Fernando Alonso a une fois de plus fait preuve de sa franchise légendaire après le Grand Prix des États-Unis à Austin. Le pilote espagnol a ouvertement affirmé qu’Aston Martin possède actuellement la huitième, voire la neuvième voiture la plus rapide du plateau de Formule 1. Ces déclarations, loin d’être anodines, ont suscité une réaction mesurée mais ferme de la part de l’équipe, incarnée par son directeur sportif Mike Krack. Cette situation met en lumière les difficultés persistantes de l’écurie britannique, qui peine à capitaliser sur ses ambitions de redevenir compétitive au sommet de la hiérarchie.
Le double champion du monde espagnol n’a pas mâché ses mots après avoir terminé dixième du Grand Prix d’Austin, marquant un seul petit point. Sa frustration était palpable, reflétant une tendance inquiétante observée tout au long du week-end texan : une dégradation progressive de la performance de l’AMR25 au fil des sessions. Cette franchise brutale d’Alonso, bien que parfois inconfortable pour l’équipe, témoigne de son engagement envers Aston Martin et de sa volonté de provoquer un électrochoc nécessaire.
La déclaration fracassante d’Alonso après le Grand Prix d’Austin
Le week-end d’Austin a parfaitement illustré la descente aux enfers progressive d’Aston Martin. Fernando Alonso était quatrième lors de la première séance d’essais libres du vendredi, un résultat encourageant qui laissait entrevoir de bonnes perspectives pour la suite. Cependant, cette promesse initiale s’est rapidement estompée. Sixième lors de la qualification sprint, l’Espagnol a ensuite vu ses performances se dégrader continuellement jusqu’à la course principale du dimanche.
“Sur tous nos critères, nous sommes la huitième équipe la plus rapide”, a déclaré Alonso avec une franchise désarmante après les qualifications du samedi. Le vétéran de 43 ans a ensuite enfoncé le clou après la course dominicale en révisant son estimation à la baisse : “Probablement que nous sommes neuvièmes aujourd’hui.” Cette auto-évaluation sévère reflète l’analyse interne d’Aston Martin, basée sur les données de performance pure, indépendamment des circonstances de course.
L’ironie de la situation n’a pas échappé à Alonso, qui a plaisanté sur le fait qu’il était “heureux que le week-end ne dure que trois jours”. Il a poursuivi avec humour : “Si le vendredi nous sommes très rapides, le samedi à moitié rapides, et le dimanche nous luttons encore plus… Si le week-end durait jusqu’au lundi, nous serions encore pires !” Cette boutade masque à peine une préoccupation légitime concernant la fenêtre de fonctionnement capricieuse de la monoplace britannique.
Le tableau dressé par le pilote asturien est particulièrement sombre lorsqu’il compare Aston Martin aux autres écuries du milieu de peloton. Selon lui, Haas est “clairement devant nous”, Sauber également, et Williams évolue “dans une autre ligue”. Alpine semble être la seule équipe qu’Alonso identifie comme potentiellement moins performante. Cette hiérarchie place Aston Martin dans une position inconfortable pour une écurie qui a investi massivement pour retrouver les sommets.
La performance en course d’Alonso à Austin a confirmé ses craintes. Bien qu’il ait réussi à maintenir sa dixième position, il a passé l’intégralité de la course à retenir Liam Lawson et sa Racing Bulls, qui est restée à moins d’une seconde pendant la majorité des 56 tours. Pendant ce temps, Nico Hulkenberg s’est échappé à plus de 14 secondes devant lui, une démonstration claire du déficit de rythme dont souffre l’AMR25 en configuration de course. Même les deux abandons devant lui – celui de Carlos Sainz et les difficultés de Kimi Antonelli – n’ont pas permis à Alonso de grimper au classement au-delà de cette dixième place.
La réponse diplomatique mais ferme de Mike Krack
Face aux déclarations acerbes de son pilote vedette, Mike Krack a choisi une approche diplomatique mais non dénuée de substance. Le directeur sportif d’Aston Martin n’a pas directement contredit l’évaluation d’Alonso, mais a souligné la complexité de l’analyse de performance lors d’un week-end de sprint comme celui d’Austin. Sa réponse témoigne d’une volonté de contextualiser les résultats plutôt que de les nier.
