Histoire complète de Renault en Formule 1 et son départ en 2025 : 44 saisons de légende
L’histoire de Renault en Formule 1 s’étend sur plus de quatre décennies d’innovation, de victoires et de drames. De sa révolution turbocompresseur des années 1977 à son dernier Grand Prix en 2025, le constructeur français a profondément marqué la discipline reine du sport automobile. Son palmarès impressionnant compte douze titres constructeurs, onze titres pilotes et cent soixante-neuf victoires en Grand Prix. La saison 2025 marque la fin d’une époque, avec la transition d’Alpine vers les motorisations Mercedes, mettant un terme à 44 saisons de présence continue du moteur Renault dans la catégorie.

Les débuts tumultueux : la révolution turbo de 1977 à 1986
C’est en juillet 1977 que Renault fait ses débuts officiels en Formule 1 au Grand Prix de Grande-Bretagne avec la RS01 pilotée par Jean-Pierre Jabouille. Le constructeur français apporte une innovation majeure : le turbocompresseur, une technologie qui bouleversera à jamais la F1. Cependant, les débuts sont difficiles et jalonnés d’abandons mécaniques. Les Anglo-Saxons surnomment rapidement la monoplace “Yellow teapot” (théière jaune), une boutade peu flatteuse qui reflète la fiabilité aléatoire du moteur.
Malgré ces difficultés initiales, Renault persiste et obtient enfin ses premiers succès. La victoire historique de Jean-Pierre Jabouille au Grand Prix de France 1979, devant son public, reste un moment fondateur. René Arnoux complète le tableau en montant sur la troisième marche du podium. Cette double performance française incarne l’esprit pionnier de Renault. Les saisons suivantes voient l’écurie remporter quatorze victoires entre 1980 et 1983, avec des pilotes de renom comme Alain Prost.
L’arrivée d’Alain Prost en 1981 transforme Renault en véritable outsider pour le titre mondial. En 1983, le Français passe très près du championnat, terminant second derrière Nelson Piquet au dénouement d’une saison passionnante. Les tensions internes poussent néanmoins Prost vers McLaren en 1984. Les dernières saisons de cette ère turbo, 1984 et 1985, s’avèrent moins prolifiques en résultats. Les concurrents ont désormais adopté la technologie turbo, annihilant l’avantage initial de Renault. L’écurie décide de mettre fin à son programme châssis en 1985, mais conserve son activité motoriste.
L’âge d’or Williams-Renault : la domination absolue des années 1990
Après une pause stratégique, Renault revient en Formule 1 en 1989 comme simple motoriste, partenaire de l’écurie Williams. Cette collaboration s’avérera l’une des plus dominantes de l’histoire de la F1. Le moteur V10 Renault se révèle immédiatement comme le meilleur du plateau, offrant une puissance et une fiabilité exceptionnelles. Les résultats ne se font pas attendre : cinq titres constructeurs consécutifs de 1992 à 1997, et quatre titres pilotes.
Les saisons 1992 et 1993 voient Nigel Mansell puis Alain Prost remporter le championnat du monde au volant de leurs Williams-Renault. Les monoplaces mettent littéralement la concurrence à distance avec des performances écrasantes. L’association entre le châssis Williams et le moteur Renault crée une synergie parfaite. Les ingénieurs de Viry-Châtillon affinent constamment leur V10, le rendant plus puissant et plus coupleux que les concurrents.
La période 1994-1997 confirme la suprématie du bloc français. En 1994 et 1995, c’est Michael Schumacher qui s’impose avec Benetton-Renault, démontrant la polyvalence du moteur qui excelle aussi sur une autre plateforme. Les titres constructeurs 1995, 1996 et 1997 reviennent à Williams-Renault. Damon Hill (1996) et Jacques Villeneuve (1997) rejoignent le cercle très fermé des champions du monde avec un moteur Renault dans le dos. Cette décennie dorée établit définitivement Renault comme le motoriste de référence en Formule 1.
