L’avenir d’Ott Tänak chez Hyundai Motorsport demeure l’une des questions les plus brûlantes du Championnat du Monde des Rallyes alors que la saison 2025 touche à sa fin. Le champion du monde 2019, pilier de l’équipe coréenne cette année, n’a toujours pas confirmé ses intentions pour 2026. Cette incertitude pousse naturellement Hyundai à envisager des solutions alternatives pour maintenir sa compétitivité face à la domination de Toyota. Les négociations semblent complexes, et le directeur sportif Andrew Wheatley a admis que l’Estonien représente “un défi” dans les discussions contractuelles actuelles.
Alors que Thierry Neuville et Adrien Fourmaux sont pratiquement assurés de poursuivre avec l’équipe coréenne, le futur d’Ott Tänak reste incertain, ce qui oblige Hyundai à préparer un plan de secours. Dans un contexte où le constructeur investit massivement dans son département technique pour combler son retard, la composition de son trio de pilotes devient un enjeu stratégique majeur pour les ambitions 2026.

Les options de Hyundai en cas de départ d’Ott Tänak pour le WRC 2026
Face à l’incertitude entourant la présence de Tänak en 2026, Hyundai doit impérativement identifier des alternatives crédibles. L’équipe coréenne ne peut se permettre de se retrouver sans un pilote de haut niveau capable de rivaliser avec les meilleurs, surtout après une saison 2025 difficile marquée par une seule victoire en Rally1. La recherche d’un remplaçant potentiel s’avère cependant complexe dans un marché des pilotes déjà bien verrouillé.
Plusieurs noms circulent dans le paddock comme solutions possibles. Andreas Mikkelsen, qui a effectué plusieurs apparitions cette saison avec Hyundai en tant que troisième pilote, représente une option évidente. Le Norvégien connaît parfaitement la i20 Rally1 et a démontré sa rapidité lors de ses participations, notamment au Rallye de Sardaigne où il a signé des temps scratch. Son expérience et sa disponibilité en font un candidat naturel pour combler un éventuel vide laissé par Tänak.
Esapekka Lappi constitue une autre piste sérieuse pour Hyundai. Le Finlandais, qui a brillé par intermittence cette saison avec différentes équipes, possède le talent et l’expérience nécessaires pour évoluer au plus haut niveau. Sa connaissance des Rally1 hybrides et sa capacité à s’adapter rapidement à différentes voitures plaident en sa faveur. Cependant, son statut de pilote sans contrat longue durée pourrait compliquer les négociations.
La promotion d’un jeune talent issu du WRC2 pourrait également être envisagée, bien que plus risquée. Cette stratégie permettrait à Hyundai d’investir dans l’avenir tout en réduisant potentiellement ses coûts salariaux. Néanmoins, l’équipe coréenne a besoin de résultats immédiats pour justifier son engagement financier dans le championnat, ce qui rend cette option moins probable à court terme.
La complexité des négociations avec Ott Tänak selon Hyundai
Les déclarations d’Andrew Wheatley révèlent toute la difficulté de la situation actuelle. Le directeur sportif a explicitement mentionné que “c’est lui qui représente un défi” en parlant de Tänak, soulignant que les deux autres pilotes sont “clairement engagés dans le programme”. Cette franchise inhabituelle dans le monde du sport automobile témoigne de la frustration de l’équipe face à l’indécision de l’Estonien.
La dimension personnelle joue un rôle crucial dans ces tractations. Wheatley a évoqué les défis liés à l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, particulièrement pertinents pour un pilote de 38 ans dont la famille s’agrandit. “Quand vous passez votre temps à voyager entre les essais et les rallyes et que votre famille s’agrandit, ce n’est pas facile à gérer”, a-t-il expliqué lors du Rallye du Japon. Cette dimension humaine complique considérablement la planification de l’équipe.