“Nous devons examiner ces analyses en détail”, a expliqué Krack après la course. “Certains utilisent des pneus tendres, d’autres des pneus durs, d’autres encore des pneus mediums. Nous devons passer en revue ces chiffres, voir qui a eu du trafic, qui a eu le DRS et toutes ces sortes de choses, avant de pouvoir vraiment dire où nous nous situons en termes de rythme.” Cette réponse méthodique illustre l’approche analytique du Luxembourgeois, qui refuse de tirer des conclusions hâtives.
Le responsable technique a également rappelé que la performance d’une monoplace varie considérablement selon les caractéristiques des circuits. “Il y a des courses, des circuits où nous performons mieux, il y a des circuits où la voiture a des forces et des faiblesses, comme toutes les autres voitures”, a-t-il souligné. Krack a cité en exemple Budapest, où Aston Martin a montré un visage plus compétitif, par opposition à Bakou, où l’équipe a clairement souffert. Cette variabilité de performance constitue l’un des principaux défis de l’écurie britannique.
Le directeur sportif n’a cependant pas remis en question la légitimité des préoccupations d’Alonso. Au contraire, il a reconnu implicitement que l’équipe devait progresser : “Le défi sur la saison, c’est d’en tirer le maximum et de marquer des points quand on le peut et de faire du mieux qu’on peut.” Cette formulation suggère une acceptation tacite que l’AMR25 n’est effectivement pas au niveau espéré, tout en soulignant l’importance de l’optimisation dans les circonstances actuelles.
La stratégie d’Aston Martin à Austin a également été évoquée par Krack pour nuancer le bilan. Lance Stroll, le coéquipier d’Alonso, a réussi à remonter de la 19e position sur la grille (suite à une pénalité) jusqu’à la 12e place, en optant pour une stratégie audacieuse à un seul arrêt débutant sur pneus tendres. Cette performance, bien que loin d’être spectaculaire, démontre que l’équipe peut encore extraire des résultats corrects avec les bonnes décisions stratégiques et un peu de créativité.
Krack a également souligné la nature perturbatrice du format sprint, qui limite le temps de préparation et peut fausser l’ordre établi. La présence de rookies sur le circuit, qui ont besoin de temps pour apprendre la piste, et les différentes stratégies de composés de pneus ont également ajouté du “bruit” dans les données de performance. Pirelli avait d’ailleurs introduit un “écart” important entre les composés durs, que peu d’équipes ont utilisés en dehors des essais libres, rendant les comparaisons directes plus difficiles.
Les défis persistants d’Aston Martin en course par rapport aux qualifications
L’un des aspects les plus préoccupants révélés par les déclarations d’Alonso concerne l’écart de performance entre les qualifications et la course. “En qualifications, nous étions plus forts, c’est sûr, par rapport au rythme de course”, a-t-il admis. Cette tendance, qui s’est répétée à plusieurs reprises au cours de la saison 2025, suggère des problèmes fondamentaux avec la gestion des pneus ou l’équilibre de la voiture sous charge carburant.
Le phénomène observé à Austin n’est malheureusement pas isolé. Alonso a souligné que “cela s’est déjà produit plusieurs fois cette année” et qu’il fallait “construire un élan dans les cinq dernières courses étape par étape et arriver dans une position forte pour le dimanche”. Cette observation met en évidence un défi technique complexe : l’AMR25 semble capable de réaliser un tour rapide isolé, mais manque de consistance et d’endurance sur les longues courses.
Les données de la course d’Austin corroborent cette analyse. Alonso a perdu deux positions au départ face à Nico Hulkenberg et Yuki Tsunoda, les récupérant uniquement grâce à l’accident entre Sainz et Antonelli. Par la suite, il n’a jamais été en mesure de menacer les voitures devant lui, tandis que Lawson, pourtant dans une Racing Bulls théoriquement moins performante, est resté constamment dans sa roue. Ce manque de rythme en course représente un handicap majeur pour marquer des points de manière régulière.
L’équipe technique d’Aston Martin est pleinement consciente de ce problème. Les ingénieurs de l’écurie basée à Silverstone travaillent d’arrache-pied pour comprendre pourquoi la voiture se comporte différemment entre le samedi et le dimanche. Plusieurs hypothèses sont explorées : une fenêtre de fonctionnement des pneus trop étroite, un équilibre aérodynamique qui se dégrade avec une charge de carburant plus importante, ou encore des problèmes de gestion thermique qui n’apparaissent qu’en course.
