pilotes, commençons à avoir les mêmes problèmes, cela peut devenir un problème pour Ducati. Nous essayons donc de travailler différemment pour trouver une solution”, a expliqué Bagnaia.
Des modifications techniques sont également à l’étude, bien que les détails précis restent confidentiels. Certains observateurs ont suggéré que Bagnaia pourrait devoir passer à une configuration complète GP25, abandonnant certains éléments de la GP24 qu’il pourrait encore utiliser. Cette “moto Frankenstein”, comme certains l’ont surnommée, pourrait être à l’origine d’incohérences dans le comportement global de la machine.
Les implications pour Ducati : quand Bagnaia lutte avec la Ducati GP25, c’est toute l’écurie qui en pâtit
Les difficultés de Bagnaia avec la GP25 dépassent largement le cadre personnel du pilote pour devenir un enjeu stratégique majeur pour Ducati. Voir son champion en titre et double vainqueur du championnat en difficulté remet en question la philosophie de développement de la marque italienne et soulève des interrogations sur ses choix futurs.
La situation est d’autant plus préoccupante pour Ducati que d’autres pilotes commencent à rapporter des problèmes similaires. Cette propagation des difficultés suggère un problème systémique plutôt qu’une simple inadéquation entre un pilote et sa machine. Luigi Dall’Igna, directeur général de Ducati Corse, se trouve face à un dilemme : continuer dans la direction prise avec la GP25 ou effectuer des ajustements qui pourraient bénéficier à Bagnaia mais potentiellement désavantager d’autres pilotes.
L’arrivée de Marc Marquez dans l’équipe officielle a inévitablement modifié l’équilibre interne. Certaines analyses ont spéculé sur un “basculement de pouvoir” au sein de Ducati, avec un développement qui favoriserait désormais le style de l’Espagnol. Cette théorie, bien que non confirmée officiellement, est alimentée par le contraste entre les performances respectives des deux pilotes en 2025.
Pour Ducati, l’enjeu dépasse le championnat 2025. La marque doit prouver qu’elle peut soutenir efficacement ses pilotes, quelle que soit leur approche du pilotage. La réputation de Ducati en tant que constructeur capable de fournir une moto gagnante à différents styles de pilotes est en jeu. Les difficultés de Bagnaia pourraient influencer les négociations futures avec d’autres pilotes talentueux hésitant à rejoindre la marque.
Sur le plan commercial et marketing, voir son champion en difficulté est également problématique. Bagnaia a été le visage des succès récents de Ducati, et ses problèmes actuels ternissent cette image de domination. Les sponsors et partenaires de la marque scrutent attentivement la situation, conscients que les performances en piste se traduisent directement en visibilité et en retour sur investissement.
La lutte de Francesco Bagnaia avec la Ducati GP25 en 2025 représente bien plus qu’une simple baisse de forme passagère. Elle illustre les défis complexes du développement en MotoGP moderne, où l’évolution d’une machine peut transformer un champion dominant en pilote en difficulté. Les problèmes de stabilité chroniques, l’inadéquation entre le style de pilotage de Bagnaia et l’ADN de la GP25, ainsi que la pression psychologique d’une saison décevante ont créé une tempête parfaite qui continue de déstabiliser le double champion du monde.
Les prochaines courses seront déterminantes pour l’avenir de cette relation entre Bagnaia et Ducati. Si des solutions techniques peuvent être trouvées, le champion italien pourrait encore sauver sa saison et retrouver le niveau qui a fait de lui l’un des meilleurs pilotes de sa génération. Dans le cas contraire, Ducati devra sérieusement reconsidérer sa philosophie de développement pour s’assurer qu’elle peut accommoder différents styles de pilotage. Pour le moment, la question reste ouverte : Bagnaia parviendra-t-il à s’adapter à la GP25, ou est-ce à Ducati de modifier sa machine pour retrouver le pilote qui lui a offert deux titres mondiaux consécutifs ? La réponse à cette question déterminera non seulement la fin de saison 2025, mais également la dynamique future de l’une des équipes les plus prestigieuses du MotoGP.
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.