Le facteur compétitif entre également en ligne de compte. Tänak est animé par un désir profond de victoire, et la saison 2025 décevante de Hyundai n’a pas aidé à le convaincre de rester. Avec une seule victoire à son actif en Grèce, l’Estonien pourrait légitimement s’interroger sur la capacité de l’équipe à lui fournir une voiture gagnante en 2026. Cette question de performance devient centrale dans ses réflexions.
Les récentes annonces concernant le potentiel départ de Tänak du WRC à temps plein ajoutent une couche supplémentaire de complexité. Si le pilote estonien envisage effectivement de réduire son engagement dans le championnat, Hyundai devra rapidement s’adapter à cette nouvelle réalité et restructurer son approche pour 2026. Les investissements massifs prévus dans le département technique nécessitent une stabilité de l’équipe de pilotes pour porter leurs fruits.
L’engagement de Cyril Abiteboul pour retenir Ott Tänak chez Hyundai
Cyril Abiteboul, président de Hyundai Motorsport, ne cache pas son désir de conserver Tänak dans l’équipe. “Je ne fais absolument aucun secret du fait que je voudrais qu’Ott continue – je pense qu’il n’y a que de grandes choses à venir de cette combinaison”, a-t-il déclaré à DirtFish. Cette insistance publique démontre l’importance accordée au pilote estonien dans la stratégie 2026 du constructeur coréen.
Le dirigeant français adopte une perspective à long terme sur le partenariat avec Tänak. Il a analysé que la première année fut “une opportunité manquée” car le pilote n’était “probablement pas tout à fait prêt pour l’équipe”, tandis que cette année, “la voiture n’était pas tout à fait prête pour lui”. Abiteboul mise sur la troisième année comme celle où l’investissement portera enfin ses fruits, suivant une logique bien établie dans le rallye.
Les promesses d’amélioration technique constituent un argument majeur dans le plaidoyer d’Abiteboul. L’arrivée de Sébastien Metz comme directeur des opérations et de Massimo Carriero comme responsable de l’ingénierie témoigne de la volonté de Hyundai de combler son retard sur Toyota. Ces recrutements de haut niveau visent directement à rassurer Tänak sur les ambitions futures de l’équipe et sa capacité à fournir une voiture compétitive.
Malgré cet optimisme affiché, Abiteboul reconnaît que la décision finale appartient à Tänak. “À la fin de la journée, il doit le vouloir autant que nous le voulons”, a-t-il admis. Cette reconnaissance de la part du président de Hyundai Motorsport souligne le respect porté au champion 2019 et sa liberté de choix, tout en plaçant l’équipe dans une position d’attente inconfortable. La franchise d’Abiteboul contraste avec les communications habituellement plus feutrées du monde du rallye.
Les renforcements techniques de Hyundai pour convaincre ses pilotes WRC
Le recrutement de personnalités expérimentées comme Massimo Carriero et Sébastien Metz représente un signal fort envoyé par Hyundai au marché et à ses pilotes. Carriero, qui a notamment travaillé avec Tänak chez M-Sport, apporte une connaissance approfondie du pilote estonien et de ses exigences techniques. “Je connais particulièrement bien Massimo depuis longtemps. J’ai travaillé avec lui chez M-Sport et c’est vraiment quelqu’un de très dynamique, dont notre équipe a grandement besoin en ce moment”, a déclaré Tänak selon Motorsport.com.
Ces nominations interviennent dans un contexte d’analyse approfondie des faiblesses de la i20 Rally1 en 2025. Tänak a identifié les épreuves sur asphalte comme le principal point faible de la voiture coréenne, un domaine où Toyota a excellé tout au long de la saison. “Le bitume a été notre point faible, que nous devons corriger pour que ça fonctionne l’année prochaine”, a-t-il souligné. Les nouveaux responsables techniques auront donc la mission cruciale de résoudre ces problèmes avant le début de la campagne 2026.