Le retour en tant que constructeur : les triomphes et les scandales de 2001 à 2009
Le 16 mars 2000, Renault annonce son retour en tant que constructeur à part entière en rachetant l’écurie Benetton pour 120 millions d’euros. Patrick Faure, président de Renault Sport, justifie cette décision : « Revenir en tant que motoriste n’aurait pas eu de sens, car nous avons tout gagné dans ce rôle. Nous avons besoin d’un nouveau challenge et, au fond de nous-mêmes, subsiste le regret de ne pas avoir gagné avec une équipe 100 % Renault. Alors voilà, c’est un nouveau défi ! ». Flavio Briatore prend les rênes de cette nouvelle entité.
Les premières années sont consacrées à la reconstruction. L’écurie expérimente un moteur V10 à 111° d’angle, une configuration innovante pour abaisser le centre de gravité. La solution s’avère trop complexe et Renault revient à un angle plus traditionnel de 72° dès 2003. Les fondations sont posées pour une domination future. Fernando Alonso rejoint l’équipe en 2003, apportant son talent brut et sa détermination.
Les saisons 2005 et 2006 représentent l’apogée de cette ère. Fernando Alonso remporte deux titres consécutifs, devenant le plus jeune champion du monde de l’histoire à l’époque. L’écurie Renault F1 Team décroche les titres constructeurs en battant des géants comme Ferrari et McLaren. Le moteur V10, puis V8, Renault se montre supérieur en termes de fiabilité et d’exploitation de la puissance. Giancarlo Fisichella contribue à ces succès avec des victoires ponctuelles.
Cependant, les beaux jours s’assombrissent rapidement. L’affaire du “Crashgate” de Singapour 2008 éclate en 2009, révélant que Nelson Piquet Jr a volontairement provoqué un accident pour permettre à Alonso de gagner. Les conséquences sont dévastatrices : Flavio Briatore et Pat Symonds sont exclus de la F1, Fernando Alonso quitte l’équipe. Genii Capital rachète progressivement l’écurie qui devient Lotus F1 Team. Renault se retire une nouvelle fois, gardant uniquement son activité motoriste.
La domination Red Bull Racing : les quatre titres consécutifs de Vettel de 2010 à 2013
Le partenariat entre Renault et Red Bull Racing, amorcé en 2007, atteint son zenith entre 2010 et 2013. Cette collaboration franco-anglaise crée une dynastie sans précédent dans l’ère moderne de la F1. Sebastian Vettel enchaîne quatre titres pilotes consécutifs, tandis que Red Bull remporte les titres constructeurs chaque année. Le moteur Renault, rebaptisé “Renault Sport F1”, devient la référence en matière de motorisation hybride.
Cette période voit Renault équiper plusieurs écuries simultanément. Williams retrouve des couleurs avec les motorisations françaises, tout comme Lotus et Caterham. La technologie Renault se montre suffisamment polyvalente pour s’adapter à différentes philosophies de châssis. Les ingénieurs de Viry-Châtillon perfectionnent le V6 turbo hybride, anticipant les nouvelles réglementations de 2014. Les 59 victoires et 60 pole positions obtenues avec Red Bull entre 2007 et 2018 illustrent la supériorité technique du bloc français.
Les tensions apparaissent toutefois lors de la dernière saison avec Red Bull en 2018. Les relations entre Christian Horner et Cyril Abiteboul se détériorent, avec des échanges publics virulents. Red Bull décide de passer à Honda en 2019, marquant la fin d’une aventure fructueuse. Renault se retrouve seul avec l’écurie qu’il a rachetée en 2016 et rebaptisée Renault Sport Formula One Team. Cette période marque le début d’un déclin lent mais inexorable face à la suprématie grandissante de Mercedes.
La renaissance Alpine et les difficultés des années hybrides de 2021 à 2025
En 2021, Renault rebaptise son écurie en Alpine F1 Team, mettant en avant la marque sportive du groupe. Cette nouvelle identité coïncide avec l’arrivée de nouveaux réglements techniques, mais aussi avec des ambitions démesurées. Laurent Rossi, PDG d’Alpine, promet un projet de “100 courses” pour atteindre le titre mondial. Les réalités techniques sont bien plus sévères. Le moteur Renault peine à égaler les performances des Mercedes et Ferrari, notamment en termes de puissance pure.
