Ferrari 2025: une année frustrante et l’anticipation de 2026

F1

La saison 2025 restera comme l’une des plus frustrantes de l’ère moderne pour Ferrari. Quatrième du championnat constructeurs à deux manches de la fin, sans la moindre victoire en Grand Prix, la Scuderia a vécu une année marquée par une SF-25 instable, des choix stratégiques difficiles et un tournant technique pris très tôt… peut-être trop tôt. Frédéric Vasseur, directeur de l’équipe, l’admet désormais : Ferrari a sous-estimé l’impact psychologique d’un arrêt precoce du développement de sa monoplace.

Le 28 novembre 2025, lors de la conférence de presse du Grand Prix du Qatar, le Français a révélé une décision stratégique majeure. Dès avril, la Scuderia a décidé de cesser tout développement aérodynamique sur la SF-25 pour se concentrer entièrement sur la réglementation F1 2026. Un pari risqué qui explique autant la dégringolade en cours que les espoirs démesurés placés dans l’avenir.

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Pourquoi Ferrari a anticipé le développement de la SF-25 pour se préparer à la réglementation F1 2026

Les raisons de ce virage à 180 degrés sont multiples. Dès les premières courses de la saison, les faiblesses de la SF-25 sont apparues flagrantes. Les résultats décevants de Shanghai, avec un double déclassement, ont coûté des tonnes de points aux rouges. Face à la domination écrasante de McLaren lors des quatre ou cinq premiers Grands Prix, la direction a rapidement compris que la lutte pour le titre 2025 était perdue d’avance.

Les problèmes techniques de la SF-25

La monoplace souffrait dès le départ d’un défaut clé : une suspension empêchant la voiture d’évoluer à la hauteur de caisse optimale. Ce problème structurel a rendu la SF-25 capricieuse et difficile à régler sur tous les types de circuits. Malgré quelques évolutions apportées au fil de la saison, Ferrari ne s’est jamais montrée capable de viser une victoire à la régulière.

Les ingénieurs de Maranello ont introduit une nouvelle suspension arrière coûteuse en temps et en ressources, mais celle-ci n’a pas fondamentalement changé les performances pures de la Ferrari. Pire, certaines pièces aérodynamiques prévues pour le Grand Prix d’Azerbaïdjan ont été annulées, plombant encore davantage les espoirs de progression.

Le tournant d’avril 2025

C’est au printemps que la décision a été prise. Vasseur explique : “Très tôt dans la saison, McLaren était tellement dominante que nous avons compris qu’il serait très difficile de bien faire en 2025. Cela signifie que nous avons décidé très tôt, je crois fin avril, de basculer sur 2026.”

Cette orientation stratégique a été partagée par tout le monde dans l’équipe, pilotes compris. Le calcul était simple : avec l’écart de rythme et de points accumulé, revenir sur McLaren relèverait de la gageure. Autant concentrer les ressources en soufflerie sur l’avenir, quitte à sacrifier une saison déjà compromise.

L’implication des pilotes dans la décision

Contrairement aux idées reçues, les pilotes n’ont pas été tenus à l’écart de cette stratégie. Vasseur insiste sur leur participation : “Les pilotes faisaient partie de cette décision, car ils sont engagés dans le projet. Dans ce genre de situation, il faut agir en équipe, et c’est ce que nous avons fait.”

Cette transparence a permis de maintenir une cohésion, même dans l’adversité. Hamilton et Leclerc ont accepté de jouer le jeu, comprenant que le sacrifice d’une saison pourrait payer les dividendes escomptés en 2026.

La révolution technique 2026 : ce qui attend Ferrari

La réglementation 2026 représente la plus grande refonte technique depuis l’introduction des F1 à effet de sol en 2022. La FIA a voulu rectifier le tir et interdire les astuces qui ont compromis les objectifs initiaux de facilitation des dépassements.

Aérodynamique active et modes X-Z

Les F1 2026 introduiront deux modes aérodynamiques :

  • Mode Z : configuration standard avec beaucoup d’appui pour les virages
  • Mode X : configuration minimisant la traînée pour les lignes droites

Le DRS disparaîtra au profit d’élirons avant et arrière mobiles. Les pilotes pourront basculer entre ces modes à certains endroits prédéfinis du circuit, quel que soit l’écart avec la voiture de devant. L’appui sera réduit de 30 % et la traînée de 55 %, rendant les voitures plus agiles.

Nouvelle architecture moteur et châssis

Le MGU-H sera définitivement supprimé. Le V6 thermique perdra de la puissance (de 550-560 kW à 400 kW), tandis que le MGU-K passera de 120 kW à 350 kW. La quantité d’énergie récupérable au freinage sera doublée.

Les monoplaces seront plus courtes et plus étroites, avec une réduction de 30 kg. L’empattement maximal diminuera de 20 cm, la largeur totale de 10 cm. Les pneus avant et arrière seront respectivement rétrécis de 2,5 cm et 3 cm.

Les risques et opportunités de la stratégie Ferrari

Sacrifier une saison entière constitue un pari de haute voltige, mais Ferrari n’est pas la première à tenter le coup. Red Bull et Mercedes ont déjà employé cette stratégie avec succès par le passé.

Les avantages d’un développement anticipé

Vasseur retient des points positifs de cette campagne difficile : “Même dans une saison difficile, nous avons connu une belle remontée en performance. Nous sommes revenus sur le podium au Mexique, à Austin. C’est bon pour l’équipe et pour l’aspect psychologique.”

L’équipe a continué à développer le côté mécanique, apportant quelques évolutions sur la voiture, sauf aérodynamiques. C’était un bon exercice de préparation pour 2026. Les ingénieurs ont pu tester des concepts et affiner leurs processus sans la pression des résultats immédiats.

Les dangers de cette approche

Le principal risque est psychologique. Une saison sans victoire peut créer une culture de l’échec, surtout avec des pilotes de la trempe de Hamilton et Leclerc. De plus, si la voiture 2026 ne répond pas aux attentes, la saison 2025 aura été sacrifiée pour rien.

Les concurrents n’ont pas tous choisi cette voie. McLaren continue de développer sa MCL39, accumulant les victoires et construisant une dynamique gagnante qui pourrait s’étendre sur plusieurs saisons.

Ce que signifie cette décision pour l’avenir de Ferrari

Avec le dernier Grand Prix d’Abu Dhabi, Ferrari tournera définitivement la page 2025. La Scuderia se consacrera à 100 % au développement de sa F1-2026, espérant que ce pari stratégique paiera. Vasseur résume la philosophie : “Le plus important, c’est que nous avons très tôt convenu de mettre un maximum d’énergie dans le futur. Quand vous vivez un week-end difficile, il faut revenir au travail le lundi matin et continuer à pousser, à construire, et travailler tous ensemble.”

Le défi est immense. Les nouvelles réglementations techniques bouleverseront les hiérarchies établies. Ferrari mise tout sur une meilleure compréhension des enjeux et une préparation plus avancée que ses concurrents. L’histoire dira si cette décision audacieuse prise en avril 2025 était la bonne. En attendant, Charles Leclerc et Lewis Hamilton n’ont qu’un objectif : oublier une année 2025 frustrante et se preparer à rebondir sur une monoplace conçue pour gagner.

Questions fréquemment posées

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.