L’investissement dans les ressources humaines s’accompagne d’une volonté d’allouer davantage de moyens au développement de la voiture. Hyundai a pris conscience qu’il ne suffisait pas d’avoir des pilotes talentueux comme Neuville, Fourmaux et potentiellement Tänak si le matériel ne suivait pas. Cette prise de conscience tardive explique en partie les difficultés de l’équipe cette saison et la détermination affichée pour 2026.
La réorganisation structurelle vise également à améliorer la cohésion entre les différents départements de l’équipe. Un meilleur flux d’informations entre les pilotes, les ingénieurs et la direction devrait permettre un développement plus efficace de la voiture. Cette approche holistique pourrait faire la différence dans un championnat où les écarts entre les constructeurs se jouent souvent sur des détails. Pour Tänak, ces changements représentent peut-être l’argument décisif qui le convaincra de rester, à condition qu’ils se traduisent rapidement par des résultats tangibles sur les spéciales.
Les alternatives limitées pour Ott Tänak en dehors de Hyundai
L’analyse du marché des pilotes révèle que les options de Tänak en dehors de Hyundai sont singulièrement restreintes. Toyota, leader du championnat, possède déjà un line-up solide avec Elfyn Evans, Sébastien Ogier en programme partiel, et Kalle Rovanperä qui reviendra à temps plein. L’Estonien lui-même a reconnu cette réalité : “Si vous regardez le tableau d’ensemble et voyez l’alignement que Toyota possède, il n’y a eu aucun besoin de leur côté de regarder ailleurs. Ils sont très, très bien couverts.”
Un retour chez M-Sport, l’équipe avec laquelle Tänak a remporté son titre mondial en 2019, semble également peu probable. L’équipe britannique traverse des difficultés financières et ne peut rivaliser avec les budgets de Hyundai ou Toyota. De plus, la Ford Puma Rally1 n’a pas démontré le même niveau de compétitivité que les i20 et GR Yaris cette saison, rendant cette option peu attractive pour un pilote de l’envergure de Tänak.
La possibilité d’un programme partiel, sur le modèle de ce que fait Sébastien Ogier chez Toyota, pourrait représenter un compromis intéressant. Cette formule permettrait à Tänak de maintenir un lien avec le WRC tout en réduisant la charge de voyages et en passant plus de temps avec sa famille. Cependant, Hyundai a clairement besoin d’un pilote à temps plein pour maximiser ses chances de succès en 2026, rendant cette solution peu compatible avec les attentes de l’équipe.
L’hypothèse d’une pause complète du WRC, voire d’une retraite du championnat à temps plein, ne peut être écartée. À 38 ans, Tänak pourrait légitimement considérer d’autres projets, que ce soit dans d’autres disciplines du sport automobile ou en dehors de la compétition. Cette perspective, bien que déchirante pour les fans du rallye, serait cohérente avec ses récentes déclarations évasives sur son avenir et les commentaires de Wheatley concernant l’équilibre vie privée-vie professionnelle.
La situation autour d’Ott Tänak et de son avenir chez Hyundai illustre parfaitement les défis auxquels font face les équipes de WRC dans la gestion de leurs effectifs. Le plan B que doit préparer l’équipe coréenne, bien que nécessaire d’un point de vue stratégique, reste largement théorique tant les alternatives crédibles sont limitées sur le marché actuel. Andreas Mikkelsen et Esapekka Lappi représentent des options viables, mais aucun ne possède le palmarès et l’expérience du champion 2019.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour l’avenir du Championnat du Monde des Rallyes. La décision de Tänak aura des répercussions bien au-delà de Hyundai, influençant potentiellement l’ensemble du marché des pilotes pour 2026. Si l’Estonien choisit de rester, Hyundai pourra se concentrer pleinement sur son développement technique avec un trio de pilotes expérimentés. Dans le cas contraire, l’équipe devra rapidement activer son plan B et convaincre un remplaçant de rejoindre un projet en reconstruction, un défi qui pourrait s’avérer aussi complexe que de retenir Tänak lui-même.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.