Cette problématique a des implications directes sur la stratégie de développement pour 2026, année cruciale avec l’arrivée de la nouvelle réglementation technique. Adrian Newey, qui rejoindra officiellement l’equipe, aura notamment pour mission d’identifier et de résoudre ces faiblesses structurelles. En attendant, Alonso a appelé l’équipe à “trouver un peu de rythme pour le Mexique”, prochain rendez-vous du championnat, tout en gardant un œil sur l’avenir.
Les perspectives pour Aston Martin jusqu’à la fin de la saison 2025
Avec cinq courses restantes au calendrier 2025, Aston Martin se trouve à un moment charnière de son projet à long terme. L’écurie occupe actuellement une position inconfortable au championnat constructeurs, loin des ambitions affichées en début de saison. Les investissements massifs réalisés par le propriétaire Lawrence Stroll, notamment avec la construction d’une nouvelle usine ultramoderne et le recrutement de talents clés, n’ont pas encore porté leurs fruits sur la piste.
Alonso, dans ses déclarations post-Austin, a insisté sur la nécessité de “construire un élan” lors des dernières manches. Cette approche pragmatique reconnaît que la saison 2025 est essentiellement perdue en termes d’objectifs de podiums réguliers, mais que chaque donnée collectée et chaque amélioration incrémentale sera précieuse pour le développement de la monoplace 2026. Le vétéran espagnol, qui a prolongé son contrat avec l’équipe, croit toujours au projet à long terme malgré les difficultés actuelles.
Les circuits restants au calendrier présentent des profils variés qui pourraient offrir à Aston Martin des opportunités de rebondir. Le Mexique, avec son altitude élevée, modifie considérablement les paramètres aérodynamiques et pourrait jouer en faveur ou en défaveur de l’AMR25 selon comment la voiture réagit à la densité de l’air réduite. Le Brésil et Las Vegas offriront également des défis distincts qui permettront à l’équipe d’affiner sa compréhension de la fenêtre de performance de la voiture.
Mike Krack et son équipe technique adoptent une approche méthodique pour extraire le maximum de la situation actuelle tout en préparant l’avenir. L’arrivée imminente d’Adrian Newey apporte un regain d’optimisme, même si le légendaire concepteur ne pourra influencer significativement la monoplace 2025. Son impact se fera sentir surtout sur le projet 2026, année où Aston Martin bénéficiera également d’une motorisation Honda en exclusivité.
Les efforts de développement ne s’arrêtent pas pour autant. Aston Martin a introduit sept améliorations à Austin, bien que leur effet n’ait pas été immédiatement visible dans les résultats. Cette cadence de développement soutenue témoigne de la détermination de l’équipe à ne pas abandonner la saison en cours. Chaque évolution testée en piste fournit des données essentielles pour valider ou infirmer les outils de simulation et de soufflerie, un processus fondamental pour construire une voiture compétitive pour 2026.
La franchise d’Alonso concernant la position d’Aston Martin au sein de la hiérarchie de la Formule 1 n’est pas une critique destructrice, mais plutôt un appel à la lucidité et à l’action. En affirmant sans détour qu’Aston Martin possède la huitième ou neuvième voiture la plus rapide, le pilote espagnol force l’équipe à confronter la réalité de sa situation actuelle. La réponse mesurée de Mike Krack, qui contextualise sans nier, démontre une maturité organisationnelle bienvenue.
Les cinq dernières courses de la saison représentent désormais une opportunité d’apprentissage crucial pour Aston Martin. Chaque session, chaque tour en piste doit être exploité pour comprendre les faiblesses de l’AMR25 et préparer un 2026 prometteur avec l’arrivée de Newey et le partenariat exclusif avec Honda. La route sera longue, mais l’honnêteté d’Alonso et la méthodologie de Krack constituent des fondations solides pour rebâtir une équipe capable de rivaliser au sommet. Les regards se tournent désormais vers Mexico, où Aston Martin tentera de prouver que les mots peuvent se transformer en actes sur la piste.
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.