Les saisons 2021 à 2024 se caractérisent par une lutte constante pour le milieu de tableau. Esteban Ocon et Pierre Gasly, pilotes français, tentent de tirer le meilleur des monoplaces Alpine. Quelques moments de gloire ponctuent ces années difficiles, comme la victoire surprise d’Ocon à Budapest en 2021, premier succès d’Alpine en F1. Cependant, l’écart de performance avec les top teams ne cesse de croître. Les ingénieurs de Viry-Châtillon reconnaissent un déficit de puissance structurel.
La saison 2025 confirme les pires craintes. Alpine termine dernière du classement des constructeurs avec seulement 22 points, tous marqués par Pierre Gasly. Franco Colapinto, arrivé en cours de saison, ne parvient pas à inscrire les moindres points. Les performances en qualifications offrent quelques maigres satisfactions avec dix entrées en Q3 pour Gasly, mais les courses sont des épreuves de survie. L’équipe franco-anglaise ne peut rivaliser avec les Mercedes, Ferrari et Red Bull, ni même avec les écuries du milieu de tableau.
Le départ définitif de Renault en 2025 : la fin d’une ambition française
Le Grand Prix d’Abu Dhabi 2025 marque la dernière course du moteur Renault en Formule 1. Après 44 saisons d’engagement continu, 771 Grands Prix disputés et 136 794 tours parcourus, l’aventure prend fin. La décision d’arrêter le développement du V6 turbo hybride à Viry-Châtillon avait été officialisée plusieurs mois plus tôt. Alpine passera chez Mercedes dès 2026, conformément aux nouvelles réglementations techniques.
Les chiffres du palmarès Renault parlent d’eux-mêmes. Douze titres constructeurs, onze titres pilotes, cent soixante-neuf victoires, deux cent treize pole positions, quatre cent soixante-cinq podiums et cent soixante-sept meilleurs tours en course. Ces statistiques placent Renault parmi les motoristes les plus titrés de l’histoire de la F1, au même titre que Ferrari, Mercedes et Ford. Les équipes motorisées par Renault ont marqué chaque époque de la discipline, des Williams des années 90 aux Red Bull de Vettel.
L’émotion était palpable dans le paddock d’Abu Dhabi. Les mécaniciens d’Alpine ont rendu un hommage appuyé à leur motoriste historique. Pierre Gasly, seul pilote français à avoir couru avec un moteur Renault dans ses veines cette saison, exprimait ses sentiments après la course : “C’est une page de l’histoire de la F1 qui se tourne. Les moteurs Renault ont fait rêver des générations de fans français.” L’écurie a terminé la saison avec une cérémonie simple mais émouvante, referrant définitivement le chapitre Renault en Formule 1.
L’héritage de Renault et l’avenir d’Alpine en Formule 1
L’héritage de Renault en Formule 1 dépasse largement les simples statistiques. Le constructeur français a révolutionné la discipline à trois reprises majeures : l’introduction du turbo dans les années 70, la domination du V10 atmosphérique dans les années 90, puis la maîtrise du V6 hybride au début des années 2010. Chaque époque a vu Renault repousser les limites de l’ingénierie automobile, forçant ses concurrents à innover pour le suivre. Le site de Viry-Châtillon, berceau de ces développements, restera dans les mémoires.
Pour Alpine, l’ère Mercedes qui débute en 2026 représente à la fois un risque et une opportunité. L’équipe perd son identité motoriste française mais gagne un partenaire technique de premier plan, champion du monde 2025 avec McLaren. Les nouvelles réglementations, incluant des moteurs à composition 50% électrique, offrent une chance de rebondir. Laurent Rossi, malgré son départ en 2023, avait préparé les bases de cette transition. Bruno Famin, son successeur, doit maintenant livrer les résultats promis.
L’histoire complète de Renault en Formule 1 et son départ en 2025 marquent la fin du dernier motoriste purement français dans la discipline. Les fans retiendront les victoires d’Alain Prost à Dijon, les titres d’Alonso, les dominations de Vettel et la surprise d’Ocon à Budapest. Chaque époque a eu son héros, son moteur et ses drames. L’abandon de la F1 par Renault reflète les choix stratégiques d’un groupe qui doit prioriser la transition électrique et les enjeux environnementaux. La Formule 1 perd un acteur historique, mais le losange restera à jamais gravé dans la légende de la discipline.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.