Ai Ogura : bilan de sa première saison MotoGP 2025 entre blessures et résultats
Promu en MotoGP avec l’équipe Trackhouse après un titre en Moto2 en 2024, Ai Ogura a découvert la catégorie reine dans des circonstances particulièrement difficiles. La saison 2025 a été marquée par une série de blessures qui ont compromis ses chances de briller dès son arrivée chez les grands de la moto. Cet article revient sur les hauts et les bas de cette première année, entre espoirs déçus et débutants prometteurs malgré les obstacles.

Les débuts prometteurs d’Ogura avant la spirale des blessures
Le Japonais de 24 ans a signé avec Trackhouse Racing, la structure américaine qui a remplacé RNF et qui dispose de machines Aprilia. Une opportunité en or pour le Nippon qui avait dominé la catégorie intermédiaire l’année précédente. Les premiers essais hivernaux avaient montré un pilote méthodique, qui prenait le temps d’apprendre sa moto et d’adapter son style de pilotage à la puissance d’une MotoGP moderne.
Ogura avait d’ailleurs réalisé des temps honorables lors des essais privés de Sepang et du Qatar, finissant régulièrement dans la moitié de tableau malgré son manque d’expérience. Son équipe louait son approche pragmatique et sa capacité à donner un retour constructif aux ingénieurs Aprilia. Tout semblait indiquer que 2025 serait une saison d’apprentissage constructive, avec peut-être quelques surprises en perspective.
La chute de Jerez et ses conséquences dramatiques
Le tournant de la saison s’est produit dès le deuxième Grand Prix, en Espagne. Durant les essais libres du vendredi, Ogura a chuté lourdement dans le virage 6, une erreur qui aurait des répercussions sur l’ensemble de son exercice 2025. Transporté au centre médical, il a été diagnostiqué avec une fracture du tibia et du péroné, une blessure lourde qui nécessitait une intervention chirurgicale rapide.
Cette fracture à la jambe gauche l’a immédiatement écarté des courses de Jerez, Le Mans et Mugello. Une absence particulièrement cruelle car ces circuits auraient pu lui permettre d’accumuler précieux kilomètres et expérience. Trackhouse a dû faire appel à un pilote de substitution pour ces trois épreuves, fragilisant la cohésion de l’équipe et privant Ogura d’un rythme de développement essentiel à sa progression.
Un retour prématuré et de nouvelles complications
À peine guéri de sa fracture, Ogura a fait son retour pour le Grand Prix de Catalogne, contre l’avis de certains observateurs qui préconisaient une convalescence plus longue. Cette décision s’est avérée prématurée. Les douleurs persistantes à la cheville ont limité sa mobilité sur la moto, et il n’a pu prendre part aux qualifications, se contentant de quelques tours en course avant d’abandonner.
La situation s’est aggravée lors de la course suivante à Assen. Une nouvelle chute lors des derniers instants de la FP3 a provoqué une entorse acromio-claviculaire à l’épaule droite. Une blessure supplémentaire qui a remis en cause sa participation aux courses suivantes. Le calendrier serré du MotoGP ne lui laissait que quelques jours pour se remettre, et la décision a finalement été prise de le mettre au repos pour les Grands Prix d’Allemagne et d’Autriche.
Les statistiques de la saison 2025 en chiffres
Malgré ces nombreuses absences, Ogura a tout de même pu disputer quelques courses. Voici les données chiffrées de sa première saison :
- Courses disputées : 8 sur 20
- Abandons : 3 (Espagne, Catalogne, Allemagne)
- Meilleur résultat : 13ème place au Grand Prix de Grande-Bretagne
- Points marqués : 7 points
- Classement final : 24ème du championnat pilotes
- Pôles position : 0
- Meilleurs tours en course : 0
- Nombre total de chutes : 5 (dont 3 en course, 2 en essais)
Ces statistiques reflètent la difficulté d’entrer en MotoGP dans de telles conditions. Pour comparaison, son coéquipier Miguel Oliveira, sur la même machine Aprilia, a terminé la saison avec 87 points et une 12ème place au championnat, démontrant que la moto était compétitive quand le pilote était en pleine forme.
Les conséquences physiques et psychologiques
Au-delà des chiffres, les conséquences de cette saison chaotique sont multiples. Physiquement, Ogura a dû subir une rééducation intensive pour sa jambe, puis pour son épaule. Les médecins du MotoGP ont souligné que ces blessures successives créaient un cercle vicieux : chaque retour prématuré augmentait le risque de nouvelle blessure, notamment par des réflexes affaiblis et une protection musculaire insuffisante.
Psychologiquement, le défi était tout aussi important. Ogura s’est retrouvé avec un sentiment d’imposture, ne pouvant montrer son vrai niveau en course. Dans une interview accordée au site officiel du MotoGP, il confiait : “C’est très frustrant de regarder les courses à la télévision. Je sais que je peux faire mieux, mais mon corps ne me le permet pas. C’est dur mentalement de rester patient quand on veut tant que tout le monde découvre votre potentiel.”
L’impact sur le développement de Trackhouse Racing
Du côté de l’équipe américaine, la situation n’était pas simple. Le coût des blessures d’Ogura se chiffrait en termes de développement technique. Chaque course manquée représentait des données perdues pour l’optimisation de l’Aprilia RS-GP. L’équipe a dû revoir son planning de tests et confier plus de sessions à son pilote de développement en usine, ce qui a déstabilisé légèrement l’organisation.
Cependant, Trackhouse a maintenu sa confiance en Ogura. Davide Brivio, le team manager, a répété à plusieurs reprises que le potentiel du Japonais était réel et que 2025 ne devait pas être jugé sur les seuls résultats. “Nous avons recruté Ai pour son talent et sa tête. Les blessures font partie du sport, surtout quand on arrive en MotoGP. L’important est qu’il se remette complètement et qu’il revienne plus fort en 2026”, déclarait Brivio après le Grand Prix de Valence.
Les aspects positifs à retenir de cette saison
Malgré le contexte difficile, quelques éléments encourageants ont émergé. Lors de sa meilleure performance, au Silverstone, Ogura a démontré une vitesse de croisière proche des meilleurs. Il a notamment réalisé des temps comparables à ceux d’Alex Rins et d’Enea Bastianini sur certains secteurs du circuit. Sa capacité d’adaptation aux conditions variables (course partiellement humide) a été saluée par les observateurs techniques.
De plus, son implication dans les briefings et son analyse des données de Miguel Oliveira ont permis à Trackhouse de progresser sur la compréhension du comportement de la moto japonaise. Ogura a travaillé en coulisses sur l’ergonomie et l’interface électronique, apportant des retours précieux qui ont bénéficié à toute l’équipe. Son professionnalisme malgré l’adversité a renforcé sa crédibilité auprès des mécaniciens et ingénieurs.
Les défis techniques de la transition Moto2-MotoGP
Le passage d’une Moto2 à une MotoGP est une étape majeure. En Moto2, Ogura excellait grâce à un style fluide et une capacité à conserver la vitesse en courbe. La MotoGP exige une approche différente : une gestion du couple moteur, des stratégies de freinage beaucoup plus tactiques, et une maîtrise des aides électroniques complexes.
Les blessures ont empêché Ogura de travailler ces aspects de manière continue. Les pilotes ont besoin de répétition pour automatiser les réflexes sur ces machines de plus de 300 chevaux. Chaque interruption de plusieurs semaines efface une partie de cette mémoire musculaire. Cela explique en partie ses difficultés à retrouver un rythme constant lors de ses brèves apparitions sur le circuit.
Les ambitions pour la saison 2026
Malgré une première saison décevante sur le plan statistique, le projet reste intact. Trackhouse a confirmé qu’Ogura disposerait d’un deuxième contrat pour 2026, avec une préparation renforcée pendant l’hiver. Le plan prévoit des tests privés en Espagne et au Portugal dès janvier, ainsi qu’un stage de conditionnement physique intensif aux États-Unis, supervisé par les spécialistes de l’équipe de NFL des Tennessee Titans, partenaire de Trackhouse.
L’objectif affiché est clair : disputer toute la saison sans blessure majeure et viser une place dans le top 10 du championnat. Ogura lui-même a fixé des objectifs personnels, comme décrocher ses premiers points à chaque course et se qualifier régulièrement en Q2 dès la deuxième partie de saison. La stabilité technique, avec le maintien du règlement 2026, devrait jouer en sa faveur.
Le soutien de la communauté moto japonaise
Le parcours d’Ogura a suscité une vague de soutien au Japon. Considéré comme l’un des espoirs pour redonner du lustre à la moto japonaise en catégorie reine, il reçoit des messages d’encouragement quotidiens. Le constructeur Aprilia a d’ailleurs renforcé son partenariat avec des fournisseurs japonais pour faciliter son intégration, notamment sur l’aspect communication avec les ingénieurs de Noale.
Les anciens pilotes japonais comme Takaaki Nakagami et l’icône Norick Abe sont régulièrement cités comme sources d’inspiration. Le président de la Fédération japonaise de moto, Takanao Tsubouchi, a déclaré : “L’histoire du MotoGP est parsemée de pilotes japonais qui ont connu des débuts difficiles. La persévérance est notre plus grande force. Nous croyons fermement en Ai et en son avenir.”
L’arrivée d’Ai Ogura en MotoGP aura été l’une des histoires les plus frustrantes de la saison 2025. Entre fractures, entorses et retours prématurés, le Japonais n’a jamais pu montrer l’étendue de son talent en conditions normales. Pourtant, derrière les chiffres décevants se cache un pilote méthodique, respecté par son équipe et déterminé à effacer cette première saison chaotique. Si la santé lui laisse enfin une chance, 2026 pourrait bien être l’année de la confirmation pour ce champion du monde Moto2 2024, qui n’attend qu’une chose : disputer une saison complète pour enfin révéler son potentiel au plus haut niveau.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.